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Monsieur : noir polar, mi-Chabrol mi-Simenon

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CRITIQUE - Ce remarquable téléfilm, sombre, tendu, puissant et inattendu, adapté du roman noir Petite sale de Louise May, est à découvrir sur France 3.

1969. Des images d’actualité de l’époque – Françoise Hardy, Johnny Hallyday, le général de Gaulle, Simone Veil, les premiers pas sur la lune… – se mêlent à celles d’une exploitation agricole. La petite-fille d’un riche propriétaire terrien du nord – le Monsieur du titre, visage fermé, un bloc de dureté et de mépris joué par Aurélien Recoing – confiée à une servante, Catherine, disparaît. Deux flics débarquent de Paris, où les événements de Mai 1968 ont fait souffler un vent de rébellion, pour mener l’enquête…

Monsieur , téléfilm de France 3, c’est la confrontation de deux mondes et de deux classes sociales. Les anciens et les modernes. Les oppressés et les oppresseurs. Il y est ainsi question de pouvoir et d’argent, d’asservissement – on en sent le poids sur les corps –, de patriarcat, d’une violence, larvée ou décomplexée. « Elle est un peu sale, cette petite », lance la femme de Monsieur au moment d’embaucher la jeune employée. Une référence au roman de Louise May (2023), Petite Sale, transposé ici par Natalie Carter. Une petite houspillée par ses patrons, harcelée par les hommes. Jusqu’aux portes de l’enfer, une scène dans la boue de la cour de la ferme, sous un ciel gris et bas, peuplée de personnages fantomatiques

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Comment adapter un polar à l’écriture si singulière, qui débute ainsi : «À perte de vue la terre, brun-noir, grasse et humide sous sa croûte de gel gris. Riche. La terre est riche. Parfois, elle y pense – la terre est riche. La boue est riche. Elle pas. Tout le monde est plus riche qu’elle, même la boue». «C’est vrai, il a été difficile de trouver le ton pour rendre compte de cette écriture vivante, vibrante, reconnaît Natalie Carter. Mais aussi pour rendre le personnage de Catherine (Léontine D’Oncieu), la faire être là mais jamais vraiment là... Présente et absente. Lui faire porter un mystère sans que ce soit trop lourd. Afin que la révélation finale soit vraiment jouissive.»

Le polar, le roman noir ne font plus partie du mauvais genre. Ils offrent un merveilleux terreau pour parler de notre société

Natalie Carter, scénariste

Dans une atmosphère plombée, tendue, celle d’une province engoncée dans ses principes, ses secrets, ses non-dits, la réalisatrice Méliane Marcaggi déroule un polar qui évoque Georges Simenon comme Claude Chabrol – celui de La Cérémonie notamment, librement inspiré des Bonnes de Jean Genet – ou la révolte des domestiques. «Le polar, le roman noir ne font plus partie du mauvais genre, poursuit Natalie Carter. Ils offrent un merveilleux terreau pour parler de notre société. Je ne sais pas pourquoi mais cela donne plus de liberté aux auteurs. Et le polar laisse la part au romanesque, ce qui n’est pas toujours le cas dans la littérature en France.»

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La scénariste insuffle heureusement une respiration, une pointe d’humour par la grâce du tandem de policiers antagonistes qui renouvelle avec bonheur cette figure imposée. La confrontation entre le flic bonhomme, chapeau à la Maigret, vieux de la vieille à qui on ne la raconte pas, et son jeune acolyte, candide, studieux choqué par ses pratiques (Jean-Pierre Darroussin - qui avait joué dans La Mort d’Auguste d’après Simenon - et Jeremy Lewin – HPI –, formidables) se révèle savoureuse. «Le tandem existait dans l’ouvrage mais avec moins de complicité, de jeu, explique Natalie Carter. J’ai eu envie de quelque chose de presque tendre entre les deux. Ce qui est amusant aussi, c’est qu’ils n’ont rien compris ou en tout cas trop tard.»

Jeremy Lewin et Jean-Pierre Darroussin. Sarah ALCALAY - France Télévisions - LMLesfilms

La scénariste, qui a collaboré à plusieurs reprises avec Claude Miller (sur Un secret, Thérèse Desqueyroux) a appris du cinéaste, dit-elle, à se préoccuper avant tout des personnages et que le reste en découlerait. Une leçon parfaitement retenue et appliquée. Le film a obtenu le prix de la meilleure musique au Festival de la fiction TV 2025 de La Rochelle, composée par Cyrille Aufort.

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