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« Michael » : Pourquoi ce n’est jamais bon signe quand une star ou sa famille s’implique dans un biopic musical

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Culture 21/04/2026 07:00 Actualisé le 21/04/2026 08:58

Trop lisse, trompeur, voire mensonger… Les biopics centrés sur des stars musicales ont bien souvent du mal à convaincre au-delà du premier cercle des fans. « Michael » ne devrait pas échapper à la règle.

EN BREF - Le film « Michael », biopic sur Michael Jackson qui sort ce mercredi a été produit avec la famille de la star, c’est même son neveu qui l’incarne.
Il tombe dans les travers de Bohemian Rhapsody sur Freddie Mercury ou Cloclo qui ont édulcoré la vie des artistes à la demande des proches.
Parmi les exceptions, citons Walk The Line ou Rocketman qui ont osé aborder des aspects plus sombres et complexes des vies de Johnny Cash ou Elton John.

Les biopics musicaux inondent nos écrans depuis plusieurs décennies, avec plus ou moins de réussite : Bruce Springsteen, Bob Dylan, Amy Winehouse, Elvis Presley, Maria Callas, Whitney Houston et bientôt les Beatles… Ils y ont tous droit désormais. Dernier exemple en date ? La sortie en salles, ce mercredi 22 avril, de Michael, biopic sur Michael Jackson qui a eu du mal à convaincre Le HuffPost.

Et pour cause, cet énième biopic sur un artiste vient s’ajouter à une liste déjà longue comme le bras de projets sans saveur parce qu’ils sont, d’une manière ou d’une autre, contrôlés artistiquement par la star ou des proches. Résultat, ils sont uniquement à la gloire de l’artiste, en occultant les controverses et autres zones grises de celles et ceux ressuscités à l’écran.

Michael n’échappe pas à la règle puisqu’il est produit en collaboration avec les ayants droit du Roi de la pop. Durant deux heures, le film déroule bien sagement la vie de la star, sans s’embarrasser par exemple des différentes accusations d’agressions sexuelles sur mineur dont Michael Jackson a fait l’objet. Le film n’a même pas eu le choix puisqu’une clause issue d’un accord à l’amiable avec l’un des accusateurs du chanteur interdit toute mention de l’affaire. Dans une première version, le film y faisait référence mais la découverte de cette clause a contraint le réalisateur Antoine Fuqua à retourner une partie du film. John Brancha (joué par Miles Teller), l’ancien avocat et exécuteur testamentaire du « king of pop », a d’ailleurs payé de sa poche entre 10 et 50 millions de dollars supplémentaires sur un budget initial de 150 millions pour éviter les sujets qui fâchent.

Campé à l’écran par le neveu de Michael Jackson, le biopic sur le Roi de la pop sera sans doute divertissant pour les fans de l’artiste. Sans oser égratigner l’image de Michael.

Lionsgate

Campé à l’écran par le neveu de Michael Jackson, le biopic sur le Roi de la pop sera sans doute divertissant pour les fans de l’artiste. Sans oser égratigner l’image de Michael.

Le long-métrage se contente d’une scène pour évoquer les violences physiques subies par Michael Jackson par son père durant ses jeunes années. En revanche, le neveu de Michael Jackson, Jaafar Jackson, qui a été choisi pour l’incarner à l’écran est de tous les plans. Résultat ? Un mimétisme physique forcément convaincant mais sans aucune prise de risque. Mais avec un entourage omniprésent, réaliser un biopic osé et sincère sur la vie de Michael Jackson tenait du rêve inaccessible.

« Bohemian Rhapsody » ou « Monsieur Aznavour », même combat

Si l’adaptation d’une vie au cinéma exige des concessions, voire des raccourcis scénaristiques, pour conserver une narration cohérente, cela n’excuse pas tout. Sur ce point, difficile d’oublier Bohemian Rhapsody, biopic aussi divertissant pour les fans que profondément trompeur sur la vie de Freddie Mercury et de Queen. Tiens, il était produit par Graham King, actuel producteur de… Michael.

