NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
De Balladur-Chirac à Fillon-Sarkozy, l'histoire de la droite française est parsemée de ces duels en forme de combats des chefs. En 2026, le nouvel épisode de cette grande saga se déroule à Nice. Christian Estrosi et Éric Ciotti, dont le premier fut pendant trente ans le mentor du second, rappellent la sempiternelle ritournelle: à droite, on se déteste toujours davantage en famille.
Le duel n'est pas qu'un combat de personnes. Il oppose deux lignes politiques bien distinctes, qui font couler de l'encre chez l'ancienne grande famille des Républicains (LR). Christian Estrosi représente les libéraux, alliés aux macronistes; il est depuis 2021 le vice-président du parti Horizons fondé par Édouard Philippe. Éric Ciotti apparaît comme l'allié du Rassemblement national, membre d'une aile conservatrice; il préside depuis 2024 l'Union des droites pour la République (UDR). Victime de l'affaire? LR, qui même après le départ des deux protagonistes, conserve les marques de cette déchirure.
Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate !Les articles sont sélectionnés pour vous, en fonction de vos centres d’intérêt, tous les jours dans votre boîte mail.
Séduire à l'extrême droite: l'objectif des années 2000
1983. Christian Estrosi troque le casque de motard pour le strapontin politique. La liste d'union de la droite et du centre (RPR-UDF) menée par Jacques Médecin l'emporte largement. L'ancien coureur motocycliste obtient le poste d'adjoint aux sports. Cinq ans plus tard, il entre à l'Assemblée nationale. Il choisit comme collaborateur un jeune Niçois, tout juste sorti de Sciences Po, Éric Ciotti –un choix dicté par des convictions politiques similaires. La relation, strictement professionnelle au départ, évoluera en véritable amitié.
Auteur du livre Les Frères ennemis de la Côte, le journaliste Jean-Baptiste Forray confie au HuffPost: «Quand Estrosi perd son père, il passe la soirée avec Ciotti; c'est Ciotti qui prononce l'éloge funèbre à ce moment-là. Ils passent leur vie ensemble.» Ils resteront en d'excellents termes pendant trois décennies.
En 2022, Christian Estrosi confiait à propos de son binôme: «Je l'ai propulsé en politique. Peut-être ai-je eu tort, d'ailleurs, parce qu'il a renversé les idées que nous partagions.» Mais la réalité est bien moins binaire que ce qu'en raconte l'édile niçois. C'est en effet sous l'influence de son assistant que Christian Estrosi se fraye une identité politique sur mesure pour la droite sudiste, conservatrice sur les mœurs et dure sur les questions sécuritaires.
L'ancien sportif se prononce ainsi en 1998 contre le Pacte civil de solidarité (PACS), comme il s'opposera au mariage homosexuel quinze ans plus tard. Durant la suite de sa carrière, le futur édile se déclarera même favorable à une remise en cause du droit du sol à Mayotte en 2008. Pis, il clamera son amour de l'Algérie française en 2012, lors d'une marche effectuée en compagnie de pieds-noirs et de Harkis.
Ces choix, proches des thèses du Front national (FN), ne sont pas seulement de conviction. Stratégiquement parlant, la droite commence à comprendre l'intérêt que représente l'électorat frontiste. La défaite à la présidentielle de 1988 a marqué les esprits: Jean-Marie Le Pen n'avait pas donné de consigne de vote en faveur de Jacques Chirac contre François Mitterrand. Un sondage TNS Sofres indique que 19% des votants d'extrême droite ont alors choisi le socialiste; cet électorat a manqué au RPR.
En 2002, l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour, où il réalisa un score important de 16,86%, marque les esprits. Nicolas Sarkozy en étant bien conscient, il mène en 2007 une campagne très musclée sur la sécurité et l'identité, sous la houlette de l'idéologue conservateur Patrick Buisson.
Christian Estrosi a, de plus, des arguments locaux pour suivre cette doctrine nationale. À Nice, le vote FN demeure particulièrement puissant –Jean-Marie Le Pen y est arrivé en tête en 1995 et 2002. De 1995 à 2008, l'ancien représentant frontiste Jacques Peyrat occupe la mairie; Jacques Médecin, son prédécesseur, a exprimé à plusieurs reprises de la sympathie pour le FN. En 2008, Christian Estrosi se présente à la mairie de Nice et l'emporte, grâce à une doctrine politique savamment orchestrée.
Éric Ciotti savoure le succès de son mentor. Lui aussi voit sa carrière passer à la vitesse supérieure. Député depuis 2007, il devient premier adjoint puis président du conseil départemental des Alpes-Maritimes l'année suivante. Pour l'ambitieux numéro 2, devenu un spécialiste des questions de sécurité au Palais Bourbon, c'est la consécration. Pendant dix ans, le binôme règne sans partage sur Nice: l'un à la mairie, l'autre au département. Mais un certain Emmanuel Macron va faire exploser une amitié politique vieille de trente ans.
2015-2024: rupture progressive
En 2017, Christian Estrosi est toujours membre de LR. Il vit néanmoins comme un crève-cœur la déroute de son mentor Nicolas Sarkozy, éliminé dès le premier tour de la primaire. Le long chemin de croix de François Fillon ne lui vaudra pas de l'abandonner, mais de le soutenir sans ardeur.
Reste la question du second tour. Après l'élimination du candidat des Républicains, la droite se déchire autour de la question du soutien ou non à Emmanuel Macron. La majorité du parti, tout comme le maire de Nice, annonce voter pour le candidat d'En Marche. Mais d'autres, comme Éric Ciotti, choisissent de voter blanc.
