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La dynamique électorale continuellement ascendante du Rassemblement national (RN) depuis 2012 va-t-elle connaître une nouvelle étape? Le parti lepéniste, désormais ancré comme une force stable et puissante, pave sa voie vers l'Élysée. Après le triomphe des élections européennes du 9 juin 2024, suivi d'un nombre record de députés élus aux législatives en juillet (126 pour le RN, 143 en comptant les alliés de l'UDR d'Éric Ciotti), un nouveau col se trouve face à l'ascension frontiste: les élections municipales, programmées les 15 et 22 mars 2026.
Depuis sa reprise en main par Marine Le Pen, le RN, historiquement nationalisé, a entrepris une mue vers un parti plus «localiste». Avant le scrutin municipal de 2014, rares étaient les villes ayant été dirigées par le Front national (FN, devenu le RN en 2018). Certes, Orange (Vaucluse), Marignane et Vitrolles (Bouches-du-Rhône) étaient passées sous le pavillon de l'extrême droite au cours des années 1990. Mais les trois édiles respectifs de ces villes, Jacques Bompard (Mouvement pour la France, puis Ligue du Sud), Daniel Simonpieri (Mouvement national républicain, puis UMP) et Catherine Mégret (Mouvement national républicain) ont chacun leur tour claqué la porte du FN au cours de leur mandat.
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Entre 1995 et 2001, un premier acte manqué à Toulon
Lors des municipales de 1995, alors que la formation à la flamme fait une percée dans le sud-est de la France, elle empoche la mairie de Toulon (Var), une première pour une ville française de plus de 100.000 habitants. Jean-Marie Le Chevallier, ancien militant de la droite classique, l'emporte dans une triangulaire en obtenant 37% des voix. «Cette victoire était relativement attendue, reconnaît le politiste spécialiste de l'extrême droite, Pascal Perrineau. Le choc n'était pas à la hauteur de celui que connaîtra le monde politique le 21 avril 2002.»
L'expérience tournera court. Si le nouveau maire toulonnais n'est pas avare de bons mots sur la sécurité, Jean-Marie Le Chevallier ne fait guère état de la situation économique. Pour cause, la mairie ne finance pas beaucoup de projets, mais n'hésite pas à augmenter les impôts, comme l'expliquait Le Monde diplomatique en juillet 1996. La nouvelle municipalité lève ainsi 3,1 points de taxe professionnelle et 3,9 points de taxe d'habitation en plus entre 1995 et 1998.
À Toulon, le bilan du mandat de six ans de Jean-Marie Le Chevallier apparaît donc famélique, avec une dette de 3 millions d'euros, des projets retoqués par la préfecture (notamment la proposition de nommer des «Toulonnais de souche» aux postes de police) ou encore une condamnation, en janvier 2001, dans une affaire de détournement de fonds publics. Comme beaucoup d'autres membres, l'élu quitte le FN en 1999, en froid avec la direction. Cela ne relancera pas pour autant sa popularité.
En 2001, l'extrême droite toulonnaise se saborde, divisée entre le parti lepéniste et deux autres dissidents, dont Jean-Marie Le Chevallier. Avec moins de 8% des voix, le premier édile sortant encaisse un cuisant échec et la droite remportera la mairie au second tour avec Hubert Falco. «Le Front national a fait la preuve, à ce moment précis, qu'il n'était pas capable de diriger une telle commune avec sérieux, reprend Pascal Perrineau. Par la suite, Jean-Marie Le Pen a fait le choix de privilégier la politique nationale, par crainte, en partie, que des baronnies ne se forment, compliquant d'autant plus la gestion de son parti.»
2014, le grand déclencheur
Il faudra attendre mars 2014 pour voir le Front national se relever après deux scrutins municipaux décevants en 2001 et 2008. Pour la première fois, le million de voix est franchi au premier tour des municipales. Plusieurs villes tombent dans l'escarcelle frontiste.
