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Mes « plumes » de droite

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« Le journalisme ne permet pas de gagner sa vie. Ce qui permet de gagner sa vie c’est la prostitution journalistique. Mais c’est un autre métier. »                                            

(Serge de Beketch)

« Personnellement, je suis plutôt ravi quand un sportif se casse quelque chose ; il y a tellement d’activités plus saines, comme boire, fumer, jouer au poker, etc. »                                                

(A.D.G)

La plupart des intellectuels français ont été formés à l’« École Normale Supérieure », l’école de la rue d’Ulm à Paris, qui me semble être un meilleur creuset de formation des élites que l’ « École Nationale d’Administration », qui n’est qu’une fabrique de crânes d’œuf aussi nuls que prétentieux, Macron en étant l’archétype. Certains élèves de « Normale-Sup » sont devenus écrivains, comme Jean Giraudoux, Maurice Genevoix, Maurice Bardèche, Robert Brasillach, Thierry Maulnier, Henri Queffélec ou Jean d’Ormesson.  D’autres furent des historiens,  comme Pierre Gaxotte ou Raymond Aron. Quelques-uns ont opté pour la politique comme Georges Pompidou ou Léopold Sedar-Senghor. D’autres enfin ont contribué au pourrissement – tant moral que mental – des générations d’après-guerre, comme André Mandouze ou Jean-Paul Sartre. Car, ne nous voilons pas la face, la génération d’après-guerre, celle des « trente glorieuses », a été formatée et intoxiquée par la gauche.

Robert Brasillach a été fusillé le 6 février 1945. Après la guerre les auteurs de droite rasaient les murs. Certains, tel Sacha Guitry, avait dû rendre des comptes aux épurateurs à la Libération.

Dès ma prime enfance, j’ai aimé les livres, les romans – y compris policiers – l’histoire, la poésie,  mais, très tôt, ma sympathie et mes goûts littéraires sont allés aux plumes anticonformistes, aux écrivains qui sortaient des sentiers battus, aux bretteurs de droite, à ceux qui osaient défendre les causes perdues : Saint-Loup, Jacques Perret, Jean Mabire, François Brigneau, Michel de Saint-Pierre, Alexandre Vialatte, Michel Audiard, Jean Raspail, etc., etc., avec un faible pour ceux  que j’ai appelés « mes cancres » car leur tempérament d’électrons libres les rendaient rebelles et totalement réfractaires à une Éducation dite Nationale – on se demande pourquoi ? – trop ennuyeuse ou trop marquée à gauche. Commençons par celui que j’ai cité plus haut, Sacha Guitry. Fils d’un acteur fortuné, Lucien Guitry, il a été renvoyé de…onze lycées différents (1). Il a arrêté ses études à dix-huit ans, après avoir redoublé… six fois sa sixième. Je pense aussi à Jean Raspail, royaliste qui, estimant que les diplômes républicains ne valaient rien, n’a pas jugé utile d’aller passer son Bac, ou à Philippe Bouvard, auteur de plus de soixante livres, qui a raté trois fois son Bac et a fini par capituler.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de deux auteurs moins connus (ou oubliés ?), que j’ai eu la chance de rencontrer jadis. L’un, A.D.G, est mort le 1er octobre 2004, l’autre, Serge de Beketch, le 6 octobre 2007. Dans le monde des avocats, on a coutume de dire « ma plume est serve mais ma parole est libre », mais pour ces deux auteurs là, la plume était une arme redoutable ; elle était libre et ils savaient la tremper dans du vitriol, au risque de devoir parfois rendre des comptes à la justice.

Ordre alphabétique oblige, commençons par A.D.G. (initiales du pseudonyme Alain Dreux-Gallou), de son vrai nom Alain Fournier.  Il naît le 19 décembre 1947 à Tours. À douze ans, il est enfant de troupe. Les études l’ennuient et il quitte le collège avec son BEPC pour seul bagage.

Il débute dans la vie active comme employé au Crédit Lyonnais, et exerce aussi le métier de bouquiniste. Puis il s’essaie à l’écriture sous le pseudo d’«Alain Dreux-Gallou», (Dreux et Gallou sont les noms de famille de ses grands-parents). Son véritable nom est difficile à porter en littérature, en raison de l’homonymie avec Alain Fournier.  Par la suite, il adopte le sigle A.D.G., toujours écrit avec trois points. Il fut, pendant une dizaine d’années, l’un des auteurs-phares de la « Série Noire » des éditions Gallimard. Il y représentait une sensibilité de droite, celle qu’on qualifie d’extrême-droite de nos jours, ce qui le singularisait au sein du mouvement de renouveau du roman noir français des années 1970, un mouvement intégralement dominé alors par des écrivains de gauche, d’extrême-gauche ou anarchiste. De 1969 à 2004, il écrira une trentaine de romans (dont l’un sera adapté au cinéma (2)). J’en cite quelques uns à la fin de cet article, ceux que j’ai lus.

