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«Mon amour. C’est pour le restant de mes jours»: un film comme une déclaration sur fond boréal

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Enfermés dans le bois pendant la pandémie, à Montcerf-Lytton — « le dernier village avant le parc de La Vérendrye » —, en Outaouais, André-Line Beauparlant et Robert Morin, en couple depuis une trentaine d’années, ont continué de faire du cinéma comme ils l’ont toujours fait : à deux, avec peu de moyens, souvent hors des circuits de financement, mais avec une liberté farouche. De ce huis clos est né Mon amour. C’est pour le restant de mes jours, présenté en ouverture de la 44e édition du Festival international du film sur l’art (FIFA), en compétition nationale et internationale.

Le film s’ouvre pourtant sur une zone grise : une crise de couple. Beauparlant ne cherche pas à gommer cette période creuse ; au contraire, elle dit s’être lancée dans ce processus sans connaître la fin. « Je ne savais même pas si le film allait finir sur notre séparation. C’était possible. » Ce doute donne sa tension au dispositif : filmer pour se rejoindre, au moment même où l’on se perd.

Le tournage se greffe à celui de Festin boréal, film de Morin dont l’aventure, sur le terrain, ne se déroule pas comme prévu : froid mordant, logistique absurde, fatigue, abattement. Beauparlant capte en parallèle, à petites doses, le travail et ce qui déborde le plateau : découragement, silences, obstination.

Entre pudeur et intimité

Si Mon amour touche juste, c’est qu’il se fabrique au plus près, sans artifice. Beauparlant refuse la procession des témoins : pas d’amis interviewés, pas de commentateurs externes, presque aucun autre personnage, dans une bulle qui semble retranchée du monde. « Je voulais me servir de ses films pour parler de lui. Je n’avais pas envie que les autres parlent de Robert. » À l’écran, il n’y a essentiellement que lui, des archives de films — et sa voix à elle, adressée au « tu », comme une lettre.

Il a bien fallu composer avec la résistance de Morin, réputé privé, de nature un peu sauvage, du moins allergique au placotage mondain. Beauparlant raconte la négociation avec une sobriété presque amusée. « Quand je lui ai dit que je voulais faire un documentaire sur lui, ce n’est pas quelque chose qui l’intéressait. Mais il me dit que je ne peux pas empêcher une artiste de faire ce qu’elle a à faire. » L’acceptation tient aussi à une méthode : équipe minimale, autonomie totale. Deux personnes, une caméra, parfois un téléphone « dans des situations pas possibles », jusqu’à « -40 °C ». Au montage, un complice de longue date entre en scène : Stéphane Lafleur.

Cette pauvreté de moyens n’a rien d’un effet de style : elle conditionne l’accès à Morin. « Il n’aurait pas pu y avoir un film sur Robert Morin à part si c’est moi qui le faisais », confie Beauparlant, consciente des « maladresses » — flous, sons inégaux — qu’autorise une caméra solitaire. Le film assume ce brut, comme si la forme devait rester à hauteur de relation. Jusqu’au dernier geste, imprévu : Morin saisit l’appareil et le retourne vers la réalisatrice. « Ce n’était pas prévu… Il veut reprendre un peu le contrôle », dit-elle, voyant dans la participation de son conjoint un « cadeau » qu’il lui rend.

Fébrilité

L’autre risque, c’est l’exposition. La première au Monument-National, le jeudi 12 mars 2026, à 19 h (soirée d’ouverture du FIFA), arrive alors que Morin n’a pas encore vu le film. Beauparlant avoue que c’est là que la fébrilité s’accroche : « La chose qui me rendait le plus nerveuse, c’était que Robert ne l’avait pas vu. […] Il m’a dit qu’il allait aimer le film parce qu’il m’aimait. »

Ce pacte de confiance, ils l’exercent depuis longtemps. Leur rencontre tient du coup de foudre artistique et amoureux. À l’époque, elle a 27 ans, et lui 44. Le récit de leur histoire naissante tient foncièrement de la passion, et leurs débuts, qui sont marqués par le démantèlement d’une famille et un incendie en pleine nuit, prennent l’allure d’un roman. Depuis, les deux artistes travaillent côte à côte, sans fusionner leurs gestes : Morin dit lui laisser « carte blanche totale » sur les décors, et elle lui laisse la caméra, sans « checker dans [son] viseur ».

Le film se lit aussi comme un portrait par ricochet du cinéma de Morin : un artisan libre, qui n’a pas peur de la controverse, qui aime brouiller les cartes entre documentaire et fiction, tragédie et humour, réalisme sociologique et fantaisie grinçante. Beauparlant le laisse se dire à travers ses images, ses méthodes, ses refus — et le froid concret de la création. Cette œuvre déromantise frontalement l’acte créateur. « Arrêtez de penser qu’il y a juste un tapis rouge. Ça n’existe pas. La création, c’est dur. »

Dans une formule qui dit bien l’admiration au cœur du couple, Morin, en entrevue, compare Beauparlant à Annie Ernaux : même art de la durée, même manière d’attraper sans fard la vie au passage, au carrefour du personnel et du social, sans lisser le réel. Cette durée traverse aussi sa filmographie : de Trois princesses pour Roland (2001) à Panache (2007) et Pinocchio (2015), elle filme les liens familiaux qui nous font et nous défont ; tandis que son prochain documentaire, Petit Tom (2026), s’étire sur 15 ans de tournage.

À noter enfin : en novembre 2025, Panorama-cinéma a mis leurs œuvres en dialogue en France, rare occasion de mesurer, hors Québec, la force de ce tandem à contre-courant.

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