Brian May, guitariste du groupe, avait annoncé le projet dès 2010 avec Sacha Baron Cohen dans le rôle de Freddie Mercury. L’acteur avait finalement claqué la porte trois ans plus tard : officiellement pour « divergences artistiques ». Il souhaitait surtout un projet proche du documentaire, cru et interdit aux moins de 17 ans. Rien à avoir avec la vision du groupe, qui misait plutôt sur un film familial beaucoup plus sage. Ce qu’ils ont obtenu, au détriment d’une œuvre plus radicale et authentique. Après une production laborieuse, le film avait finalement vu le jour en 2018. Aussi discutable qu’inexact − mais adoubé par le public et les membres du groupe impliqués − Bohemian Rhapsody est devenu le biopic musical le plus rentable de l’histoire.

Rami Malek dans le rôle de Freddie Mercury, biopic musical et succès tonitruant au box-office, qui s’arrangeait pourtant avec la réalité vécue par le chanteur de Queen avant sa mort.

Rami Malek dans le rôle de Freddie Mercury, biopic musical et succès tonitruant au box-office, qui s’arrangeait pourtant avec la réalité vécue par le chanteur de Queen avant sa mort.

En France, cette mode se propage aussi depuis le succès de La Môme en 2007. On peut ainsi citer Cloclo (2012) et Django (2017), tous deux réalisés en étroite collaboration avec les fils de Claude François (tous deux producteurs) et le petit-fils du guitariste Django Reinhardt. Plus récemment encore, le projet Monsieur Aznavour avait été impulsé par deux fils de Charles Aznavour. Avant sa mort, il avait lui-même approuvé le duo Grand Corps Malade et Mehdi Idir à la réalisation. Salué pour la performance d’acteur de Tahar Rahim, le film avait reçu un accueil plutôt tiède en raison du classicisme de son récit.

S’écarter de l’éternel « biopic Wikipédia »

Il existe quand même des exceptions. Au début des années 2000, le film Walk The Line sur le chanteur Johnny Cash avait été impulsé par ce dernier. L’artiste avait même validé le choix de Joaquin Phoenix pour l’incarner. Sa femme June avait fait de même pour Reese Witherspoon. Walk The Line était basé sur deux autobiographies signées par Johnny Cash, mais osait aller au-delà. Ainsi, le New York Times affirmant en 2015 que le film de James Mangold « s’enfonçait profondément dans un territoire douloureux que M. Cash avait à peine exploré ».

Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon dans « Walk The Line », film sur les hauts et les très bas de la vie de Johnny Cash.

20th Century Fox

Joaquin Phoenix et Reese Witherspoon dans « Walk The Line », film sur les hauts et les très bas de la vie de Johnny Cash.

Autre exemple avec Rocketman. En 2019, ce biopic osé sur Elton John et produit par l’artiste britannique disposait d’une note d’intention rare : il souhaitait que l’adaptation de sa carrière témoigne d’« une vie surréaliste, éloignée des faits ». Il confiait même au LA Times ne pas vouloir « un film autobiographique normal, parce que (s)a vie n’a pas été comme ça ».

En France, le meilleur exemple reste Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar. Un projet où Charlotte Gainsbourg devait au départ jouer son père. Quant à Bertrand de Labbey, garant des droits moraux de l’œuvre de Serge Gainsbourg et ancien agent de l’artiste, il confiait en 2010 à L’Express : « Je dois humblement reconnaître que j’ai souvent eu des doutes à différents stades du projet, mais, chaque fois, Joann réussissait à convaincre tout le monde ». L’homme avait à l’époque trois projets différents sur Gainsbourg entre les mains. Il n’avait finalement donné le feu vert qu’à celui-ci. « Ce ne sont pas les vérités qui m’intéressent mais les mensonges », prônait Joann Sfar pour défendre cette vision très personnelle de Gainsbourg. Résultat ? Trois César (dont ceux du meilleur film et du meilleur acteur) et un film dont on souvient encore. Mais sûrement pas pour une histoire lisse ou des reproductions ultra-fidèles de ses prestations scéniques. Comme quoi une histoire originale vaut souvent mieux qu’une fiche Wikipédia sans âme et discrètement dépossédée de son onglet « Controverses ».

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