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Moyen-Orient : pourquoi Israël est devenu un pivot de l'axe anti-iranien

1 month_ago 31

         

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Alors que le Moyen-Orient traverse une nouvelle phase de confrontation avec l’Iran, le rapport de forces régional est en train de se recomposer. L'affaiblissement de certains relais de Téhéran, la pression exercée par les Houthis sur l'Arabie saoudite et la montée des besoins en défense antimissile rapprochent, paradoxalement, des États qui n'ont toujours pas établi de relations diplomatiques officielles. Au cœur de cette recomposition : Israël, l'Arabie saoudite et les monarchies du Golfe.

1. Le Hezbollah sous pression : le front libanais n'est plus celui d'hier

Sur le front nord d'Israël, la situation militaire du Hezbollah a profondément évolué.

La pression exercée sur l'organisation chiite libanaise, les destructions de ses infrastructures et le recul de ses capacités à proximité de la frontière ont modifié l'équation qui prévalait encore il y a quelques années.

Le problème n'est cependant pas réglé. La question du désarmement du Hezbollah demeure au centre des discussions libanaises et régionales.

Pour Israël, l'objectif stratégique est désormais double : empêcher la reconstitution d'une capacité offensive importante au Liban et éviter que le territoire libanais ne redevienne une plateforme permettant à l'Iran de menacer directement le nord du pays.

Cette évolution intéresse également les monarchies arabes sunnites. Car derrière le Hezbollah se trouve une question plus vaste : jusqu'où l'Iran peut-il projeter sa puissance à travers des acteurs non étatiques ?

2. De Bab el-Mandeb au détroit d'Ormuz : l'Arabie saoudite se retrouve en première ligne

La situation est devenue particulièrement préoccupante pour Riyad.

Les Houthis, soutenus politiquement et militairement par l'Iran, ont intensifié leurs attaques contre l'Arabie saoudite et progressé vers le stratégique détroit de Bab el-Mandeb.

Selon Reuters, les Houthis ont récemment avancé dans le sud-ouest du Yémen et se sont emparés de positions stratégiques autour de Bab el-Mandeb. Ils disposent désormais de capacités permettant de menacer à la fois les infrastructures saoudiennes, la navigation commerciale et les flux énergétiques.

Pour Riyad, la situation est particulièrement préoccupante parce qu'elle intervient alors que le détroit d'Ormuz est lui aussi soumis à de fortes tensions.

L'Arabie saoudite se retrouve donc confrontée à une équation géographique redoutable : deux accès maritimes essentiels à ses exportations énergétiques sont simultanément menacés.

Et cette fois, Riyad ne peut pas simplement compter sur sa supériorité aérienne.

3. L'Arabie saoudite découvre les limites de sa défense antimissile

Un élément particulièrement révélateur est apparu ces derniers jours.

Associated Press rapporte que l'Arabie saoudite cherche l'aide de plusieurs partenaires — notamment la France, le Royaume-Uni, le Pakistan et l'Égypte — alors que ses stocks d'intercepteurs antimissiles diminuent sous l'effet des combats avec les Houthis.

C'est un problème majeur.

La guerre moderne au Moyen-Orient ne se résume plus à la possession d'avions de combat sophistiqués. Il faut disposer simultanément :

  • de radars ;

  • de missiles intercepteurs ;

  • de systèmes de défense multicouches ;

  • de renseignement ;

  • de capacités de guerre électronique ;

  • de moyens de détection des drones ;

  • et surtout d'une doctrine permettant de coordonner toutes ces composantes.

C'est précisément dans ce domaine qu'Israël dispose d'une expérience considérable.

L'État hébreu a développé depuis des décennies une architecture intégrée de défense aérienne et antimissile, confrontée régulièrement aux missiles, roquettes et drones provenant de plusieurs directions.

Pour les monarchies du Golfe, l'expérience israélienne devient donc une ressource stratégique potentiellement très importante.

4. Le fait nouveau : les chefs militaires israélien et saoudien se retrouvent autour de la même table

C'est probablement l'une des informations les plus intéressantes de ces dernières semaines.

Selon Axios, le chef d'état-major israélien Eyal Zamir a participé en Allemagne à une réunion organisée par le CENTCOM américain avec les chefs militaires de plusieurs pays arabes.

Étaient notamment présents les chefs militaires d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Koweït, du Qatar, de Jordanie et d'Égypte.

La réunion n'était pas présentée comme la création d'une alliance militaire israélo-arabe. Mais son existence est révélatrice.

Car l'Arabie saoudite n'a toujours pas de relations diplomatiques officielles avec Israël.

Pourtant, dans une situation de crise régionale majeure, les militaires israéliens et saoudiens peuvent désormais se retrouver dans le même cadre de coordination stratégique sous l'égide américaine.

