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Vampyr offre a priori un curieux métissage entre un mythe d’horreur, un humour parfois grotesque et une sérieuse critique écologiste. Mais l’hybridité marque justement la démarche de la créatrice chilienne Manuela Infante, dont le spectacle utilise de manière ludique les morts-vivants pour dénoncer un système qui divise et priorise certaines catégories du vivant aux dépens des autres. Et qui vampirise insatiablement les ressources humaines et animales, fut-ce pour produire des énergies qu’on dit vertes.
La pièce joue beaucoup sur la dualité entre énergie et épuisement, entre ces ressources qu’on veut renouvelables à l’infini et la main d’œuvre au contraire harassée. Ce qui nous vaut d’emblée une image ironique : ce personnage qui peine à lever une banderole sur laquelle s’inscrit «énergie»…
La première apparition des deux protagonistes vampiriques, dentus, grimaçant, désarticulés, éructant des sons animaux, produit tout un effet dans la salle de la Maison Théâtre. Vampyr - qui sera ensuite présenté au Festival Carrefour, à Québec - repose sur l’étonnant jeu caméléonesque et la forte présence des interprètes David Gaete et Marcela Salinas, qui livrent une performance physique formidable en créatures protéiformes.
Le duo sera en effet appelé à se métamorphoser au cours du spectacle, portant toujours une sorte d’hybridité génératrice d’étrangeté chez leurs personnages, humains ou pas. Ceux-ci tournent tous autour d’un parc éolien : les travailleurs affectés au quart de nuit -et donc baptisés vampires; les humains résidant à proximité dérangés par le constant murmure de ces pales géantes (mais qui ironiquement subissent des pannes de courant, parce que l’électricité produite ainsi est vendue ailleurs…), jusqu’aux chauve-souris menacées par cette technologie verte.
C’est justement en raison d’une récente hécatombe de Chiroptères qu’un spécialiste -dont on n’entend d’abord que la voix – est chargé de recueillir ces témoignages, avec l’objectif de produire un «rapport d’impact» environnemental. Un rapport dont le pauvre aura du mal à partager les résultats. La scène précédent son explication, satire d’une conférence de presse par le PDG de l’entreprise d’éolienne, est un bijou d’humour cynique et de dérision.
Mais devant sa révélation de ce qui a tué les chauve-souris (le barotraumatisme), on comprend que la métaphore des morts-vivants du spectacle prend tout son sens et fonctionne à plusieurs niveaux. Si Vampyr, qui ne dévoile pas d’emblée sa trame, pouvait paraître à certains moments comme une enfilade de scènes dont on questionnait la direction, durant cette dernière partie particulièrement forte, on réalise que tout se tient. Le texte de Manuela Infante attache intelligemment ses fils. Et le spectacle s’appuie en général sur une illustration relativement simple mais ingénieuse – voire ce danseur-des-vents en épouvantail.
Bref, de quoi regretter le rendez-vous manqué de 2020, l’édition annulée par la Covid où le FTA devait présenter le premier volet de la trilogie «non anthropocentrique» de Manuela Infante, Estado Vegetal. Voici une deuxième chance de rattraper cette dramaturgie singulière.


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