Parmi ces victoires, la plus symbolique reste celle d'Hénin-Beaumont. Cette commune de 25.000 âmes du Pas-de-Calais a été érigée comme un fief du FN par Marine Le Pen, laquelle a choisi d'y candidater pour les législatives précédentes. Après trois défaites successives lors des précédentes échéances, Steeve Briois ravit la mairie, dirigée par la gauche depuis la Libération. Éloignée géographiquement, mais pas tant sociologiquement, Hayange (Moselle), au passé de ville minière, est remportée par l'ancien syndicaliste Fabien Engelmann. Ajoutons à ces deux victoires le succès de David Rachline à Fréjus (Var).
Six ans plus tard, lors des municipales de mars et juin 2020, les trois maires précités l'emportent dès le premier tour. Mais leur parti, devenu entre-temps le Rassemblement national, réussit surtout un autre tour de force: celui de gagner sa deuxième ville de plus de 100.000 habitants. «En politique locale, le principe de prime au sortant est particulièrement important et les mairies du Rassemblement national en ont profité de manière notable. Toutefois, le choix de la proximité effectué par plusieurs maires et notamment Steeve Briois a certainement eu un impact», ajoute Pascal Perrineau.
Louis Aliot, figure occitane du RN, obtient la mairie de Perpignan (Pyrénées-Orientales), après avoir entrevu la victoire en 2014. L'extrême droite gagne la deuxième ville de plus de 100.000 habitants de son histoire, une victoire constituant «une surprise bien plus importante que celle de Toulon en 1995» d'après le politiste.
Premières ambitions: conserver les mairies
En 2026, la situation n'est plus la même pour le Rassemblement national. Le parti, souvent qualifié de contestataire, se revendique désormais comme capable de gouverner. Passée de huit à 126 députés en l'espace de sept ans, entre 2017 et 2024, favorite pour la prochaine élection présidentielle selon un sondage réalisé par Odoxa en novembre 2025, la formation politique présidée par Jordan Bardella apparaît comme une force politique de tout premier plan.
Le scrutin municipal des 15 et 22 mars prochains semble donc être un ballon d'essai local, une dernière répétition générale avant 2027. Le RN part avec de sérieuses ambitions. Tout d'abord, celles de conserver les mairies acquises précédemment: Hayange, Fréjus et Hénin-Beaumont apparaissent comme des formalités, au vu des résultats de 2020 et de ceux pharaoniques des dernières élections européennes (entre 47% et 61% pour la liste de Jordan Bardella).
De même, Perpignan pourrait demeurer dans l'escarcelle de Louis Aliot. Le vice-président du RN obtient 43 à 44% des intentions de vote au premier tour, selon un sondage Ifop pour le quotidien régional L'Indépendant, publié en décembre 2025, soit huit points de plus que lors de la précédente échéance en 2020.
Reprendre Toulon, revanche numéro 1
Mais le parti d'extrême droite peut également espérer glaner de nouvelles mairies dont… Toulon. La métropole varoise était détenue, du départ de Jean-Marie Le Chevallier en 2001 à 2023, par l'ancien sénateur républicain Hubert Falco. Ce dernier a cependant été déchu, par décision de justice, de son mandat pour «recel de détournement de fonds publics», une sanction rare. L'ancienne première adjointe, Josée Massi, l'a remplacé pour la fin du mandat. Mais la défiance de la population toulonnaise envers l'équipe municipale sortante se retrouve renforcée, dans une ville où les scandales financiers ont été nombreux à travers l'histoire (Hubert Falco, Jean-Marie Le Chevallier, Maurice Arreckx entre 1959 et 1985).
Le Rassemblement national souhaite miser sur les excellents résultats électoraux dans la commune. Aux élections européennes de 2024, par exemple, la liste de Jordan Bardella a totalisé 36,82% des voix, près de cinq points et demi de plus qu'au niveau national. Mais surtout, le RN local dispose d'une figure de proue en la personne de Laure Lavalette. Vainqueure en 2022 dans la deuxième circonscription du Var, à l'issue d'un duel serré avec le candidat macroniste Ange Musso (Ensemble), la députée est devenue une porte-parole de sa formation politique et l'une de ses représentantes les plus médiatiques. Cette exposition croissante s'est traduite dans les urnes par une victoire dès le premier tour lors des législatives anticipées de 2024.
