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« Pour le policier qui est décédé, qui a fait le sacrifice ultime. Il est tombé. Il ne sera jamais oublié. C’est notre devoir de mémoire. Au nom de tous les Québécois, je dirais : qu’il ne soit jamais oublié. » – Ian Lafrenière, le 22 juin 2026
Mohamed Lamine Benredouane ne savait évidemment pas que, le 22 juin, il trouverait la mort en accomplissant son devoir comme policier au sein du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En revanche, il savait que ses enfants continueraient de grandir, de s’épanouir et de construire leur avenir au Québec. Ce pays, il l’avait choisi librement. Il avait adopté cette terre avec son cœur avant d’en faire définitivement la patrie de ses enfants et, peut-être, de leurs descendants. Ce choix s’était fait sans contrainte, avec conviction et probablement avec émerveillement, comme tant d’immigrants qui ont contribué à bâtir le Québec.
Le fait que Mohamed Lamine exerçait la profession de policier ne signifie pas qu’il mesurait pleinement tous les risques auxquels il était exposé quotidiennement. Pourtant, à la lumière du drame, et en voyant les drapeaux mis en berne partout au Québec en son honneur, on peut croire qu’il n’aurait jamais renié son engagement. Cette reconnaissance collective aurait certainement confirmé le profond attachement qu’il éprouvait envers la société qu’il avait choisi de servir.
La première sortie médiatique de Ian Lafrenière, vice-premier ministre du Québec et ministre de la Sécurité publique, révélait une émotion si vive qu’il dut écourter son point de presse. Quelques heures plus tard, lors de sa conférence de presse près du lieu du drame, le directeur du SPVM, Fady Dagher, apparaissait lui aussi profondément bouleversé. Présent à proximité, j’ai pu constater à quel point l’émotion était palpable. M. Dagher répétait qu’il avait croisé Mohamed Lamine à plusieurs reprises et qu’il était un homme remarquable.
Une telle réaction est parfaitement compréhensible. La disparition d’un policier touche l’ensemble du corps policier. Elle crée une profonde communion dans le deuil, renforce le sentiment d’appartenance et rappelle la vulnérabilité de celles et ceux qui portent l’uniforme. Chez Ian Lafrenière, ancien policier et militaire, cette douleur semblait particulièrement personnelle. Certaines appartenances ne quittent jamais un homme ; elles l’accompagnent jusqu’à la fin de sa vie.
La mort d’un policier du SPVM suscite la solidarité non seulement de tous les policiers du Québec, mais également celle de leurs collègues ailleurs dans le monde. Les frontières s’effacent devant une même réalité : chacun sait que le destin de l’un pourrait un jour devenir le sien. La disparition d’un policier en service ravive une fraternité profonde, faite de respect, de chagrin et d’une blessure partagée.
Pour Ian Lafrenière et pour beaucoup d’autres, Mohamed Lamine Benredouane est tombé en accomplissant son devoir jusqu’à son dernier souffle. Mais derrière l’uniforme représentant l’autorité de l’État québécois se trouvait également un jeune immigrant qui avait choisi de contribuer à l’essor de sa société d’adoption. En servant le Québec, il préparait aussi l’avenir de ses enfants, afin qu’ils puissent vivre pleinement leur appartenance à cette terre devenue la leur.
En donnant sa vie pour protéger celle des autres, Mohamed Lamine Benredouane a versé son sang sur cette terre qu’il avait choisie. Ce sacrifice laissera une empreinte durable dans la mémoire collective du Québec.
Sur le site du SPVM, on peut lire cette phrase empreinte de simplicité et de dignité : « Aujourd’hui, un des nôtres est tombé, mais il ne sera jamais oublié. »
Mohamed Lamine était arrivé au Québec à l’âge de neuf ans avec son frère jumeau, Ahmed, et ses deux sœurs. Il y a grandi, y a construit sa vie et a choisi de devenir policier afin de servir la population montréalaise et, plus largement, la société québécoise.
Lors de ses funérailles, auxquelles une foule impressionnante a pris part, un responsable religieux du Centre islamique du Québec, situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent, a affirmé que, selon la tradition musulmane, celui qui donne sa vie pour sauver celle des autres est considéré comme un martyr. Cette déclaration témoignait de la profonde estime que lui portait sa communauté, venue en grand nombre lui rendre un dernier hommage.
Au cours de cette journée d’adieu, j’ai également été marqué par l’attitude du consul général d’Algérie, Mohamed Zergot, qui est demeuré auprès de la famille du défunt avec une grande discrétion et un soutien constant. Les quelques échanges que j’ai eus avec lui m’ont rappelé l’image de ces serviteurs de l’État que l’on admire pour leur intelligence, leur intégrité, leur humilité et leur dévouement envers leurs concitoyens.
Mohamed Lamine Benredouane, reposez en paix.
Puisse votre sacrifice demeurer vivant dans la mémoire des Québécois. Puisse également votre engagement inspirer vos enfants, qui grandiront comme des Québécois à part entière, dans cette société que vous avez servie jusqu’au sacrifice ultime.


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