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Sur le siège du passager, Laura, une étudiante en musique, se détourne de Jakob, son fiancé qui maugrée derrière le volant. Au bord de la route de campagne, Betty, la cinquantaine, croise le regard de Laura. Entre les deux femmes passe quelque chose d’indéfinissable. S’ensuit un accident qui tue Jakob, mais dont Laura, vite secourue par Betty, sort indemne. En une succession de décisions défiant toute logique, mais ayant néanmoins du sens dans le cadre d’ores et déjà insolite de l’action, Laura s’installe chez Betty. Dans sa nouvelle chambre, Laura découvre des vêtements parfaitement à sa taille. Dans l’intrigant Miroirs No. 3, Christian Petzold convoque les souvenirs de David Lynch et Joseph Losey.
Pour ce film dont le titre renvoie au troisième mouvement de la suite pour piano de Ravel, le cinéaste allemand a refait équipe avec la douée Paula Beer, sa vedette de Transit, Ondine et Afire, qui incarne ici Laura. Dans le rôle de Betty, Barbara Auer (Yella) s’avère excellente également, tout spécialement lors d’une séquence de repas auquel sont conviés époux et fils, qui ne vivent plus là (tiens, tiens…).
Tout cela est mis en scène avec cette élégance dénuée d’afféterie typique du réalisateur, qui n’en fait pas moins preuve d’une grande précision.
À titre d’exemple, la sortie de route tragique qui survient au début n’est pas montrée : on passe d’un second échange de regards énigmatique entre Laura et Betty au bruit du crash, puis à la vision crue du véhicule accidenté et du conducteur décédé. L’effet est saisissant.
En l’occurrence, Petzold recourt volontiers à l’ellipse, et ce, d’une manière aussi judicieuse que raffinée.
Quant à la teneur étrange du récit, elle s’inscrit dans la continuité de l’œuvre de Petzold. Tout comme, d’ailleurs, le contexte estival pas forcément solaire.
Prosaïsme tardif
De fait, sous les apparences rassurantes, des choses potentiellement inquiétantes couvent.
La clôture blanche que Betty, bientôt imitée par Laura, repeint constitue le symbole par excellence de la nature trompeuse d’une façade trop proprette : Lynch, dans Blue Velvet, en fit lui aussi un motif récurrent. Cela avant de se passionner pour la figure du double (Twin Peaks ; Lost Highway/Route perdue ; Mulholland Drive), que Petzold utilise plus obliquement.
Toutefois, Miroirs No. 3 emprunte surtout à Secret Ceremony (Cérémonie secrète), film culte de Losey dont on taira l’intrigue afin de ne pas divulgâcher la « révélation » — qu’on voit venir à des kilomètres — sur laquelle repose tout le scénario de Petzold.
On se bornera à préciser que, là où Losey maintenait jusqu’au bout, avec en présence une dynamique similaire de personnages, une approche narrative ambiguë, Petzold privilégie, lui, une explicitation totale lors du dénouement.
Ce prosaïsme tardif, jumelé à une pointe soudaine de mélodrame, déçoit. Cela étant, Petzold se rattrape lors d’un épilogue où domine un non-dit non seulement plus satisfaisant, mais aussi plus parlant.


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