C'est une évolution considérable par rapport au Moyen-Orient d'il y a seulement quelques années.

5. Israël et Arabie saoudite : pas encore une alliance, mais une convergence sécuritaire

Il faut ici éviter un raccourci.

Israël et l'Arabie saoudite ne sont pas officiellement alliés.

Riyad n'a pas rejoint les Accords d'Abraham et n'a pas établi de relations diplomatiques avec Israël.

Mais les intérêts sécuritaires des deux pays présentent désormais des convergences évidentes.

Les deux États ont notamment intérêt à :

  • limiter l'influence régionale de l'Iran ;

  • empêcher la prolifération de missiles et de drones ;

  • protéger les infrastructures énergétiques ;

  • sécuriser les routes maritimes ;

  • empêcher la reconstitution de capacités offensives chez les groupes soutenus par Téhéran ;

  • maintenir une coopération militaire étroite avec Washington.

Cette convergence ne signifie pas disparition des divergences politiques. La question palestinienne reste notamment un obstacle majeur à une normalisation officielle.

Mais la réalité stratégique est parfois plus complexe que les discours diplomatiques.

6. Et voici le grand changement : l'Arabie saoudite va peut-être recevoir le F-35

Washington vient de franchir une étape particulièrement importante.

Le Département d'État américain a approuvé le 17 septembre 2026 une vente potentielle de 48 F-35A à l'Arabie saoudite, pour un montant annoncé d'environ 24,3 milliards de dollars, sous réserve de la procédure d'approbation du Congrès américain. Le paquet comprend également 49 moteurs, de la formation, du soutien logistique et des équipements associés.

Ce serait une première : l'Arabie saoudite deviendrait le premier État arabe à recevoir cet avion furtif américain.

Jusqu'à présent, Israël était le seul pays du Moyen-Orient à exploiter le F-35.

Cette décision est donc extrêmement importante.

Elle signifie que Washington considère désormais le renforcement spectaculaire des capacités militaires saoudiennes comme compatible avec ses intérêts stratégiques dans la région.

Elle pose également une question : comment maintenir la supériorité militaire qualitative d'Israël alors qu'un autre acteur régional reçoit le même avion de combat de cinquième génération ?

Reuters souligne précisément que cette vente pourrait remettre en question la politique américaine traditionnelle visant à préserver l'avantage militaire qualitatif d'Israël.

7. Le F-35 rapproche-t-il indirectement Israël et l'Arabie saoudite ?

C'est ici que la situation devient particulièrement intéressante.

Le F-35 n'est pas simplement un avion.

C'est un système connecté à une architecture de renseignement, de surveillance, de communication et de ciblage.

Si l'Arabie saoudite entre réellement dans l'écosystème F-35 américain, sa compatibilité opérationnelle avec les forces américaines et, indirectement, avec certains partenaires occidentaux et régionaux augmentera.

Or Israël possède déjà une longue expérience de cet appareil.

Le paradoxe est donc saisissant :

un pays arabe qui ne reconnaît toujours pas officiellement Israël pourrait progressivement disposer d'une capacité aérienne dont Israël est aujourd'hui le principal utilisateur régional.

Cela ne crée pas automatiquement une alliance israélo-saoudienne.

Mais cela peut contribuer à faire émerger un environnement militaire régional beaucoup plus interconnecté.

8. Riyad cherche pourtant aussi une protection indépendante

Il serait cependant erroné de présenter l'Arabie saoudite comme simplement alignée sur Israël.

Riyad vient précisément de signer une autre alliance militaire majeure.

Le 7 août 2026, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé l'Accord de défense conjoint de La Mecque.

Le texte prévoit qu'une attaque armée contre l'un des trois États soit considérée comme une attaque contre les trois. Il prévoit également le renforcement de la coopération militaire.

Le dispositif a ensuite commencé à être institutionnalisé à Istanbul le 31 août, avec notamment la mise en place d'un secrétariat à Riyad.

Autrement dit, Riyad poursuit simultanément plusieurs voies :

Washington + coopération régionale arabe/musulmane + partenariats européens + rapprochement sécuritaire indirect avec Israël.

Ce n'est pas contradictoire.

C'est précisément la stratégie d'une puissance régionale qui cherche à ne plus dépendre d'un seul protecteur.

9. Le paradoxe du « pacte de La Mecque »

Le nouveau pacte est particulièrement intéressant dans le contexte actuel.

Quelques jours après les premières attaques importantes des Houthis contre l'Arabie saoudite, le ministre pakistanais de la Défense a déclaré que l'accord pouvait être activé si les attaques contre le royaume se poursuivaient.

Mais dans le même temps, Islamabad privilégie encore la pression diplomatique sur Téhéran.