Après avoir ménagé un léger suspense, l'élue au palais Bourbon a officialisé, début janvier, son intention de briguer la mairie. Une ambition dopée à la fois par les résultats des législatives, mais aussi par des sondages très favorables, comme celui de l'Ifop réalisé fin janvier et la donnant en tête au premier tour avec 39% des intentions de vote et même gagnante au second tour dans plusieurs cas de figure.
À l'instar de Louis Aliot, Laure Lavalette choisit de jouer la carte de l'ouverture: si la liste prétend bien avoir le soutien du Rassemblement national, elle choisit de se présenter sans étiquette. Pour cause, sa liste s'ouvre à trente colistiers qui ne sont pas membres du RN sur cinquante-neuf.
🔴 EXCLUSIF VAR-MATIN. Municipales à Toulon : Laure Lavalette largement en tête au premier tour, Josée Massi gagnante au second, selon un sondage
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Pour tenter d'arriver à ses fins, l'extrême droite pourrait également profiter de la division à la fois à gauche (une liste de La France insoumise et une autre du Parti socialiste, allié avec Les Écologistes, le Parti communiste français et Place publique), mais aussi à droite (Les Républicains ont investi le sénateur et ancien rugbyman Michel Bonnus, alors que la maire sortante Josée Massi se présente également).
D'après Pascal Perrineau, la constitution du front républicain (union des forces politiques au second tour pour faire barrage au Rassemblement national) pourrait «ne pas être suffisante. D'abord parce que le front républicain a tendance à s'éroder depuis une dizaine d'années et parce que le RN a sensiblement gagné en notoriété, mais aussi en implantation locale. Certains élus vont pouvoir bénéficier de ce travail d'implantation. C'est notamment le cas de Laure Lavalette.»
À Marseille, un sondage en trompe-l'œil
Dans la même région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA), un phénomène semblable pourrait potentiellement se réaliser. Dans les états-majors des partis marseillais commence à se jouer une petite musique: et si Franck Allisio, candidat soutenu par le RN et l'UDR, réussissait à faire basculer la mairie phocéenne? Le changement de mode de scrutin, avec la suppression de la loi PLM pourrait sourire à l'extrême droite. Jusqu'en 2026, les trois plus grandes villes, Paris, Lyon et Marseille, se divisaient en secteurs et la liste ayant obtenu le plus grand nombre de secteurs dirigeait alors la municipalité. Mais cette réforme permet désormais aux électeurs de voter une fois pour le maire de secteur, puis une seconde fois pour le maire de la ville.
Contrairement à de nombreuses autres grandes métropoles, la cité phocéenne ne connaît pourtant pas une expansion du vote Rassemblement national ces dernières années. Au contraire, si aux présidentielles de 1988 à 2002, Jean-Marie Le Pen arrivait en tête à Marseille, les deux dernières courses à l'Élysée avaient vu Jean-Luc Mélenchon damer le pion à sa rivale frontiste Marine Le Pen. D'ailleurs, Jordan Bardella y avait obtenu un score légèrement inférieur à sa performance nationale, lors des européennes de 2024 (30,14% contre 31,37%).
Un sondage Opinionway, réalisé début janvier, permet pourtant de conforter l'hypothèse d'un succès de l'extrême droite. Si la liste de Franck Allisio est au niveau du maire sortant Benoît Payan au premier tour (31% des intentions de vote), elle n'est pas donné en tête au deuxième tour en cas de face à face avec le candidat d'union de la gauche. Mais en revanche, le candidat RN se situerait dans la marge d'erreur pour la victoire dans le cadre d'une triangulaire avec la liste de Benoît Payan et celle de Sébastien Delogu, pour LFI. Franck Allisio serait d'ailleurs donné gagnant chez les Marseillais certains d'aller voter.
Cette enquête d'opinion, pourtant reconnue par la Commission nationale des sondages, part cependant du principe que la candidate de droite et du centre, Martine Vassal, se retirerait au second tour au profit de Franck Allisio. Une perspective peu vraisemblable pour une liste soutenue notamment par Renaissance, formation ayant participé à un front républicain en faveur de la gauche et contre le RN lors des législatives de 2024. Gagner Marseille apparaît donc comme une mission compliquée pour le RN, même si les dernières enquêtes d'opinions n'écartent pas la possibilité d'une première place du Rassemblement national au premier tour. Pascal Perrineau estime d'ailleurs que la troisième ville de France «pourrait être l'une de celles où le front républicain continuera à prospérer», rendant très hypothétique une victoire.
