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Après cinq ans d’études, la mise en route d’un rebours de gaz au Pin-la-Garenne (Orne) d’ici fin 2026, devrait relancer les projets de méthanisation en injection, dans le Perche.
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Par Vincent Guerrier Publié le 22 août 2026 à 9h41
Depuis le 30 mars, les travaux ont débuté au Pin-la-Garenne (Orne), sur la route de Mauves-sur-Huisne. Le rebours de gaz, dédié à la méthanisation, est en cours de finition. Il devrait même entrer en service d’ici la fin de l’année, d’après NaTran (ex GRTGaz). La méthanisation, rappelons-le, est un procédé qui permet de transformer des effluents d’élevage ou des intrants végétaux en méthane, par fermentation. L’Orne est l’un des plus gros producteurs en France, notamment grâce à la densité de son élevage. Mais le Perche, notamment en raison d’une forte opposition, est loin d’avoir le maillage le plus dense du département.
Le rebours de gaz permet, quand la production est plus importante que la consommation locale, de comprimer le gaz pour qu’il soit envoyé dans d’autres régions où il y a un besoin. Pour les agriculteurs producteurs de gaz, c’est aussi un moyen d’éviter le phénomène de torchage, c’est-à-dire la combustion du méthane dans l’atmosphère (transformé en CO2) quand ce dernier ne peut pas être valorisé autrement.
Un projet ancien
Depuis près de cinq ans, le rebours n’était qu’à l’état de projet, mais le nombre de dossiers manquait dans le Perche pour justifier son financement. Finalement, les unités pourraient se relancer, notamment avec le développement des réseaux de distribution par GRDF.
Aussi, et surtout, GRDF a des objectifs de la part de l’État pour produire du « gaz vert », un terme largement décrié par les opposants. De quoi accélérer la création de rebours de gaz un peu partout dans le département. En 2023, un rebours avait vu le jour à Ceton, par exemple.
À l’heure actuelle, deux méthaniseurs en injection (qui ont besoin d’un rebours) vont venir se brancher au Pin-la-Garenne. D’après NaTran, il s’agit de la SAS Metha de Courgeon, située dans la commune de Courgeon, et de la SAS Biogaz Marollais, située à Marolles-les-Braults.
NaTran (ex GRTGaz) gère le rebours et le finance en majorité. La Commission de Régulation de l’Énergie a demandé à la société de collecter 482 000 € de la part des deux porteurs de projets. La moitié de cette somme est déjà arrivée. L’autre moitié le sera à la fin du chantier. NaTran doit débourser 3,1 millions d’euros de fonds propres pour financer le projet.

D’autres méthaniseurs pourraient donc voir le jour dans le Perche, raison pour laquelle le rebours a changé de dimension.
Un compresseur plus important a été prévu de 1 000 nm3/h. Il doit permettre de répondre aux besoins du territoire et à la mise en service de nouveaux projets de méthanisation
Les deux méthaniseurs en injection devraient produire 28 GWh/an de biométhane (14 GWh chacun), soit l’équivalent de la consommation de 2 300 foyers. Notons que le 3 décembre 2025, une société, SAS ENERJ, a vu le jour à Origny-le-Roux et a déposé un dossier ICPE (installation classée pour la protection de l’environnement) le 25 décembre 2025, en vue de créer une unité de méthanisation en injection (lire encadré).
Un projet en cours à Origny-le-Roux
Eric Jacob est agriculteur, avec l'un de ses fils, à Origny-le-Roux. Ils ont monté un dossier de construction d'un méthaniseur, pour « diversifier l'activité agricole et avoir une garantie de revenu lors des mauvaises années. » En famille, ils exploitent principalement de la culture et ont monté, dans leur dossier, un procédé de récupération d'eau pour compenser la faible quantité de lisier qui viendra se mettre dans la cuve. « On espère pouvoir faire des stockages quand il y a beaucoup de pluie l'hiver. C'est ce qui est prévu dans la loi d'urgence agricole. Mais il y a tellement de contestations qu'on ne crie pas victoire trop vite. » L'agriculteur ne sait pas quand son projet, estimé à 4 ou 5 millions d'euros pour une capacité de moins de 30 tonnes par jour (un semi), pourra sortir de terre. « Il faut que ce soit validé par les banques, car la Région Normandie ne finance plus rien aujourd'hui. Heureusement, nous avons des contrats de 15 ans avec des tarifs de rachat fixés, c'est rassurant. »Eric Jacob indique que son projet est aussi conditionné au rebours. « On n'a plus le droit de faire de la cogénération aujourd'hui. Et nous ne sommes pas une région avec de gros bassins de consommation, donc ce rebours est nécessaire pour injecter le surplus dans le réseau, notamment l'été. » Rappelons qu'à Chemilli, un projet porté par huit exploitants est à l'arrêt depuis 2019. En juin 2024, le tribunal administratif de Caen a annulé l'autorisation environnementale accordée.
Du côté des agriculteurs adeptes de la production de gaz, la nouvelle de ce rebours est évidemment très bien vue. Jérôme Rattier est associé dans le GAEC de l’Espérance à Marchemaisons. En 2023, ce GAEC avait lancé une société pour produire du biométhane en injection.
Nous avions un contrat mensualisé. Et sans rebours, on doit torcher le méthane pour ne pas polluer l’atmosphère quand le réseau est saturé. Avec le rebours et des contrats annualisés, on va avoir une production beaucoup plus linéaire. Il n’y aura pas de trous et, normalement, on va pouvoir valoriser 100 % de la production.
Depuis avril, le GAEC est dirigé vers le nouveau rebours d’Arçonnay. L’associé est formel : « C’est une charge mentale en moins, et nous avons plus de stabilité sur notre exploitation. »
« L’électricité, c’est mort »
Jean-Pierre Deshayes a toujours été l’un des pionniers du Perche en matière de méthanisation. Le céréalier avait bâti un projet en cogénération il y a près de 10 ans. Le méthane était alors transformé en électricité pour partie. L’opération génère une forte chaleur qu’il convient de récupérer pour chauffer de l’eau, par exemple, quand c’est possible.
L’agriculteur est formel : « L’électricité, c’est mort aujourd’hui. Ce n’est plus rentable. Nous allons créer un nouveau digesteur avec un contrat d’obligation d’achat et diminuer la cogénération de 30 %. Ensuite, quand nous pourrons faire un contrat de gré à gré, nous passerons l’ensemble de l’installation en injection biométhane », expliquait-il en juin dernier. Il sera raccordé, lui, au rebours de La Ferté-Bernard.
Plus largement, Jean-Pierre Deshayes peste contre les opposants à la méthanisation : « On n’a jamais importé autant de gaz russe. D’un côté, on finance d’une certaine façon la guerre, de l’autre, on aide financièrement l’Ukraine. C’est d’une stupidité incroyable. Sans parler des prix des engrais en ce moment, alors que l’on peut utiliser un digestat local. Est-ce normal de faire venir un sac d’engrais à 5 000 km de chez nous ? »
Si Hervé Morin a annoncé la fin des aides régionales en commission permanente le 15 juillet 2025, l’État soutient la filière (pour les sites < 25 GWh) grâce à des tarifs de rachat sur 15 ans. Et après ? Personne ne sait pour l’instant dire si la filière pourra survivre de manière autonome.
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