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Municipales à Marseille : pourquoi l’élection cristallise autant de tensions

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À quatre semaines du premier tour, l’ambiance est électrique dans la deuxième ville de France. Le risque d’un basculement à l’extrême droite hante les esprits.

Benoît Payan en décembre 2025 dans son bureau à la mairie de Marseille.

MIGUEL MEDINA / AFP

Benoît Payan en décembre 2025 dans son bureau à la mairie de Marseille.

L’orage gronde sur le Vieux-Port. Rarement une élection municipale aura provoqué autant de tensions et de crispations dans la deuxième ville de France. Six ans après l’arrivée au pouvoir du Printemps marseillais, qui promettait de tourner la page de vingt-cinq années d’incurie, le risque d’un basculement vers l’extrême droite est réel. Dans les sondages, le candidat RN Franck Allisio est crédité de 30 % des voix au premier tour. Un étiage historique qui fait craindre le pire, et qui donne à la gauche des arguments nouveaux pour appeler à la mobilisation.

Le maire sortant Benoît Payan l’a bien compris et tente d’installer un duel avec son adversaire. Les deux hommes ont ainsi débattu durant plus d’une demi-heure au micro de France Inter le 10 février. Auréolé de ses réussites et de chantiers lancés aux quatre coins de la ville, parmi lesquels la rénovation ou la construction de 27 écoles, l’ancien membre du Parti socialiste a de nouveau réuni autour de lui ce qui avait fait le sel de la campagne de 2020 : une union large à gauche (le PS, le PCF, les Écologistes, Place publique, Génération. s et les Radicaux de gauche), qui fait la part belle aux citoyens et aux collectifs.

Il doit tout de même affronter le candidat de La France insoumise Sébastien Delogu, ancien chauffeur de taxi proche de Jean-Luc Mélenchon, député des quartiers nord de Marseille depuis 2022. Cible de moqueries sur les réseaux sociaux, l’insoumis a reçu du renfort, en provenance notamment des Verts puisque l’actuel adjoint au maire Sébastien Barles l’a rejoint dans sa campagne.

Il ambitionne de « rendre le pouvoir au peuple » via notamment « un vrai pouvoir d’action et de décision » rendu aux habitants en matière de logement, d’urbanisme ou d’écologie. « Nous réaliserons la promesse non tenue par la majorité sortante. Gouverner sans les habitants, c’est gouverner contre eux, c’est ce qui a été fait pendant des années avec des politiques clientélistes », taclait Sébastien Delogu lors de la présentation de son programme en janvier.

La gauche à couteaux tirés

Donné autour de 15 % dans les intentions de vote, le candidat LFI a dû faire face à de lourdes accusations en lien avec le narcotrafic, finalement démenties. Une enquête a été ouverte après un article du Canard enchaîné, qui affirmait que deux hommes avaient été arrêtés après que l’un d’eux a eu des échanges avec le député sur une prétendue « livraison de colis ». L’information a fait l’effet d’une bombe localement, alors que le fléau du narcotrafic fait régulièrement la Une de l’actualité à Marseille. Amine Kessaci, candidat sur la liste de Benoît Payan, en est l’illustration.

Le sujet s’est donc invité dans la campagne des municipales. L’entourage du maire sortant a notamment exigé « des explications », arguant « qu’aucune forme de lien ne peut exister avec les narcotrafiquants ». Pour l’équipe de campagne de Sébastien Delogu, il s’agissait en réalité « d’une polémique infamante de l’extrême droite ».

Son avocat a rappelé « qu’il n’y a aucun lien, de quelque manière que ce soit, entre [s]on client et le trafic de stupéfiant ». « Sébastien Delogu a donc été calomnié, suite à une fuite policière, parce qu’un livreur professionnel qui lui a livré une commande de meubles à son domicile était par ailleurs impliqué dans une affaire de trafic de drogue », s’est indigné le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard. Simple péripétie de campagne ? L’affaire montre bien le climat de tension qui traverse la ville à l’approche des municipales.

Mais cela illustre aussi les relations compliquées entre les deux listes de gauche, à couteaux tirés, qui ne se font aucun cadeau. Elles laissent toujours planer le doute sur une potentielle fusion au second tour. « Il a choisi d’être candidat ? Il devra prendre ses responsabilités, du début à la fin », martèle Benoît Payan, ceci alors qu’un rapprochement pourrait être inéluctable pour empêcher Marseille de basculer à l’extrême droite.

Un signal majeur avant 2027 ?

Risque d’autant plus grand qu’en décembre, la candidate LR-Renaissance Martine Vassal n’avait pas franchement fermé la porte à une entente avec le RN au second tour pour empêcher la gauche de garder la mairie. « Il y a un premier tour. Parlons d’abord du premier tour. Je suis concentrée sur le premier tour », affirmait-elle sur Sud Radio. Puis, relancée sur l’hypothèse d’une alliance avec le RN avant le 22 mars, elle lâchait un laconique : « On verra à ce moment-là ». Benoît Payan avait alors fait part de sa « honte ».

Dans ce contexte, Franck Allisio se prend à rêver d’une victoire : il avait invité Marine Le Pen pour un grand meeting il y a quelques semaines et rallie, depuis, quelques soutiens venus de la droite et de l’extrême droite. À un an de l’élection présidentielle, une victoire du RN dans la cité phocéenne serait forcément un signal majeur pour le parti à la flamme. D’autant qu’elle peut, selon certains spécialistes, être facilitée par le changement du mode de scrutin.

La réforme de la loi PLM votée l’an dernier induit que les trois plus grosses villes de France (Paris, Lyon et Marseille) ne sont plus découpées en secteurs ou en arrondissements. Le décompte des voix se fait désormais sur l’ensemble de la ville. Ce qui est analysé par certains comme une volonté de fragiliser la gauche, très forte dans les quartiers populaires (où l’on vote moins) mais plus faible dans certaines zones huppées (où l’on vote plus). Bref, il reste quatre semaines de campagne et dans chaque camp, l’heure est à la mobilisation générale.

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