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«Mile End Kicks»: de Grace, d’amour et d’eau fraîche

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Arrive vendredi sur nos écrans Mile End Kicks, comédie dramatique — et en partie autobiographique — de la Torontoise Chandler Levack, qui ne veut toutefois pas dévoiler au Devoir jusqu’à quel point le personnage de Grace Pine serait son miroir. Nostalgique de son premier séjour à Montréal, la cinéaste croit encore aujourd’hui que le son montréalais des années 2010 « est la meilleure musique jamais produite » ; c’est dans cette scène musicale que se cherche Grace, interprétée par l’Américaine Barbie Ferreira.

« J’ai écrit ce film pendant dix ans, entre Toronto et Montréal », raconte Chandler Levack, qui, comme Grace, a balancé la capitale ontarienne pour le Québec en 2011, attirée par la scène musicale et l’envie d’écrire sur ses acteurs.

Respectueuse de la musique de cette époque — le film cite Islands, Arcade Fire et Grimes, et le groupe TOPS signe les chansons originales du groupe rock fictif —, Chandler Levack se défend toutefois d’avoir fait un long métrage sur l’histoire de ces années bénies du rock montréalais. « J’aurais alors fait un documentaire », lâche la cinéaste, qui, dans son ancienne vie de critique rock, signait en août 2012 dans le magazine Maisonneuve un long portrait de la scène montréalaise (« Visions of the Future »), son récit tournant autour d’une entrevue avec Grimes — la sensation de l’heure en 2011 — qui n’aura jamais lieu.

Ainsi, Mile End Kicks est avant tout l’histoire de Grace, à la poursuite d’un sens à sa vie personnelle, professionnelle, amoureuse. Si, dans son film comme en entrevue, Chandler Levack reconnaît l’influence d’Almost Famous (2000), son long métrage nous rappelle plutôt un autre film de Cameron Crowe, Singles, paru huit ans plus tôt.

« Il y a plein de parallèles à faire avec ce film qui suit, à Seattle, des couples fréquentant la scène rock grunge. » Singles est, comme Mile End Kicks, « un film à propos de gens qui cherchent l’amour au mauvais endroit — et il y a même un groupe rock fictif nommé Citizen Dick [dans Singles], alors que le groupe de mon film s’appelle Bone Patrol. Il y a un clin d’œil. » Le personnage du guitariste de Bone Patrol est également « moulé » sur celui de Lloyd Dobler, interprété par John Cusack dans un autre film de Cameron Crowe, Say Anything (1989).

Amour-haine

Chandler Levack, qui a un pied-à-terre à Montréal, fait les allers-retours depuis quinze ans. « Une fois rentrée à Toronto, au bout de trois ans, je me disais : “Argh ! Je dois retourner à Montréal, et cette fois pour que ça fonctionne.” Et à chaque fois, au bout de quelques mois, je comprenais que je n’étais pas taillée pour y vivre. Reste encore l’emprise que votre ville a sur moi, comme une utopie de la création, et l’attachement que j’ai pour la communauté d’artistes qui y vit. C’est très puissant pour moi. »

Le personnage de Grace se libère aussi du poids de son passé torontois et « prémouvement #MeToo. À bien des égards, ce mouvement permet de porter un éclairage nouveau sur ce que vit Grace, croit Chandler. Et ça me rassure de voir que, depuis #MeToo, on constate une plus grande diversité des voix dans le journalisme musical, même si cet espace est plus restreint que lorsque je pratiquais la critique musicale. Autrefois, il y avait beaucoup plus d’endroits où pratiquer son métier et espérer faire carrière. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ».

Sa communauté, ses colocs québécois francophones, ses nouveaux amis musiciens et poètes anglo-montréalais, sont présentés à l’écran comme une faune hétéroclite, libre, queer, festive, inspirée, peuplant une ville fantasmée faite de loyers abordables (pour l’époque), de locaux industriels propices aux fêtes clandestines « comme il n’en existait pas à Toronto ».

« Ce film est celui d’une relation amour-haine avec Toronto, abonde la réalisatrice. C’est moi qui s’imagine que Montréal peut me réparer, et qui finit par comprendre que j’ai besoin de travailler sur moi-même pour pouvoir y vivre », résume la cinéaste.

« Les premières années où j’essayais d’y prendre racine, en tant qu’anglophone unilingue, j’avais peu d’amis francophones », à l’image de Grace. « Je n’étais pas curieuse d’en apprendre sur la culture québécoise et la ville ; ce n’est qu’après avoir rencontré des Québécois et développé des relations d’amitié avec eux que ma compréhension de la ville s’est enrichie et que c’est devenu pour moi beaucoup plus stimulant d’y vivre. Certains [Canadiens, Américains] s’installent à Montréal pour étudier ou attirés par la scène culturelle, ne sont pas curieux d’en apprendre plus sur la culture québécoise et c’est dommage. Ça rendrait leur expérience tellement plus enrichissante. »

Mile End Kicks prend l’affiche vendredi.

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