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En concentrant l’ensemble du développement aéroportuaire sur Montréal-Trudeau (YUL), les pouvoirs publics ont fait le choix délibéré d’abandonner Montréal-Mirabel (YMX) comme deuxième pôle aéroportuaire. Ce choix, rarement assumé politiquement, est pourtant lourd de conséquences pour la qualité de vie des citoyens et pour la planification à long terme de la grande région de Montréal.
Alors que près de 10 milliards de dollars sont investis dans l’agrandissement de Trudeau, les résidents des quartiers environnants subissent déjà une congestion routière chronique et une augmentation du bruit aérien. Ces désagréments ne sont pas temporaires : ils constituent le prix permanent d’un modèle fondé sur la concentration maximale des activités dans un aéroport urbain déjà fortement sollicité.
Cette stratégie repose sur une hypothèse discutable : celle selon laquelle l’aéroport Montréal-Trudeau pourrait continuer à absorber, seul, la croissance du trafic aérien sans générer de conflits majeurs avec son environnement. Or, l’expérience internationale démontre l’inverse.
Les grandes métropoles comparables à Montréal ont opté pour des systèmes aéroportuaires multipolaires, répartissant les vols entre plusieurs sites afin de limiter les nuisances, d’améliorer la résilience du réseau et de mieux planifier l’aménagement du territoire.
Mirabel, pourtant conçu à l’origine pour jouer ce rôle complémentaire, a été progressivement marginalisé sans véritable débat public. Aujourd’hui, il n’existe aucun plan crédible visant à réintroduire, même partiellement, des vols passagers à Mirabel. Cette absence de vision stratégique est d’autant plus surprenante que les infrastructures de base existent toujours : pistes longues, vastes réserves foncières, contraintes sonores minimales et potentiel de développement économique important pour la couronne nord et les Laurentides.
Solutions de remplacement
L’argument souvent invoqué de l’éloignement géographique de Mirabel mérite d’être nuancé. À l’heure où l’on accepte des milliards de dollars de travaux, des années de congestion et des impacts environnementaux concentrés à Dorval, il est pour le moins incohérent de refuser d’évaluer sérieusement des solutions de remplacement. La question n’est pas de recréer le Mirabel des années 1970, mais d’examiner rationnellement comment un second pôle pourrait soulager Trudeau et de mieux répartir les coûts sociaux du transport aérien.
En réalité, l’abandon de Mirabel ressemble davantage à une décision politique figée qu’à une analyse fondée sur l’intérêt public. Aéroports de Montréal, avec l’aval du gouvernement fédéral, gère les aéroports comme des infrastructures essentiellement économiques, tandis que le gouvernement du Québec demeure étonnamment discret sur les questions de planification territoriale et de qualité de vie.
Cette absence de leadership collectif conduit à une situation paradoxale : un aéroport surinvesti et contesté, et un autre sous-utilisé, laissé en marge.
En mettant tous nos œufs dans le panier de Trudeau, les décideurs exposent la grande région de Montréal à des risques évitables : saturation chronique, vulnérabilité opérationnelle et tensions croissantes avec les communautés riveraines. Le débat sur Mirabel ne relève ni de la nostalgie ni du symbole. Il relève du pragmatisme et de la responsabilité publique.
Il est temps de rouvrir ce dossier de façon transparente et rigoureuse. Continuer d’ignorer Mirabel tout en amplifiant les nuisances autour de Trudeau n’est pas une fatalité : c’est un choix. Et comme tout choix public, il mérite d’être remis en question.


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