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« Mon fils a été victime de violences sexuelles à l’école. Il est temps de mieux protéger tous les enfants »

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Le fils d’Hélène a été victime de violences sexuelles dans le cadre du périscolaire. En cette rentrée, elle appelle la classe politique à ne pas limiter la protection des enfants à une simple promesse électorale.

 être capable d’entendre sa réponse. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant révèle une violence ? Qui recueille sa parole ? Qui le protège ? (image d’illustration)

ARNAUD PAILLARD / Hans Lucas via AFP

Poser une question à un enfant crée une responsabilité immense : être capable d’entendre sa réponse. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant révèle une violence ? Qui recueille sa parole ? Qui le protège ? (image d’illustration)

Mesdames et Messieurs les Politiques

Alors que je vous vois, dans les différents médias, faire votre rentrée, poser, tout sourire, pour entamer une année qui s’annonce palpitante pour vous, un parallèle me vient.

Moi aussi, ce mardi matin, je prendrai une photo de rentrée. Et pas n’importe laquelle. Ce mardi matin, mes fils mettront leur cartable sur le dos, se tiendront la main, et me souriront pendant que j’immortaliserai le moment. Dans quelques années, je feuilletterai leurs photos de rentrée avec mélancolie, en me souvenant de leur petite voix d’antan et de leurs rires d’enfants. Oui, comme chaque année, je vais immortaliser ce moment.

Cette rentrée, je devrai ravaler mes larmes

Comme chaque année ? Pas tout à fait. Jusqu’ici, cette photo était accompagnée d’un doux mélange de joie et de nostalgie. Désormais, ce sera différent. Ce mardi matin, mon petit garçon de 5 ans mettra son cartable sur le dos, tiendra la main de son grand frère, me sourira, et moi, je devrai ravaler mes larmes.

Car ce mardi, je ne l’envoie pas simplement à l’école. Je l’envoie là où on lui a fait du mal. À lui et à tant d’autres. Je le renvoie là où son innocence a été broyée. Là où ma confiance et mon insouciance se sont brisées lorsque j’ai appris, avec les autres parents, qu’un animateur du périscolaire avait sexuellement agressé nos enfants. Lorsqu’avec ses mots et ses gestes, notre fils a su nous dire ce qu’il avait subi.

À 3 ans, il était arrivé à l’école avec l’enthousiasme du petit garçon impatient de devenir grand. Émerveillé, il y a appris à compter, à colorier sans dépasser, à jardiner, à faire de la confiture de mûres. Et dans cet océan d’apprentissages, il a aussi appris qu’il n’était pas toujours protégé. Que des adultes pouvaient le blesser. Qu’un terrible secret pouvait être très bien gardé pendant des années et que ses parents pouvaient passer à côté.

Il faut agir

Alors non, ce mardi matin, je n’immortaliserai pas sa rentrée « comme chaque année ». Je le regarderai et penserai à ce qui lui a été enlevé. Lorsque je vois la photo de son entrée en petite section, je plonge mes yeux dans son regard innocent, celui d’un enfant dont le monde était encore intact. Sur celle de moyenne section, je cherche à percevoir la tristesse, la colère et l’incompréhension qui devaient l’habiter. Mais je n’y vois que ses yeux d’enfant.

Car s’il va à l’école pour apprendre, il est aussi celui qui m’a enseigné la plus folle des leçons : la capacité à vivre dans le présent et à croire que la joie l’emportera, malgré la douleur, la tristesse et l’angoisse. Je fais un vœu. Découvrir, sur la photo de ce mardi, dans ses yeux, la confiance retrouvée, l’assurance nouvelle de se savoir protégé. Que ce vœu l’accompagne, lui, ses copines, ses copains, et toutes celles et tous ceux auxquels une part d’enfance a été volée.

Pour que ce vœu puisse se réaliser, pour que nos enfants grandissent en sécurité, il faut agir maintenant.

« La lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants ne peut pas reposer uniquement sur la punition. Elle doit aussi reposer sur la prévention, le repérage précoce et la protection. »

En France, des milliers d’enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles. Derrière les chiffres, il y a des enfances bouleversées, des familles dévastées. Comment accepter qu’un enfant puisse parler, au prix d’un courage immense, et que cette parole ne débouche ni sur une protection, ni sur une réponse à la hauteur de ce qu’il a subi ?

Notre approche doit changer. La lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants ne peut pas reposer uniquement sur la punition après les faits. Elle doit aussi reposer sur la prévention, le repérage précoce et la protection. Le gouvernement vient d’annoncer la mise en place d’un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles, destiné aux élèves de la grande section à la terminale.

Poser une question à un enfant crée une responsabilité immense : être capable d’entendre sa réponse. Que se passe-t-il lorsqu’un enfant révèle une violence ? Qui recueille sa parole ? Qui le protège ? Interroger les enfants ne peut être qu’un premier pas. Pour que leur parole puisse changer leur situation, il faut une chaîne de protection solide. Des professionnels formés, des protocoles clairs, une justice capable de répondre et des moyens humains et financiers à la hauteur.

C’est précisément ce que doit permettre la loi intégrale. Garantir que chaque enfant victime de violences sexuelles soit identifié, entendu, protégé et accompagné. Une loi qui repense l’ensemble de la chaîne : prévention, repérage, signalement, protection, justice, soins et accompagnement.

« Aucune concession ne doit être permise »

Il ne faut pas une politique qui compte les victimes après les faits. Il faut une politique qui protège les enfants avant qu’ils ne deviennent victimes et qui ne les abandonne jamais lorsqu’ils le sont devenus.

Mesdames et messieurs les candidates et candidats à la présidentielle, mesdames et messieurs les députés, alors que la campagne présidentielle de 2027 se profile, alors que la proposition de loi intégrale doit être examinée à l’Assemblée nationale, aucune concession ne doit être permise. La protection de nos enfants ne peut pas être une simple promesse de campagne. Elle doit être un engagement politique majeur.

Vous venez de faire votre rentrée. Vous avez posé devant les objectifs, souri aux photographes. Ce mardi, moi aussi je prendrai une photo. Sur la mienne, il y aura deux enfants qui doivent pouvoir faire confiance aux adultes qui les entourent. Sur la vôtre, il y a celles et ceux qui ont le pouvoir d’agir pour que cela devienne possible.

Donnez à cette loi les moyens de ses ambitions. Transformez réellement notre politique de protection de l’enfance. Pour que demain, une photo de rentrée ne soit plus jamais accompagnée dans le cœur d’un parent, de la peur de ce qui pourrait arriver à son enfant — à l’école, dans un club, une institution mais aussi au sein même de son foyer ou de son entourage.

Pour que demain, sur ces photos, nous puissions voir seulement des enfants qui grandissent. Et rien d’autre.

Ce témoignage a été recueilli et édité par Aïda Djoupa. Vous avez un récit à nous transmettre ? Écrivez-nous à l’adresse : [email protected]

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