Sous les bombes, les femmes iraniennes espèrent un changement de régime pour sortir de leur statut de citoyennes de seconde zone. La révolte de « Femmes, vie, liberté » en 2022 est devenue celle de toute la jeunesse fin décembre 2025 et début janvier 2026, écrasée dans le sang par le régime des mollahs.

Élodie Bécu - Aujourd'hui à 08:00 - Temps de lecture :

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En 2022, Mahsa Amini incarnait le visage de l’injustice. Photo Sipa/Konrad K.

En 2022, Mahsa Amini incarnait le visage de l’injustice. Photo Sipa/Konrad K.

« Les femmes résistent toujours, mais maintenant, depuis les manifestations de fin 2025-2026, toute la société est en train de protester », observe Firouzeh Nahavandi, sociologue professeure émérite à l’Université libre de Bruxelles. Dans la rue en 2022 suite à la mort de Mahsa Amini, décédée après avoir été détenue par la « police de la moralité », les Iraniennes avaient manifesté pour défendre leurs droits, et sortir de leur statut de citoyennes de seconde zone. Le mouvement « Femme, vie, liberté » s’est heurté à la violence du régime des mollahs. Depuis « la situation officielle des femmes, par là j’entends juridique, n’a pas changé. Au contraire, le régime a durci les sanctions et augmenté la surveillance des femmes, et non seulement des femmes mais la surveillance de toute la population ».

Pour autant, « beaucoup de femmes refusent ce qu’on leur impose. Car être une femme en Iran, se traduit par des inégalités à tous les niveaux : elles peuvent être arrêtées, fouettées, emprisonnées, si elles ne portent pas le voile. Les inégalités sont inscrites dans le code pénal et civil : les femmes héritent de la moitié de ce qu'héritent les hommes. Les femmes mariées ne peuvent pas travailler ou voyager sans que leur mari leur permette. Elles ont moins de droits. Elles participent très peu à la vie dans l’espace public et au monde du travail, au regard de leur niveau d‘éducation », explique Firouzeh Nahavandi.

« Vies parallèles »

Dans l’Iran des Mollahs, les femmes vivent « deux vies parallèles », explique-t-elle. L’autrice de Femmes iraniennes, évolution ou révolution. Comment survivre sous un régime islamique ? analyse comment elles déjouent des règles du régime pour mettre en place une « résistance silencieuse », en essayant de contourner les normes du régime. « Tout d’abord en faisant des études. Le nombre de femmes est très élevé dans les universités.

Ensuite par le contrôle des naissances. La fécondité des femmes iraniennes est proche de celles femmes occidentales, de l’ordre de 1,7 enfant par femmes. Elles utilisent également la « mode parallèle » en jouant sur les obligations vestimentaires. On a vu apparaître des foulards colorés, des foulards portés n’importe comment et des vêtements amples, pantalons etc., qui s’inspiraient de la mode ethnique et de l’histoire d’Iran ». « Cette résistance a rejoint d’autres résistances. Et aujourd’hui, si le régime tombe, ce sera aussi peut-être un espoir pour les femmes que l’ensemble de la société iranienne aille vers un autre statut des femmes, même si une société ne devient pas du jour au lendemain féministe ».

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