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Narges Mohammadi «symbolise l’incarnation humaine de l’idée de la paix»

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Les bombes n’ont rien changé à la répression. Et les promesses de libération du peuple iranien ont vite été éjectées de l’ordre du jour. Prise au cœur des ténèbres du régime des ayatollahs, la militante iranienne des droits de la personne Narges Mohammadi lutte toujours pour sa vie à l’hôpital de Zanjan, dans le nord-ouest de l’Iran.

Son avocate Chirinne Ardakani a livré, jeudi matin au Devoir, un nouveau bilan de santé de la récipiendaire du prix Nobel de la paix de 2023, incarcérée dans les geôles de la théocratie iranienne depuis un total de 11 ans. « Son état est critique », laisse-t-elle tomber.

Après avoir subi deux épisodes cardiaques à la prison de Zanjan, Narges Mohammadi a été transférée aux soins intensifs vendredi dernier. Elle y reçoit toujours une assistance respiratoire. La dame de 54 ans pourrait souffrir d’une angine de Prinzmetal, une condition pouvant entraîner des crises cardiaques.

« Son équipe médicale habituelle préconise de façon urgente et immédiate son transfert à Téhéran, entre ses mains, et souhaite l’ausculter sans quoi il y a un risque de mort », s’inquiète l’avocate franco-iranienne, rappelant que Narges Mohammadi a déjà subi une opération au cœur il y a quelques années.

Malgré son état précaire, la militante est gardée sous surveillance 24 heures sur 24 et est privée de tout contact avec ses enfants, Ali et Kiana Rahmani, qui habitent désormais en France. « Ça nous dit quelque chose de ce régime qui est impitoyable et sadique et qui la persécute, y compris dans la maladie », dénonce l’avocate de 34 ans.

Voix intraitable pour l’abolition de la peine de mort et pour que l’apartheid des genres en Iran et en Afghanistan soit reconnu comme un crime contre l’humanité, Narges Mohammadi s’attire les foudres du régime depuis trois décennies. Depuis 1998, elle a été arrêtée à 14 reprises et a 18 autres années de prison devant elle. L’ex-journaliste n’a pas vu ses enfants depuis 11 ans.

« Le régime s’acharne pour éradiquer — au sens propre comme au figuré — la voix de Narges Mohammadi, mais aussi parce qu’aujourd’hui, elle symbolise, avec son prix Nobel de la paix, l’incarnation humaine de l’idée même de la paix », fait valoir Chirinne Ardakani, qui prononcera une allocution publique samedi à Montréal à l’occasion de l’Assemblée générale d’Amnistie internationale Canada.

Épouser son combat

Depuis maintenant trois ans, l’avocate au franc-parler, également fondatrice de l’association Iran Justice, fait résonner le combat de Narges Mohammadi au-delà des frontières iraniennes. « Normalement, l’avocat défend son client, mais ne défend pas la cause de son client », relève-t-elle.

Mais dans ce cas-ci, l’inverse s’est imposé. « Je me trouve à épouser le plaidoyer, les idées de ma cliente pour la faire vivre. Pour défendre Narges Mohammadi, je défends les messages que Narges Mohammadi porte dans ses combats. »

En Iran, ses avocats se font persécuter et ne peuvent représenter leur cliente dans ses procès. Face à ce déni de justice et à la brutalité du régime, « la mobilisation à l’international est le meilleur moyen de la maintenir en vie », fait valoir Chirinne Ardakani.

C’est à la demande de la famille de Narges Mohammadi que l’avocate a commencé à représenter la militante, alors que celle-ci se trouvait à la sinistre prison d’Evin. Les lettres que Narges Mohammadi parvenait à faire sortir clandestinement de prison (« les murs des prisons ne sont jamais imperméables ») lui ont permis d’apprendre à connaître sa cliente.

« Dans une lettre publiée par Le Monde, elle disait qu’il n’y a pas un jour où la République islamique d’Iran n’a pas mené une guerre impitoyable contre les femmes. Non seulement elle a raison, mais plus largement, dans le monde, il y a des atteintes de plus en plus fortes dans beaucoup d’États où on remet en cause les droits fondamentaux des femmes, comme l’avortement. Il faut vraiment qu’on ne cède rien. »

Désespoir

Ces dernières années, bien des espoirs ont par moments galvanisé les femmes iraniennes. Des gains ont assurément été remportés depuis le mouvement Femme, Vie, Liberté en 2022. « Il n’y a presque plus de femmes qui portent le voile dans les rues des grandes villes. » Mais elles espéraient beaucoup plus, rappelle Chirinne Ardakani. « [Elles réclamaient] un bouleversement radical pour en finir avec la République islamique. »

Mais les révoltes n’ont pas mené à la démocratie. Et les bombes non plus. Une « fabrique du consentement à la guerre » est aujourd’hui à l’œuvre pour nous faire croire que la force brute peut résoudre bien des maux, dénonce Me Ardakani. « Il y a une fabrique de l’opinion qui, progressivement, veut nous accoutumer à cette idée qui est présentée comme une vérité absolue, simplificatrice, qu’après tout, oui, pourquoi pas, la guerre libère. »

Et pourtant il n’en est rien et aujourd’hui, les Iraniens sont abattus. « Il faut que la société civile ait le temps de se réorganiser et puisse respirer, parce qu’il n’y a eu que de la mort [ces derniers temps]. » Et beaucoup de désespoir aussi, nourri par la sévère crise économique qui sévit en Iran. « Ils ont besoin de force, sans quoi ils ne parviendront pas à continuer à espérer. Parce qu’il y a pire que la mort : il y a quand on n’a plus d’espoir. »

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