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Entre la surenchère de gazouillis ou d’invectives et la rhétorique d’apaisement diplomatique se faufilent parfois, même en pleine guerre commerciale entre deux alliés, des écarts de franc-parler. Comme celui de la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, voulant que l’élaboration de la liste de contre-tarifs canadiens n’ait dans les faits pas été qu’économique, mais aussi politique. Une évidence, puisque le contraire aurait été étonnant à dix semaines des élections de mi-mandat américaines, mais que son gouvernement aurait néanmoins préféré taire, car il ne dispose malgré tout que de très peu d’autres cartes aussi prometteuses à sa main.
La riposte canadienne aux nouveaux droits de douane exorbitants de Donald Trump, imposés à hauteur de 50 % sur 27 milliards de dollars d’exportations canadiennes, se voulait avant tout polie. La surtaxe de produits américains en guise de réplique, dans dix jours, serait stratégique et s’appliquerait à une sélection de valeur équivalente, Ottawa visant d’abord et avant tout à protéger les industries canadiennes touchées par la guerre tarifaire, ont souligné fonctionnaires et ministres cette semaine. Du moins, jusqu’à ce que la ministre Joly admette tout haut, en conférence de presse, qu’« exercer des pressions » — et des pressions « politiques », avouait-elle dans une autre réponse aux journalistes — était « d’ailleurs la raison d’être de ces contre-mesures ».
Exit tous les plus beaux efforts pour ne pas envenimer le conflit avec l’instigateur de cette guerre d’extorsion commerciale à Washington — pendant que le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et le ministre canadien responsable de ces négociations achoppées, Dominic LeBlanc, se confondent en reproches interposés. Le respect de la spécificité francophone et québécoise commence à avoir le dos large…
Les chiffres auraient cependant de toute façon parlé d’eux-mêmes. Car les contre-tarifs prévus par Ottawa surtaxeront surtout (que ce soit par stratégie politique, ou par la nature du commerce transfrontalier) des États où la course s’annonce serrée aux élections de mi-mandat, qui pourraient voir les républicains de Donald Trump perdre le contrôle des deux chambres au Congrès.
En Ohio, 12,6 % des exportations à destination du Canada seront ainsi tarifées, selon les calculs du Globe and Mail ; 11,2 % en Iowa ; 5,9 % au Michigan ; 17,5 % en Pennsylvanie ; 17,7 % au Wisconsin ; et dans le Maine, pas moins de 33,9 % (une estimation avancée toutefois avant que le Canada retire les poissons et fruits de mer de sa liste de mesures de rétorsion).
Cette nouvelle escalade n’aura rien pour apaiser le malaise grandissant d’élus républicains en lice au scrutin de novembre, dont certains se permettaient déjà des critiques bien senties à l’endroit de cette surenchère tarifaire déclenchée sans rime ni raison par Donald Trump.
Des récriminations qui risquent maintenant de se multiplier, sous la menace de telles surtaxes et surtout face à un président à l’impopularité grandissante, qui ne trouve rien de mieux à faire pour rassurer ces élus que de faire mine de renommer le lac Ontario…
L’asservissement républicain au président jadis tout puissant vacille au même rythme que sa faveur populaire. Son taux d’approbation est au plus bas : 35 % chez l’ensemble des Américains, 80 % au sein des électeurs républicains, mais moins de 60 % auprès de ceux qui ne s’identifient pas au mouvement MAGA. Sa cabale commerciale, éclipsée jusqu’ici par ses autres guerres internationales, fait désormais les manchettes depuis une semaine, y compris au Wall Street Journal et chez Fox News. Six Américains sur dix sont en outre d’avis que ses politiques ont nui à l’économie de leur pays.
Une conjoncture qui ne peut que faire espérer, à Ottawa, que l’issue des élections de mi-mandat permette de freiner par après, au Congrès, l’imprévisible et irrassasiable président. Ou mieux encore, que le vent de mécontentement républicain ne cesse dès lors de gonfler, d’ici l’imminente échéance électorale, jusqu’à contraindre Donald Trump de s’y plier.
Car les provinces auront visiblement du mal à convenir de la portée, énergétique ou non, des prochaines menaces à brandir pour faire fléchir le président. Dont la hargne ne sera par ailleurs qu’exacerbée de devoir subir à nouveau les éloges internationaux adressés à Mark Carney.
Que le Canada, avec son économie moindre et de surcroît dépendante de ses échanges avec les États-Unis, tienne tête au géant américain a certes marqué les esprits, dans les capitales de pays qui n’ont pour leur part su faire mieux que de céder aux tarifs de Donald Trump tout en lui consentant des centaines de milliards en investissements.
Au-delà d’applaudir le premier ministre canadien, lors de son allocution au Parlement européen le mois prochain, les dirigeants tant impressionnés de ces puissances moyennes alliées auront l’occasion de faire enfin preuve de réelle et concrète solidarité internationale. Et de se montrer prêtes, à leur tour, à se serrer les coudes outre-mer.


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