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Météo : pourquoi une vague de chaleur n’a pas les mêmes conséquences en mai qu’en août

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France 28/05/2026 14:09 Actualisé le 28/05/2026 17:34

La canicule qui frappe l’Hexagone se distingue par sa précocité, un facteur temporel qui n’est pas sans conséquences sur l’organisme ou sur les espèces végétales.

EN BREF La vague de chaleur précoce affecte l’organisme et la flore, avec des mécanismes d’adaptation insuffisants.
La hausse soudaine des températures perturbe le métabolisme humain et le cycle de développement des plantes.
Les spécialistes soulignent que le changement climatique exacerbe ces phénomènes, rendant les vagues de chaleur plus difficiles à gérer.

La France a chaud et même très chaud. La vague de chaleur inédite pour un mois de mai conduit Météo-France à placer quelque 17 départements en vigilance orange ce jeudi 28 mai, principalement sur la façade Atlantique mais aussi en Île-de-France où Paris et sa proche banlieue ont viré à l’orange.

Comme en témoignent les difficultés de certains sportifs à Roland-Garros – où le Tchèque Jakub Mensik s’est écroulé au sol après un long match sous le cagnard – l’emballement du mercure n’est pas sans conséquences sur l’organisme. Ses effets sur les plantes ne sont pas à démontrer non plus, comme l’avait illustré l’automne précoce constaté après les fortes chaleurs en août dernier.

Mais la canicule des derniers jours se distingue surtout par sa précocité, imputable au changement climatique d’après les spécialistes. Cette temporalité n’est pas anodine et peut rendre le coup de chaud plus difficile à encaisser pour les humains comme pour la flore.

Le corps a besoin de temps pour s’adapter à la chaleur

Les effets de la canicule sur le corps sont nombreux, comme le rappelle le site de l’Assurance maladie. « L’organisme cherche à s’adapter » grâce à des « mécanismes de régulation thermique » qui s’enclenchent « dès que la température corporelle dépasse 37 °C ». Parmi ces mécanismes, on peut noter l’augmentation de la transpiration, pour évacuer la chaleur par l’eau, où l'augmentation du diamètre des vaisseaux sanguins à la surface de la peau pour refroidir le sang.

Problème : ces stratégies de l’organisme ne se mettent pas en place d’un seul coup. « Il est beaucoup plus difficile de faire face à une canicule précoce car il n’y a pas eu de progression linéaire des températures », explique Guy Lenaers, directeur de recherche au laboratoire Biologie mitochondriale et cardiovasculaire du CNRS, interrogé par TF1. « Tout un métabolisme » doit « se met[tre] en place » et la hausse brutale du mercure ne le permet pas réellement, explique-t-il.

Une canicule précoce et soudaine en mai est donc plus difficile à encaisser qu’une vague de chaleur en août, quand le corps sort de plusieurs semaines de météo estivale. « On estime qu’il faut une dizaine de jours de montée progressive en température pour que notre corps s’adapte », estime Guy Lenaers. Le compte n’y est clairement pas dans plusieurs régions de l’Hexagone.

À Paris par exemple, la température maximale sur la journée est passée de 20 à 32 degrés en moins de deux jours et n’est pas redescendue depuis, d’après les relevés du site infoclimat.fr effectués au parc Montsouris.

Les plantes frappées « plus tôt » dans leur développement

Il n’y a pas que les humains qui souffrent de la canicule : la flore n’est pas en reste avec, là aussi, un choc possiblement plus dur à encaisser en mai qu’en août. « Les températures que nous vivons depuis quelques jours vont avoir un impact direct sur nos cultures », prévient Iñaki Garcia de Cortázar, agronome à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Lors d’une conférence de presse rapportée par La France Agricole, ce spécialiste de l’impact du changement climatique sur l’agriculture rappelle que les plantes sont ici touchées nettement « plus tôt » dans leur « cycle de développement ». Les conséquences sont incertaines puisque ce bouleversement est inédit, mais Iñaki Garcia de Cortázar imagine déjà les effets de la canicule sur certaines espèces.

« Les cultures d’hiver comme le blé ou l’orge […] sont aujourd’hui en phase finale de maturation des grains », décrit-il, anticipant des « récoltes […] certainement très précoces ». Autre conséquence possible : la réduction de la taille des espèces fruitières qui n’en sont qu’au début de leur cycle, « sans que l’on puisse prédire vraiment l’impact d’une chaleur extrême sur le rendement final ».

« C’est fini, c’est une plantation qui est perdue »

Certains agriculteurs font déjà état des conséquences catastrophiques sur leurs cultures mises en terre récemment. « Le coup de chaud dessus a tout brûlé », déplore Noël Michot, un maraîcher cité par franceinfo et qui avait planté ses choux rouges il y a trois semaines. « Là, c’est fini, […] c’est une plantation qui est perdue », affirme-t-il, se disant aussi inquiet pour son petit épeautre frappé par la chaleur en pleine floraison. « Ça risque d’être des grains vraiment minuscules », craint-il, anticipant une « perte financière sèche ».

La chaleur peut aussi « faire des dégâts » dans les jardins des particuliers, prévient pour sa part Frédéric Fortin, animateur en agroécologie et jardinier interrogé par 20 Minutes. « À cette période de l’année, la plante a besoin d’une température de 15 °C ou 20 °C, pointe-t-il, c’est idéal pour qu’elle pousse tranquillement, qu’elle fasse ses racines. » La chaleur qui « monte crescendo » peut être encaissée par les plantes, mais elle intervient « normalement » en juin.

Ici, la montée des températures a été aussi précoce que brutale, avec « un risque que les plantes chauffent et brûlent », affirme Frédéric Fortin, qui cite l’exemple des tomates souvent plantées courant mai pour éviter les « Saints de glaces ». Finissant en plein cagnard dès de début de leur croissance, elles risquent « des brûlures au niveau des feuilles », assure le spécialiste, qui appelle les jardiniers – amateurs ou non – à surveiller de près leurs plantations.

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