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Mi-février, nous nous intéressions aux cas de trois maires mis en examen ou reconnu coupable (pour l'un d'eux) pour des faits de violences sexuelles ou conjugales. Malgré leurs démêlés avec la justice, ces édiles souhaitaient se représenter pour un nouveau mandat de six ans. Ont-ils passé le premier tour des élections municipales qui s'est déroulé le dimanche 15 mars 2026?
Après le premier tour, qu'en est-il des maires sortants mis en cause?
Dans l'Orne, à Saint-Ellier-les-Bois, près d'Alençon, pas de surprise pour Edgar Moulin, maire de cette commune d'environ 260 habitants depuis 2020. Une seule liste –la sienne, donc (sans étiquette)– avait été déposée en préfecture. Mis en examen* pour «des chefs de viol […] commis dans l'exercice d'une activité de prostitution, proxénétisme et recours à la prostitution de mineurs», précise son avocat, il a été réélu avec 57 voix en sa faveur sur 120 votants (et 199 inscrits).
«Le dépouillement a également mis au jour 14 votes blancs et 49 bulletins nuls. La plupart de ces derniers étaient des noms barrés, quelques-uns des dessins d'excréments, d'autres des images de cochon», rapporte un de nos confrères du journal Ouest-France, pris à partie par le maire réélu en marge du dépouillement, puis insulté et poussé vers la sortie par cinq de ses soutiens.
À La Penne-sur-Huveaune (dans les Bouches-du-Rhône, près de Marseille), le sort est tout autre pour Nicolas Bazzucchi. Élu en 2022 (avec le soutien de la droite), le maire sortant était, rappelons-le, mis en examen* pour «viols et violences aggravées sur conjoint ayant entraîné vingt jours d'incapacité temporaire de travail» à la suite des accusations de deux ex-compagnes, mais également d'«enregistrement d'image à caractère sexuel sans consentement», nous confirmait son avocat.
Depuis, une nouvelle plainte a vu le jour, cette fois-ci pour «harcèlement professionnel» et a été déposée par une employée municipale, révélait le quotidien La Provence, jeudi 12 mars. À l'issue du premier tour, la liste de Nicolas Bazzucchi, classée officiellement divers centre, est toujours en lice et est même arrivée en tête (42% des voix). Mais avec seulement 44 voix d'avance sur la liste divers droite menée par Frédéric Szabo (40,7%).
Résultats municipales 2026 à La Penne-sur-Huveaune : Nicolas Bazzucchi devance Frédéric Szabo de 44 voix
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Enfin, dernier cas de candidat sortant que nous avions abordé dans notre précédent article, Laurent Brosse, maire de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), élu une première fois en 2014, puis réélu en 2020. Il a pour sa part été condamné définitivement (en première instance, puis en appel) pour des faits de «violences, agression sexuelle, séquestration et harcèlement» à l'encontre de son ancienne compagne.
À l'issue du premier tour des élections municipales, marqué par l'abstention dans cette ville francilienne de 37.000 habitants (47%), Laurent Brosse (divers droite, mais membre du parti Horizons) est arrivé en tête avec 33,2% des suffrages exprimés, devant quatre autres listes qui ont passé le cap des 10%. Mais comme l'anticipent nos collègues du média local Actu.fr, le second tour s'annonce serré avec une possible alliance à gauche avant le second tour, prévu le dimanche 22 mars.
En Haute-Vienne, un autre maire sortant mis en examen pour viols
Depuis notre premier article, un autre maire sortant a été placé sous le feu des projecteurs pour des accusations similaires. Il s'agit de Philippe Janicot, maire de Boisseuil (Haute-Vienne) depuis 2020. Mis en cause par une ex-compagne et entendu par la police au cours de l'année 2025, après la découverte de «vidéos intimes à caractère sexuel», l'affaire a pris un nouveau tour, quelques mois plus tard, quand quatre femmes ont porté plainte pour viols contre Philippe Janicot.
Placé sous contrôle judiciaire et incarcéré de manière provisoire dans le cadre d'une mise en examen pour viols* depuis décembre 2025, Philippe Janicot ne peut plus se rendre dans sa propre commune, «sauf pour assister aux réunions du conseil municipal», précise son avocat, maître Emmanuel Raynal. Malgré son absence lors de l'annonce des résultats, ce dimanche 15 mars 2026, Philippe Janicot (sans étiquette) a été réélu dès le premier tour des municipales, en comptabilisant 51,6% des suffrages et en devançant la seule liste concurrente de seulement 55 voix, dans cette petite ville de près de 3.000 habitants.
