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Ce film était attendu, pour les mauvaises raisons. Supervisé par la succession de Michael Jackson, le drame biographique d’Antoine Fuqua (Training Day, Olympus Has Fallen, la trilogie The Equalizer) s’annonçait comme une campagne de réhabilitation de l’image, entachée par des accusations de pédophilie, du défunt « roi de la pop », et c’est très exactement ce qu’il est : un film linéaire et dépourvu d’émotions montrant un Jackson, joué par son neveu Jaafar, prisonnier, comme le veut le mythe, d’une enfance qu’il n’aura jamais vraiment vécue.
Le drame biographique musical a connu depuis une décennie un boom certain, suivi d’un début d’essoufflement illustré par le flop au box-office de Springsteen : Deliver Me from Nowhere de Scott Cooper (2025). Malgré ça, ceux qui prévoient des recettes record à Michael n’avaient, à l’évidence, pas encore vu l’œuvre, mièvre, qui ne révèle rien de neuf à propos du sujet interprété par le fils de Jermaine Jackson.
Sa ressemblance avec son oncle est certes saisissante, jusque dans les nombreuses performances sur scène montrées à l’écran. L’acteur, qui joue son premier rôle au cinéma, n’a toutefois pas appris autre chose que de sourire et parler doucement comme le faisait Michael. À une reprise, après une énième prise de bec avec son père Joseph (Colman Domingo), on le voit pleurer ; ce sera toute l’étendue de son jeu.
L’histoire débute à Gary, en Indiana, au milieu des années 1960, avec les cinq frères Jackson qui répètent leurs chansons et leurs pas de danse dans le salon, sous la direction de l’intransigeant Joseph qui voit dans sa progéniture la porte de sortie de son job à l’aciérie.
La scène suivante, il se fâche contre le jeune Michael — joué à cet âge par Juliano Krue Valdi, qui offre la meilleure performance d’acteur du film — et le bat à coups de ceinture.
Cette scène, brutale, résume l’unique ressort narratif du récit : la relation conflictuelle entre Michael Jackson cherchant à s’émanciper en tant qu’artiste solo et son manager de père, qui tient à garder intact le groupe The Jackson 5 pour engranger des profits aussi longtemps que possible. Joseph passera le film à sermonner Michael sur le concept de « famille », lui reprochant d’être égoïstement tenté de voler de ses propres ailes.
Ainsi, tout le film repose sur les épaules de Jaafar Jackson (un imitateur plus qu’un acteur) et Colman Domingo. Hormis quelques scènes redondantes montrant maman Katherine (Nia Long) regardant un film à la télé en mangeant du maïs soufflé et de la crème glacée avec Michael, le reste de la famille n’a quasiment pas de répliques — notons aussi que le personnage de Janet Jackson est absent de l’histoire, la sœur cadette ayant jugé bon de se tenir loin de ce projet.
Malaise
Quant aux épisodes marquants de la vie de Michael, survolés dans ce film couvrant essentiellement la période des débuts des Jackson 5 jusqu’à la fin de la tournée Victory Tour en décembre 1984, quiconque s’est intéressé au personnage les connaît : la signature chez Motown, son premier album solo réalisé par Quincy Jones (Kendrick Sampson, sous-exploité), les tournages des clips de Beat It et Thriller (les plus intéressantes scènes du film), la création du « moonwalk » lors du spectacle anniversaire de Motown, le vitiligo et l’accident lors du tournage d’une pub de Pepsi…
Le film de Fuqua faillit à nous apprendre quelque chose de neuf de Michael Jackson, l’artiste ou l’homme sous le chapeau.
Puis, ces scènes malaisantes. Lorsqu’il se fait livrer son chimpanzé Bubbles, qui lui saute instantanément dans les bras comme s’il reconnaissait en lui un bienveillant père.
Pire : celles où il visite des enfants malades à l’hôpital, là même où il a rencontré certaines de ses victimes alléguées. Pas un mot n’est soulevé à propos des allégations d’abus sexuels commis à l’endroit de mineurs, les plus anciennes remontant à 1986. Les premières accusations formelles à l’endroit du musicien furent déposées en 1993. Le procès, qui s’est tenu en Californie en 2005, s’est conclu par un acquittement pour chacune des accusations.
Le mois dernier, quatre nouvelles victimes présumées, toutes de la même famille, ont intenté des poursuites contre la succession de Michael Jackson, accusant le musicien, décédé en 2009 à l’âge de 50 ans, de sévices s’étirant sur près d’une décennie. Voilà ce que ce que ce film tente de faire oublier.


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