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Troublée par le meurtre de son amie de longue date, Mélanie Lavoie réclame des changements pour permettre aux policiers et aux procureurs aux poursuites criminelles et pénales de mieux protéger les victimes de violence conjugale, trop souvent réduites au silence sous les menaces de leur partenaire.
Cette résidente de Saint-Jean-Baptiste, en Montérégie, peine à trouver le sommeil depuis dimanche, lorsqu'elle a appris la mort violente de sa grande amie du secondaire, que son conjoint aurait poignardée parce qu'il n'acceptait pas la séparation imminente du couple.
Véronic Champagne a été retrouvée morte dans son logement en flammes par la police. Son conjoint de 41 ans, suspect principal de ce qui serait le quatrième féminicide à être survenu en janvier, aurait allumé l'incendie après l'avoir tuée avec un couteau.
Je connaissais les deux [la victime et son conjoint] depuis le secondaire. J'étais une amie de Véronic. Je la connaissais depuis qu'on avait 14-15 ans. Je l'aimais vraiment beaucoup... Énormément. Véro, dès l'adolescence, c'était une petite boule d'énergie. Elle aimait les gens. C'était impossible de ne pas l'aimer, raconte Mélanie Lavoie aux premiers moments d'un entretien bouleversant.

Véronic Champagne, qu'on voit ici en troisième année du secondaire avec des amies, était décrite par ses proches comme une personne sans malice, généreuse et aimante.
Photo : Courtoisie
Au cours des mois qui ont précédé le drame, Véronic Champagne n'a entretenu que les liens d'amitié autorisés par son conjoint, soutient Mme Lavoie. Il l'a isolée. Ça lui permettait d'éviter que des proches, comme moi qui le connaissais depuis le secondaire, dénoncent son comportement auprès de Véro, affirme-t-elle.
C'était violent, ce qui s'est passé sur Véronic... Il n'y a pas de mot assez fort pour décrire la cruauté de ce qu'il [le conjoint] lui a fait. Pas parce que c'était ma chum... Tu ne fais pas ça à un être humain.

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Le suspect se serait barricadé avec Véronic Champagne, qu'il venait présumément de poignarder, à la vue des agents de police. Le feu aurait aussi gagné en intensité.
En intervenant dans le logement en flammes pour maîtriser le suspect et pour venir en aide à la victime, au moins trois policiers de la Sûreté du Québec (SQ) ont inhalé trop de fumée et ont dû être traités. D'autres premiers répondants ont subi un choc post-traumatique compte tenu de l'horreur de la scène du crime.
Au moment d'écrire ces lignes, les enquêteurs de la SQ n'avaient pas pu interroger le suspect, toujours dans un coma artificiel. Il se serait infligé de graves blessures.
Nous ne pouvons pas le nommer avant que des accusations n'aient été portées.
« Pourquoi on n'est pas capables de prévenir? »
Véronic Champagne aurait porté plainte pour violence conjugale à plusieurs reprises, selon des proches, sans aller jusqu'au bout de sa démarche.
Son conjoint a un dossier de violence conjugale énorme. Pourquoi on n'est pas capables de prévenir ces situations-là? Pourquoi, lorsqu'il a été arrêté pour de la violence conjugale dans le passé, il n'a pas été obligé de suivre des thérapies, obligé de faire du travail sur lui-même? lance Mélanie Lavoie.
Celle-ci est convaincue que la pratique policière et le système judiciaire ne sont pas encore capables de protéger les femmes qui sont sous le contrôle coercitif d'un conjoint violent.

Ce chat est le dernier souvenir de l'amitié entre Mélanie Lavoie et Véronic Champagne, qui lui en avait fait cadeau il y a sept ans.
Photo : Steve Rompré
Quand une plainte est retirée plusieurs fois, pourquoi on ne la retient pas obligatoirement? Il faut comprendre qu'il y a anguille sous roche. Il y a un problème. Est-ce que le système judiciaire s'arrête à ça? Non. Le système judiciaire s'arrête à ce qui se voit au premier degré, ajoute Mélanie Lavoie, qui souhaite des gestes politiques.
Je refuse que ma chum devienne une simple statistique, qu'on se souvienne d'elle comme du quatrième féminicide de l'année.
Un danger évitable, selon Mélanie Lavoie
Selon le registre public, le conjoint de Véronic Champagne traînait de lourds antécédents judiciaires en matière de violence.
Si on avait moindrement fouillé, on aurait vu qu'il y avait un danger, et un danger qu'on aurait pu éviter, croit Mme Lavoie.

Mélanie Lavoie pense que le meurtre dont a été victime sa grande amie du secondaire aurait pu être évité si le passé judiciaire du principal suspect, son conjoint violent, avait été consulté par les intervenants en première ligne.
Photo : Radio-Canada / Steve Rompré
Je ne comprends pas. À ce rythme-là, je ne sais pas où on s'en va. Moi, j'ai une fille de 11 ans. Ça fait peur. Ça me fait peur pour ses relations futures.
Elle craint que le nombre de féminicides ne devienne banal, des drames courants dans l'actualité.
C'est quand qu'on va se réveiller? Il faut qu'il se passe quelque chose! On ne tape pas puis on ne tue pas quelqu'un pour un problème de couple! Je suis désolée, là, mais des conflits, il y a plein de façon de régler ça! On ne tue pas quelqu'un parce qu'on n'est pas bien avec nous-mêmes! lance-t-elle dans un cri du cœur.


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