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Mieux se comprendre entre personnes sourdes et policiers

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Depuis plusieurs années, le travail des policiers évolue pour tenter de répondre à différents besoins et aux nouvelles réalités du terrain. Le Devoir vous présente trois initiatives du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), portées par son directeur, Fady Dagher. Aujourd’hui, une collaboration avec un organisme communautaire pour mieux servir les personnes sourdes et malentendantes.

« Au début, j’étais un peu anxieuse parce que je pensais que je n’allais pas bien comprendre et que j’allais mal répondre aux questions. Je me demandais s’ils allaient parler devant mon visage [pour que je puisse lire sur les lèvres] ou si je devais leur dire que je suis malentendante, vu que je ne suis pas toujours à l’aise avec ça. Mais ils ont pris la peine de communiquer clairement et de s’assurer que j’avais bien compris. »

Wedaifry Franchesca Morales, 19 ans, a rencontré des policiers du SPVM pour la première fois l’an dernier dans le cadre d’un projet de jumelage entre des personnes de différentes communautés malentendantes et des policiers.

L’agente Amélie Gariup-Costa, 33 ans, qui allait devenir le binôme de Wedaifry, confie avoir elle aussi été un peu stressée. « Notre première rencontre a eu lieu par visioconférence. Je ne savais pas comment elle allait pouvoir me comprendre, je me demandais ce que je devais faire pour m’adapter. » Ses doutes se sont rapidement envolés lorsqu’elle a constaté que Wedaifry lisait sur les lèvres et qu’elle pouvait avoir une conversation fluide avec elle.

Au fil du temps, elles ont développé une belle amitié. « On est proches, on se dit beaucoup de choses, on se fait confiance », confie Wedaifry.

Au-delà des liens privilégiés qu’elle a développés avec Wedaifry, c’est une expérience communicationnelle que l’agente a acquise et qu’elle transmet à ses collègues. Dans les rencontres de groupe avec les participants du projet pilote, moment qui était particulièrement stressant pour Wedaifry, la policière a pris le temps d’expliquer les besoins particuliers de son amie pour que celle-ci puisse participer pleinement aux discussions.

Cela a eu un impact également sur sa façon de travailler, pour porter attention aux petits indices. « Quand je vois une personne qui ne répond pas ou qui ne semble pas comprendre, je vais regarder [si elle a un appareil]. Sinon, je m’assure qu’on a un contact visuel, que ma bouche n’est pas obstruée, d’articuler pour que la personne soit capable de lire [sur mes lèvres]. Ce sont des petites choses qui rentrent dans ton quotidien sans que tu t’en rendes compte et qui peuvent tout changer. »

Besoins dans la communauté

C’est tout nouveau que les personnes sourdes et malentendantes participent à des programmes comme celui-ci du SPVM, explique Lucie Nault, directrice générale du Réseau québécois pour l’inclusion sociale des personnes sourdes et malentendantes (ReQIS). C’est elle qui est allée frapper à la porte du SPVM il y a quelques années. « On avait écho par nos membres d’un certain manque de confiance envers les policiers, la communauté ne se sentait pas à l’aise […] Certains individus se sentaient victimes de discrimination, et ce n’était pas le cas. Il fallait régler ce climat-là », explique-t-elle.

« C’est un problème d’accessibilité linguistique à la base, précise-t-elle. Les personnes sourdes ne comprenaient pas nécessairement les interventions policières, et ça créait un sentiment de stress et d’anxiété au sein de la communauté. »

Au SPVM, on a vite compris « qu’il y avait peut-être des façons de faire à modifier », reconnaît le commandant Jean-Sébastien Marcotte, de la Division de la prévention et de la sécurité urbaine.

Depuis, le SPVM participe aux séances de la table de concertation sur les interventions policières du ReQIS et développe avec l’organisme de nouveaux outils pour les personnes sourdes et malentendantes. Ils travaillent notamment sur un logigramme pour définir les procédures policières et sur un lexique pour traduire le vocabulaire lié aux interventions dans la langue des signes québécoise (LSQ).

On tente aussi d’instaurer de nouveaux réflexes chez les patrouilleurs, un peu comme le fait l’agente Gariup-Costa. Le commandant Marcotte donne l’exemple de policiers qui interceptent un véhicule. De façon systématique — c’est ce qu’on leur enseigne à l’école de police —, ils vont se placer parallèlement au véhicule, dans l’angle mort du conducteur. « Mais si la personne ne peut pas lire sur nos lèvres, elle ne peut pas comprendre pourquoi on l’a interceptée, explique-t-il. C’est important que les policiers comprennent ça. Une fois qu’on a évalué l’habitacle et le risque, le policier peut se tourner vers la personne pour la regarder. Mais il n’y a pas de policiers qui vont faire ça à la base. »

Le principal défi reste toutefois l’accès à un interprète officiel pour les personnes qui s’expriment en LSQ, constate le commandant. Contrairement aux enquêteurs, qui vont y avoir recours sur une base plus régulière, les patrouilleurs qui vont répondre à un appel au domicile d’une personne sourde vont souvent se fier aux proches pour traduire. Or, ceux-ci n’ont pas nécessairement les compétences ni le recul pour le faire, étant parfois impliqués eux-mêmes dans la situation. « Est-ce qu’on va vraiment intervenir de façon adéquate si on n’a pas toute l’information ? Ça se peut qu’on ne procède pas à une arrestation parce qu’on n’a pas l’information complète. Est-ce qu’on laisse la personne à risque ? Ce sont des considérations auxquelles on pense comme organisation [et qui nous mènent à] revoir nos façons de faire. » Pour cette raison, le SPVM veut « encadrer l’utilisation des interprètes et obliger les policiers à la maximiser ».

La collaboration commence à porter ses fruits, soutient Mme Nault, qui constate que les membres de la communauté sont « déjà moins sur leurs gardes », même si les changements sont longs à venir dans une grosse organisation comme le SPVM. Elle se réjouit aussi de voir que d’autres corps policiers veulent se joindre à la table de concertation. « Les enjeux sont pareils ailleurs, dit-elle. Montréal est donc notre plateforme-test. Si ça se peut ici, ça va se pouvoir ailleurs ! »

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