Le chef de l'armée pakistanaise a ainsi appelé l'Iran à contenir les Houthis.

Le nouveau pacte est donc important politiquement, mais son fonctionnement opérationnel reste encore à démontrer.

Et cela renforce paradoxalement l'intérêt de la coopération avec Washington — et potentiellement avec Israël — dans les domaines où l'expérience militaire israélienne est particulièrement développée.

10. Le véritable enjeu : la défense aérienne intégrée

La grande bataille stratégique du Moyen-Orient pourrait finalement être moins celle des chars que celle des réseaux de défense aérienne.

Iran, Houthis et autres groupes disposent de missiles et de drones relativement peu coûteux.

Face à eux, les intercepteurs peuvent coûter des centaines de milliers, voire plusieurs millions de dollars.

Une guerre d'attrition dans laquelle des missiles bon marché sont utilisés pour saturer des défenses extrêmement coûteuses peut donc rapidement devenir un problème économique.

Israël a une expérience considérable de cette problématique.

Les pays du Golfe cherchent, eux aussi, à construire une défense multicouche capable de détecter et intercepter simultanément :

drones + missiles de croisière + missiles balistiques + aéronefs.

C'est là que le partage de données et l'interopérabilité deviennent aussi importants que les armes elles-mêmes.

11. La véritable surprise : les ennemis d'hier ont des intérêts communs

Il existe donc aujourd'hui une situation que l'on aurait difficilement imaginée il y a quinze ans.

Israël et plusieurs États arabes du Golfe continuent d'avoir des désaccords politiques majeurs.

Mais leurs états-majors peuvent désormais se retrouver dans la même salle pour discuter de la menace iranienne.

Le rapprochement n'est d'ailleurs pas limité à l'Arabie saoudite.

Les Accords d'Abraham ont déjà créé des relations sécuritaires beaucoup plus étroites entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Reuters a notamment souligné cette coopération militaire et sécuritaire entre Israël et les Émirats.

La nouveauté de septembre 2026 est que l'Arabie saoudite elle-même apparaît désormais dans ces mécanismes de concertation militaire, même si elle n'a pas normalisé ses relations avec Israël.

12. Israël : le « pivot » plutôt que le « protecteur »

C'est probablement la distinction essentielle.

Dire qu'Israël est devenu le « protecteur » de l'Arabie saoudite serait excessif.

Dire qu'il est devenu l'un des pivots militaires autour desquels s'organise une partie de la nouvelle architecture sécuritaire du Moyen-Orient est beaucoup plus défendable.

Car Israël apporte quelque chose de très spécifique :

  • une expérience opérationnelle considérable ;

  • une industrie militaire avancée ;

  • des systèmes de défense antimissile ;

  • une capacité de renseignement ;

  • une expérience de la guerre des drones et missiles ;

  • une coopération technologique poussée avec les États-Unis.

Et, surtout, Israël est confronté directement depuis des années à des menaces provenant du même environnement stratégique que celui auquel sont désormais confrontées les monarchies du Golfe.

Conclusion : une architecture régionale en pleine recomposition

Le Moyen-Orient est peut-être en train de sortir du vieux système dans lequel chaque État cherchait simplement la protection d'une grande puissance extérieure.

L'Arabie saoudite diversifie désormais ses partenariats.

Elle renforce son alliance avec Washington, construit un pacte de défense avec la Turquie et le Pakistan, développe ses coopérations avec les Européens et modernise massivement ses forces armées.

Dans le même temps, ses responsables militaires peuvent rencontrer leurs homologues israéliens dans des réunions organisées sous l'égide du CENTCOM américain.

Et Washington vient d'approuver potentiellement 48 F-35 pour Riyad, alors même qu'Israël demeure le seul utilisateur régional de cet appareil.

La situation est donc paradoxale.

Israël et l'Arabie saoudite ne sont toujours pas alliés. Mais ils peuvent avoir de plus en plus intérêt à ne pas être ennemis.

Face à l'Iran, aux missiles balistiques, aux drones et à la menace pesant sur les routes énergétiques, les considérations stratégiques poussent progressivement les deux pays vers une forme de coopération indirecte.

La question n'est donc peut-être plus de savoir si une alliance militaire israélo-saoudienne existe.

Elle n'existe pas officiellement.

La véritable question est de savoir jusqu'où pourra aller cette convergence sécuritaire sans normalisation diplomatique.

Car au Moyen-Orient, les alliances de demain commencent parfois par des réunions à huis clos, des échanges de renseignement, des systèmes d'armes compatibles et des intérêts communs — bien avant que les diplomates ne signent le moindre traité.

Et septembre 2026 pourrait bien constituer l'un de ces moments charnières.

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