Il s'agit de la première prise de position publique différente entre les deux alliés, qui révèle un véritable virage politique de la part de Christian Estrosi. Hier à la droite de la droite républicaine, il vire au centre. Ce choix est la conséquence d'un élément déclencheur: l'élection régionale de 2015. Alors tête de liste de la droite et du centre pour la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'ancien sportif est distancé au premier tour par Marion Maréchal-Le Pen, candidate du FN (40,55% contre 26,48%). Avoir singé le Front national pendant vingt ans semble le diriger droit vers la pire défaite politique de sa carrière.
Mais le sarkozyste décide, dans un mouvement stratégique absolument nécessaire, de faire un signe d'ouverture à la gauche, laquelle se désiste sans se rallier. Il l'emporte au second tour, mais a compris la leçon. Désormais, pour rester au pouvoir, l'élection doit se gagner non plus sur sa droite, mais au centre. L'irruption d'Emmanuel Macron apparaît comme une aubaine: se recentrer, sans totalement se dénier non plus.
Tout au long du mandat, il apporte son soutien à l'action gouvernementale. Il saute le pas en 2021 en quittant LR pour Horizons. De son côté, Éric Ciotti tance son allié d'hier. En 2018, au micro de Jean-Jacques Bourdin, il confie: «J'aimais beaucoup l'Estrosi d'hier, beaucoup moins celui d'aujourd'hui» –une attaque à peine voilée contre la versatilité politique de son nouvel adversaire.
Mais le député devrait également s'interroger sur la sienne. Se prétendant opposant d'Emmanuel Macron, allant même jusqu'à annoncer lui préférer Éric Zemmour, il fut pourtant l'un des principaux sauveurs du président au printemps 2023. En pleine réforme des retraites, et malgré les défections dans son rang, celui qui dirigeait alors LR refuse d'appeler à censurer le gouvernement. Seize mois après, allié au RN avec sa formation UDR, il apparaissait au premier rang des députés votant les motions.
La stratégie de la droite en grand danger
Le Éric Ciotti de 2026 a totalement consommé cette rupture, en choisissant de se présenter contre son ancien mentor et son ancien parti. Dans un véritable front anti-Estrosi, l'ex-président de LR réunit des membres de l'Union des droites pour la République, mais aussi du Rassemblement national. Le fondateur d'Écologie au centre, Jean-Marc Governatori, figure de l'écologie niçoise, a également annoncé rejoindre la liste.
Ce patchwork politique permettra-t-il de mettre fin à seize ans de gouvernance du maire actuel? Un sondage de l'institut Cluster 17 réalisé pour Politico en date du 17 février donne le député UDR largement en tête avec 41%, devant son homologue Horizons à 31%. Pour garder la main, Christian Estrosi n'hésite pas à user de mots violents contre son vieil ami, devenu rival honni. Lors de la campagne, las du climat délétère inspiré par Éric Ciotti, l'édile le qualifiait ainsi de «Trump aux petits pieds» lors d'un passage sur Public Sénat.
Une victoire d'Éric Ciotti mettrait à mal le choix des Républicains. Écartelé entre la macronie sur sa gauche et le RN sur sa droite, l'ancienne formation de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy a tranché depuis le dernier scrutin pour une alliance cas par cas avec Renaissance. Ainsi, LR et le parti présidentiel partent unis à Nice, mais aussi à Marseille, Toulouse ou encore Bordeaux. Dans ces trois dernières villes, la coalition de fortune est sérieusement mise en danger par la gauche.
Mais un échec sur la Côte d'Azur aurait des conséquences bien plus fâcheuses. D'abord parce que cette ville est un véritable symbole pour la droite française: elle y gouverne depuis 1947 et la plus grande fédération départementale LR demeure celle des Alpes-Maritimes. Surtout, Éric Ciotti a franchi depuis 2024 le Rubicon politique en acceptant une alliance avec l'extrême droite. La boîte de Pandore est ouverte, le tabou à droite brisé. Ce choix du RN, qu'il avait renié (il n'a jamais reconnu avoir choisi Jean-Marie Le Pen contre Emmanuel Macron ni en 2017, ni en 2022), apparaît pourtant, au regard de ses convictions, comme l'option logique dans la continuité de sa carrière.
Pour l'heure, selon un sondage de Cluster 17 pour Marianne, 56% des électeurs LR se déclarent favorables à une union LR-RN-Reconquête, appelée de ses vœux par le candidat UDR. Les têtes d'affiche républicaines s'y refusent, ou appellent, comme François-Xavier Bellamy, à faire de leur formation l'épicentre de la coalition. Mais une défaite dans le bastion qu'est Nice remettrait en question la stratégie du parti.
Le président de LR, Bruno Retailleau, voulait incarner une alternative forte au RN pour la présidentielle 2027: annoncé jusqu'à 17% et qualifiable au second tour en mai 2025 (sondage Harris), il est repassé depuis sous les 10%. Sa dynamique personnelle, croisée avec celle du parti, ne pourrait que se gâter si Éric Ciotti venait à l'emporter. Dans le même temps, l'ouverture vers l'extrême droite lancée par l'ancien président LR pourrait séduire d'autres personnalités. Le 15 et le 22 mars prochains, ce n'est donc pas seulement l'avenir des Niçois qui se jouera, mais également celui de la droite française.





























.jpg)






French (CA)