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Meurtrier ou mauvais suspect? Les avocats jouent le tout pour le tout au procès Baker

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Les membres du jury ont entendu les plaidoiries finales, mercredi au palais de justice de Moncton, lors du procès de Janson Baker. Sans surprise, la Couronne et la défense ont défendu des théories des faits diamétralement opposées.

Janson Baker, 29 ans, est accusé d’avoir tué Rose-Marie et Bernard Saulnier, le 7 septembre 2019, en pleine nuit, dans leur résidence de la rue Amirault, à Dieppe.

ll a plaidé non coupable et subit son procès depuis le début janvier. Plus de 30 témoins ont été entendus, ces huit dernières semaines.

Aucune preuve matérielle

L’avocat de la défense, Brian Munro, a commencé sa plaidoirie finale en disant aux jurés combien la décision qu’ils vont bientôt prendre est lourde de conséquences. Elle aura, dit-il, un impact sur de nombreuses personnes.

Il a répété plusieurs fois que la Couronne n’a présenté aucune preuve matérielle liant directement Janson Baker à la scène de crime.

La police n’a en effet pas trouvé les empreintes digitales de l’accusé ou de traces de son ADN chez les Saulnier.

Il y a zéro preuve scientifique, a martelé Brian Munro, en ajoutant que les preuves présentées par la Couronne lors du procès sont indirectes et qu’elles ne permettent pas de démontrer hors de tout doute raisonnable que son client est coupable.

Informateur douteux

Il a rappelé que Janson Baker a nié fermement lors de son témoignage avoir tué les Saulnier.

Il a rappelé qu’il s’agit d’homicides qui ressemblent à des exécutions.

Ça prend un monstre pour faire ça. Janson Baker n’est pas un monstre.

Animé et sans lire de texte – fidèle à son habitude – Brian Munro a longuement parlé des deux témoins les plus importants de la Couronne et a demandé aux jurés de ne pas les croire.

Il s’agit de l’ami de l'accusé, Zachery Trevors, qui a témoigné qu’il est allé avec Janson Baker chez les Saulnier la nuit des meurtres, et d’un détenu à qui l’accusé aurait confessé les crimes alors qu’il était incarcéré.

Me Munro a laissé entendre que cet informateur est un criminel de carrière et un arnaqueur qui a su abuser du système pour obtenir la clémence des autorités.

Brian Munro a affirmé que ce témoin – dont l’identité est protégée par un interdit de publication – n’est pas du tout crédible et qu’il a tout simplement exploité le fait que la police faisait face à de plus en plus de pression pour résoudre l’affaire et accuser un suspect.

Voici le problème : il a inventé la plupart des choses qu’il a dites, a affirmé Brian Munro, énumérant ensuite les nombreuses incohérences de son témoignage.

Le dessin judiciaire d'une personne barbue portant des lunettes.

Croquis de l'accusé, Janson Baker, lorsqu'il a témoigné le 18 février dernier.

Photo : Radio-Canada / Andrew Robson

Rappelons que ce n’est que le 7 septembre 2023, exactement quatre ans après la mort de Rose-Marie et Bernard Saulnier, que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a annoncé le dépôt d’accusations contre Janson Baker. Ce développement a été rendu possible en partie grâce à la collaboration de ce détenu.

Brian Munro a avancé que la Couronne n’a pas démontré hors de tout doute raisonnable que c’est bel et bien Janson Baker qui a tué les Saulnier et rappelé que son client bénéficie de la présomption d’innocence.

Il a exhorté les jurés à rendre un verdict de non-culpabilité.

Témoins imparfaits

L’un des trois procureurs de la Couronne, Brad Burgess, a ensuite eu l’occasion de s’adresser aux jurés.

De façon calme et méthodique, il a expliqué pourquoi les jurés devraient en arriver à la conclusion que Janson Baker est coupable. Il a appuyé sa plaidoirie sur des images liées à l’affaire, notamment des photos macabres de la scène du crime.

Brad Burgess a commencé par raconter comment un intrus armé est entré par effraction chez Rose-Marie et Bernard Saulnier, peu après 2 h, le 7 septembre 2019, qu’il les a confinés dans une chambre, et qu’il les a tués d’une balle dans la tête chacun.

Vous savez maintenant sans doute raisonnable qui était cet intrus. C’était Janson Baker, a-t-il affirmé.

Il a ensuite raconté en détail comment les meurtres auraient été commis, en se fiant sur les deux témoignages clés et sur les nombreux éléments de preuves présentés lors du procès et qui lient Janson Baker à cette affaire.

Elles comprennent notamment une empreinte digitale retrouvée dans la voiture à bord de laquelle Janson Baker et son ami Zachery Trevors seraient allés chez les Saulnier.

Un croquis d'audience montrant Zachery Trevors en train de témoigner.

Un croquis de Zachery Trevors lors de son passage à la barre des témoins. (Image d'archives)

Photo : Andrew Robson

Une voiture à bord de laquelle une balle de 9 mm – identique à une douille retrouvée près des corps – a été découverte lors de l’enquête. La balle a été trouvée sous le siège du conducteur, là où Zachery Trevors a dit avoir vu Janson Baker cacher une arme de poing peu après les meurtres.

Brad Burgess a reconnu que les témoins clés de la Couronne – deux hommes violents, dont un qui traîne un très lourd casier judiciaire – sont imparfaits. Il a reconnu que Janson Baker n’est pas allé chez les Saulnier avec un entrepreneur respectable et qu’il s’est vanté de ses crimes à un criminel.

Brad Burgess a aussi reconnu que les témoignages de ces deux personnes ne sont pas identiques, mais a avancé que ce manque de perfection est une preuve que ces deux hommes ne se sont pas concertés.

C’est maintenant Janson Baker qui est piégé

Il a aussi demandé aux jurés de prendre en compte les nombreuses preuves indirectes qui appuient ces deux témoignages clés, et qui n’ont jamais été dévoilées publiquement avant le procès.

Oui, scrutez attentivement les preuves. Mais n’abandonnez pas votre gros bon sens, a dit le procureur aux jurés.

Il a aussi expliqué qu’il s’agit de meurtres au premier degré non pas parce qu’ils étaient prémédités, mais parce que Janson Baker a séquestré les victimes dans une chambre avant de les tuer.

Le Code criminel prévoit que les meurtres commis dans certains contextes – par exemple lorsque la victime est un policier en uniforme, pendant une agression sexuelle ou alors que les victimes sont séquestrées – sont automatiquement des meurtres au premier degré.

Les personnes reconnues coupables de meurtre au premier degré sont automatiquement condamnées à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Le meurtre au deuxième degré est en revanche assorti d’une peine minimale de 10 ans d’emprisonnement.

Avant de terminer sa plaidoirie finale, Brad Burgess a lancé un message aux jurés. Il a affirmé que Janson Baker a exercé une domination sur les deux aînés, dès qu’il est entré par effraction dans leur maison, en pleine nuit.

Il les a pris au piège et les a tués. Membres du jury, c’est maintenant Janson Baker qui est piégé. Il est piégé par les preuves et par la conclusion inévitable à laquelle elles mènent, a-t-il dit.

Le juge Cameron Gunn donnera ses instructions aux jurés jeudi matin à 10 h avant de les séquestrer pour qu’ils commencent leurs délibérations. Il les a prévenus que ses instructions seraient longues.

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