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Montréal est confrontée à l’inflation salariale

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La mairesse Soraya Martinez Ferrada a entrepris de dégraisser la machine municipale de Montréal, mais elle constate le défi titanesque de limiter l’explosion de la masse salariale. La poussée inflationniste de 2022 se fait encore sentir dans les négociations avec les employés municipaux, y compris les cols bleus, qui ont fait une grève de trois jours cette semaine.

Les hausses salariales consenties récemment aux cols bleus de banlieue sont le meilleur argument des employés municipaux de Montréal, dont le pouvoir d’achat a fondu dans les dernières années.

De l’autre côté de la rivière des Prairies, les cols bleus de Laval avaient le sourire en revenant du congé des Fêtes, en janvier dernier : leur première paye de l’année a bondi de 19,5 % — d’un seul coup. Ils ont encaissé des hausses rétroactives établies entre 3 % et 5 % par année en 2022, 2023 et 2024 et 2025, ainsi que 2,5 % cette année. L’augmentation sera de 2,75 % en 2027, pour un total de 22,25 % étalé sur six ans.

D’autres municipalités de l’île de Montréal, comme Dollard-des-Ormeaux et Montréal-Est, ont accordé des hausses de la même ampleur à leurs cols bleus. Ces ententes pèsent lourd à la table de négociation, a souligné cette semaine Jean-Pierre Lauzon, président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal : « C’est sûr qu’on est en haut de 20 % […] Si on est capables d’avoir des ententes ailleurs, je ne vois pas pourquoi Montréal ne ferait pas la même chose. »

Pas étonnant, dans ces conditions, que les six autres syndicats de la Ville de Montréal en négociation pour renouveler leurs contrats de travail surveillent de près le bras de fer entre les cols bleus et l’administration municipale. D’autres syndicats québécois sont venus appuyer leurs collègues, cette semaine, sur une scène montée près du Parc olympique, à l’intersection de la rue Sherbrooke et du boulevard Pie-IX, qui a été bloquée durant huit heures par des centaines de grévistes.

La présidente du syndicat regroupant plus de 30 000 employés municipaux de Toronto, Nas Yadollahi, est même venue prononcer un discours enflammé aux cols bleus montréalais.

Capacité de payer des contribuables

Le rapport de force de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, paraît bien mince en cette époque toujours propice à l’inflation. Les grèves se multiplient depuis quatre ans dans les secteurs public et privé, les travailleurs étant déterminés à rattraper leur pouvoir d’achat perdu. Et même à s’enrichir.

Les cols bleus décrivent comme « indécente » la hausse salariale de 11 % sur cinq ans proposée par l’administration Martinez Ferrada. Sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2024, ils disent être prêts à intensifier leurs moyens de pression dans les prochaines semaines, à défaut d’un geste fort de la part des négociateurs de la Ville.

« Les négociations vont être difficiles, j’en conviens, mais on va de l’avant, on doit négocier », a lancé la mairesse lors d’un point de presse vendredi.

Soraya Martinez Ferrada assure qu’elle et son équipe « croient au travail des cols bleus ». Elle s’engage à réduire le recours aux sous-traitants et à miser davantage sur les travailleurs municipaux. La capacité de payer des contribuables montréalais est toutefois limitée, souligne la mairesse.

Il est vrai que la Ville dispose d’une maigre marge de manœuvre financière. La masse salariale s’élève à 2,9 milliards de dollars, soit 38 % du budget annuel de Montréal. Le service de la dette est un autre gros morceau, avec 16,6 % des dépenses totales. Et chaque point de pourcentage d’augmentation salariale des 28 000 employés municipaux coûte entre 20 et 25 millions de dollars, fait valoir l’administration au pouvoir.

C’est pour cela que la mairesse a entrepris une opération de dégraissage à l’Hôtel de Ville. Au moins 250 postes seront supprimés dans la prochaine année, dont une part importante parmi les cadres et les cols blancs. Sept postes de haute direction et deux directions adjointes sont éliminés, et chaque service devra trouver des économies.

« Culture du temps supplémentaire »

Les 5500 cols bleus, eux, gagnent entre 29 $ et 43 $ l’heure, soit un salaire de base estimé entre 54 000 $ et 81 000 $, indique leur convention 2018-2024. Ils travaillent quatre jours par semaine. Certains ont un horaire de trois jours (trois journées de 12 heures). À cela s’ajoutent de nombreuses primes et de généreux avantages sociaux : régime de retraite et assurances collectives, congés parentaux et sécurité d’emploi.

Un arbitre du travail avait mis en lumière en 2017 la « culture du temps supplémentaire » qui faisait gonfler la rémunération des cols bleus dans l’arrondissement de Ville-Marie. Les heures supplémentaires sont payées au taux majoré de 50 % ou de 100 %.

Des cols bleus vivent néanmoins dans la précarité. Les auxiliaires, qui n’ont pas acquis la permanence, n’ont aucune sécurité d’emploi ni aucun nombre d’heures de travail garanti. Ils sont appelés à travailler le jour, le soir, la nuit ou les fins de semaine.

« J’ai déjà fait tous ces quarts de travail dans un mois. C’est difficile pour la conciliation travail-famille », dit une travailleuse rencontrée cette semaine dans un piquet de grève. Elle a gagné 35 000 $ en 2025. Elle a du mal à payer le loyer, l’épicerie et les autres factures depuis l’explosion du coût de la vie.

Avec Jeanne Corriveau

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