Nice, le théâtre de l'union des droites
Autre ville dans le viseur du parti: Nice (Alpes-Maritimes). La cité azuréenne ne verra pourtant aucun candidat estampillé RN pour la campagne. L'Union des droites pour la République (UDR) présente son président Éric Ciotti. Ce dernier fut la principale figure politique ayant franchi le Rubicon séparant LR et le Rassemblement national, en 2024. Naturellement, la formation lepéniste a décidé de rendre la pareille en lui affichant son soutien pour ce scrutin municipal.
L'auto-revendiqué gaulliste défiera son ancien mentor, devenu ennemi honni, Christian Estrosi, maire de Nice de 2008 à 2016, puis depuis 2017. Les deux hommes représentent deux versants de la droite française, l'une modérée et ouverte au macronisme, l'autre conservatrice, sensible à la sempiternelle ritournelle de l'union des droites. Marine Le Pen a beau répéter à l'envi qu'elle ne croit pas à ce principe, un succès d'Éric Ciotti dans la cinquième ville de France relancerait les velléités de toute une frange du RN.
Si pour l'heure aucun sondage n'est encore paru avec l'alliance UDR-RN, les résultats des élections législatives de 2024 peuvent laisser entrevoir l'hypothèse d'un succès: dans les trois circonscriptions couvrant Nice, le candidat de l'union de l'extrême droite l'avait emporté. «La victoire d'Éric Ciotti n'est pas du tout impossible, mais il devra faire face à un maire bien implanté, lequel pourrait bénéficier de la prime au sortant. Il n'est pas certain que le climat de querelles personnelles soit particulièrement mobilisateur pour les Niçois», tempère néanmoins Pascal Perrineau.
Paris, Lyon, Lille… Le vrai plafond de verre?
Ces perspectives de succès sont toutefois circonscrites à une seule aire géographique: le Sud-Est. Or, ces terres sont historiquement favorables aux frontistes, même à l'époque de Jean-Marie Le Pen. Hormis celles de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la plupart des grandes métropoles voient le Rassemblement national obtenir des scores moindres par rapport aux moyennes nationales. Les européennes 2024 prouvent bien cela: sur les neuf plus grandes villes hors PACA, la liste de Jordan Bardella n'a jamais obtenu plus de 17% des voix.
Cette réalité se traduit dans les sondages municipaux. À Paris, après avoir un temps pu croire au second tour, Thierry Mariani ne dépasse guère la barre des 7%, désormais même devancé par Sarah Knafo, sa concurrente du parti Reconquête d'Éric Zemmour. À Lyon, Montpellier, Strasbourg et à Bordeaux, la barre des 10% (seuil qualificatif) semble crédible, mais pour une qualification en quatrième position.
Dans ces villes plutôt ancrées à gauche, avec une sociologie urbaine, le Rassemblement national n'arrive pas encore à faire la percée qu'il a réussi à obtenir dans les milieux ruraux et périurbains. Pour Pascal Perrineau, «le RN reste à un haut niveau dans une certaine partie de la France, le quart Nord-Est et le Sud-Est, mais avec des lignes bien différentes. Pour le reste, il faudra être attentif aux villes petites et moyennes de la périphérie des grandes villes, par exemple celles de Bordeaux, où Edwige Diaz [députée RN de Gironde, ndlr] est particulièrement bien implantée. En revanche, la sociologie des métropoles rend des victoires à l'orée 2026 extrêmement difficiles.»
Or, avec 47% des Français vivant dans une métropole de plus de 100.000 habitants d'après l'Insee, il apparaît aujourd'hui indispensable au Rassemblement national de séduire cet électorat. Sous peine de ne jamais franchir l'éternel plafond de verre.





























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