Sans majorité à la Knesset, l’opposition menée par Gadi Eisenkot doit trouver une majorité pour espérer gouverner. Un exercice d’équilibriste qui nécessite de naviguer entre ses propres lignes rouges et celles de ses alliés potentiels.

JML - Aujourd'hui à 20:40 - Temps de lecture :

Digiteka PlaceHolder

Attendue dimanche, la décision du président Isaac Herzog pour savoir qui sera chargé de former le prochain gouvernement israélien a finalement été avancée de quelques heures. Dès samedi soir, il a fait savoir qu’il demande à Gadi Eisenkot d’endosser cette responsabilité. Une issue qui semblait acquise pour celui qui dirige le parti Yashar et qui est une figure centrale du Bloc du changement, coalition hétéroclite de quatre formations allant de la gauche à la droite nationaliste. « Le président Herzog a invité Gadi Eisenkot à la résidence présidentielle, où il lui confiera demain, à 17h, la mission de former le gouvernement », selon un communiqué.

« Une majorité absolue de députés soutiennent le changement et ma nomination comme Premier ministre. En revanche, seuls 46 députés soutiennent la continuation du mandat de Benjamin Netanyahou », a assuré vendredi l’ancien chef d’état-major de l’armée sur les réseaux sociaux. Appelant à la formation rapide d’un « gouvernement d’urgence nationale », Gadi Eisenkot avait ajouté avoir réalisé des « progrès significatifs » dans les négociations d’une coalition de gouvernement.

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Des lignes rouges à l’épreuve du compromis

À l’issue des législatives, le Bloc du changement n’a recueilli que 48 des 120 sièges de la Knesset. En manquent treize pour obtenir les 61 députés nécessaires pour voter l’investiture du nouveau gouvernement, et lui garantir une majorité au parlement.

Reste à savoir où les trouver. Accepter l’alliance proposée par les partis arabes israéliens, Ra’am et la Liste unifiée ? C’est risquer l’éclatement du Bloc du changement, en s’aliénant le soutien du Beytenu mené par Avigdor Liberman (droite laïque). Se rapprocher au contraire des partis ultraorthodoxes, Shass (séfarade) et Judaïsme unifié de la Torah (ashkénaze) ? C’est accepter de revenir sur une des principales promesses de campagne du Bloc du changement : le partage plus équitable du fardeau de la guerre, et la conscription des Haredim, les juifs ultraorthodoxes. Depuis une décision de la Cour suprême de 2024, ces derniers sont théoriquement appelés sous les drapeaux comme le reste de la population, mais le gouvernement Netanyahou rechigne à faire respecter cette obligation.

Après une semaine de consultations, le président Herzog a annoncé qu’il désignerait dimanche le responsable chargé de former un nouveau gouvernement. Photo Sipa/Upi/Shutterstock

Après une semaine de consultations, le président Herzog a annoncé qu’il désignerait dimanche le responsable chargé de former un nouveau gouvernement. Photo Sipa/Upi/Shutterstock

Concessions en vue sur la conscription des ultraorthodoxes ?

Signe d’un possible compromis avec les ultraorthodoxes, Avigdor Liberman s’est dit vendredi prêt à faire des concessions sur la conscription. Mais le leader du Beytenu a aussi tracé ses lignes rouges : le maintien de Benjamin Netanyahou, ou la constitution d’un gouvernement minoritaire s’appuyant sur l’abstention des partis arabes.

De son côté, Gadi Eisenkot a indiqué vouloir construire un gouvernement ouvert à toute formation ou député qui accepterait quatre principes : la reconnaissance d’Israël comme État juif et démocratique, l’acceptation des valeurs de la Déclaration d’indépendance, l’obligation de service pour tous, et la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste. Son parti a appelé samedi les membres du Likoud du Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou à rejoindre le prochain gouvernement. « Si le Likoud et ses alliés s’intéressent soudainement à "l’unité" et à un large gouvernement, ils sont les bienvenus pour annoncer publiquement la dissolution de leur alliance avec les extrémistes (...) et leur volonté de rejoindre un gouvernement dirigé par (...) Eisenkot », a écrit le parti Yashar sur X.

« ll nous incombe d’apporter rapidement un leadership stable et responsable, d’empêcher un nouveau cycle électoral et l’enracinement de [Benjamin] Netanyahou au bureau du Premier ministre », avait déclaré la veille le chef du Yashar. S’il est désigné ce dimanche par le président Herzog, Gadi Eisenkot disposera de 28 jours (extensibles à 42) pour former un gouvernement, qui sera ensuite soumis à un vote d’investiture de la Knesset. Faute d’y parvenir, un autre candidat pourrait être désigné. En cas de blocage, de nouvelles élections pourraient être convoquées - un pari à haut risque que l’opposition souhaite éviter à tout prix.

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