Condamné pour violences conjugales, l'ancien maire de Carpentras de retour dans la course
Direction le Vaucluse et Carpentras, sous-préfecture d'environ 32.000 habitants. Écarté judiciairement lors des dernières municipales en 2020, l'ancien maire Francis Adolphe se représente cette année, malgré une condamnation définitive pour des faits de violences aggravées sur son ex-compagne, rendue définitive en 2018, puis effacée depuis 2021 de son casier judiciaire au titre de l'omission, comme l'indique la radio locale Ici Vaucluse.
Élu maire en 2008, il a donc siégé pendant dix ans à Carpentras, avant de démissionner en juin 2018 à la suite du rejet par la Cour de cassation de son recours; après un procès en première instance en 2016, puis un second en appel en 2017. Cette décision de 2018 confirmait donc le jugement et la peine: huit mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de ses droits civiques, civils et de famille.
L'interdiction de droits civiques le privait du droit de vote, mais le rendait aussi inéligible. Sa peine ayant pris fin, cela a donc permis à l'ancien maire de se représenter s'il le souhaitait. À l'issue du premier tour, Francis Adolphe (divers gauche) a obtenu 24,3% des suffrages. Il est ainsi arrivé en troisième position du scrutin, sur les talons de la liste Rassemblement national (Hervé de Lépinau, 26,7%) et d'une autre liste divers gauche, menée par le maire sortant Serge Andrieu (25,2%). Mais les deux rivaux de gauche n'ont pas trouvé de terrain d'entente en vue d'une possible alliance et ont décidé de maintenir chacun leur liste au second tour, face à une extrême droite réunie.
Et pour les autres?
Dans l'Ain, l'ancien ministre et député Damien Abad était présent sur la liste de Laurent Harmel, candidat divers droite à Oyonnax. Ce dernier est arrivé en tête avec 43,9% et se qualifie pour le second tour des municipales, dimanche 22 mars. Damien Abad figure en troisième position sur sa liste et reste donc en lice. Accusé de viols en 2022*, l'actuel conseiller départemental de l'Ain est «mis en examen pour tentative de viol sur l'une des trois plaignantes et placé sous le statut de témoin assisté dans le cadre de deux autres plaintes pour viol», rappelle Mediapart.
Enfin, à Limoges (Haute-Vienne), Émile Roger Lombertie, le maire sortant, a annoncé dès dimanche 15 mars au soir se retirer avant le second tour. Arrivé seulement en cinquième position avec tout juste 10,05% des voix, l'édile divers droite n'a pas su créer l'adhésion. Peut-être est-ce dû à ses démêlés avec la justice? En effet, Émile Roger Lombertie est mis en examen* depuis mai 2025 pour des faits de «harcèlement moral» sur cinq victimes et pour «harcèlement sexuel par une personne abusant de l'autorité conférée par ses fonctions» sur une victime. Élu en 2014 sous l'étiquette UMP, puis réélu en 2020 avec celle des Républicains (LR), il n'avait cette fois pas reçu le soutien du parti LR, qui lui avait préféré un autre candidat (Guillaume Guérin), arrivé en tête après le premier tour (27,3%).
Le 6 mars, une tribune [PDF], portée par 187 femmes élues municipales, départementales, régionales et candidates des communes de Haute-Vienne, dénonçait la présence d'«hommes auteurs de faits attentatoires à la dignité des femmes» dans les listes aux municipales. Sans les citer directement, cette tribune du collectif «Aucune voix pour les agresseurs» tisse un lien avec les mises en examen de plusieurs élus de la métropole de Limoges (dont deux évoqués dans cet article). Cette lettre ouverte pose des mots sur la volonté d'exemplarité chez les élu·es, tout en condamnant «avec la plus grande fermeté l'absence de réaction de certains responsables politiques». Puis de conclure: «Leur silence protège les agresseurs. […] Leur déni protège les agresseurs.»
* Nous rappelons que dans l'attente des prochaines poursuites judiciaires et de leurs procès respectifs, Edgar Moulin, Nicolas Bazzucchi, Philippe Janicot, Damien Abad et Émile Roger Lombertie sont seulement mis en examen et demeurent chacun présumé innocent.





























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