À la fin des années 80, A.D.G. a été responsable du Front National en Nouvelle Calédonie.

Il est mort jeune, en 2004, d’un cancer. Ses obsèques, célébrées le 5 novembre 2004 en l’église Saint-Eugène Sainte-Cécile à Paris, ont réuni des personnalités de la « droite nationale» :

Jean-Marie Le Pen, Serge Martinez (patron de « Minute »), Marine Le Pen et sa sœur aînée Marie-Caroline, Emmanuel Ratier, Yann Clerc, Dominique Jamet et Jean Raspail.

Dans le monde de l’édition on l’appelait « le réactionnaire du roman noir ».

J’ai mieux connu Serge de Beketch, et, en évoquant sa mémoire, je ne peux m’empêcher de penser, avec une certaine nostalgie, aux petits journaux, feuilles de choux parfois confidentielles, qui ont accompagné mon cheminement politique : « Le contrepoison » de Roger Holeindre, « Minute » du temps de François Brigneau (puis de Serge de Beketch), « Le journal de la vieille France » (3), « L’Anti 89 » de Brigneau et André Figueras, et « le libre journal de la France courtoise » de Serge de Beketch auquel j’ai été abonné jusqu’à la mort de son fondateur. Je pourrais ajouter à ces journaux – fort bien écrits pour la plupart – les exemplaires de « Fraternité Française », le journal de l’UDCA (5) de Pierre Poujade, donnés par mon vieil ami Marcel Bouyer, ancien député de Charente-Maritime et co-fondateur du réseau « Résurrection Patrie » de l’OAS-métro ; un attachement à l’Algérie française qui lui vaudra six longues années de prison.

En ces temps, hélas révolus, la pluralité d’opinions étant encore admise en France.

Mais parlons de Serge de Beketch. Il naît le 12 décembre 1946 à Saint-Symphorien.  Serge était d’origine russe. Son grand-père maternel était colonel dans l’Armée française. Son grand-père paternel était aide de camp du général Denikine, chef des Armées blanches durant la guerre civile russe. Son père, Youri, sous-officier de Légion Étrangère, est mort à la bataille de Diên-Biên-Phu.

Après une scolarité écourtée à l’ « École des pupilles de l’Air » de Grenoble, il exerce divers emplois (manœuvre du bâtiment, vendeur en librairie, etc.). En 1966, à l’âge de vingt ans, il entre comme pigiste de la page des spectacles à l’hebdomadaire « Minute ». En 1967, lors de la « Guerre des six jours » il s’engage dans l’Armée israélienne. Mais « les affrontements furent si rapides qu’il n’eut même pas le temps de revêtir l’uniforme ».

En 1969, René Goscinny l’invite à collaborer à l’hebdomadaire « Pilote ». Il écrit les scénarios de diverses histoires en bande dessinée. En 1975, il quitte « Pilote » à la suite du départ de René Goscinny et revient à « Minute ». Il est nommé rédacteur en chef de « Minute » en 1979, tout en écrivant dans « le  Crapouillot ». Il quitte cette publication en 1986 à la suite d’un désaccord avec la nouvelle direction et occupe, à la demande de Jean-Marie Le Pen, le poste de directeur de la rédaction de « National-Hebdo ». En 1987, il participe à la naissance de « Radio Courtoisie ». Il y animera un « Libre Journal » hebdomadaire de trois heures le mercredi soir jusqu’à sa mort en 2007.

En 1990, il revient prendre la direction de la rédaction de « Minute », à la demande de Serge Martinez, nouveau propriétaire du titre. En 1993, il est démis de ses fonctions par l’équipe qui, ayant racheté le titre à Martinez, le juge trop engagé politiquement. Il fonde alors avec son épouse, le 21 avril 1993, son propre journal, « Le Libre Journal de la France courtoise ». Il définit son journal comme « un décadaire de résistance française et catholique ». Assisté de Patrick Gofman et de son épouse, il publie des articles de nombreuses bonnes plumes de droite : A.D.G. ; Anne Bernet ; Anne Brassié ; François Brigneau ; Bernard Antony ; Bernard Lugan ; Daniel Hamiche ; Jean-Gilles Malliarakis ; Jean-Marie Le Pen ; Loro ; Marc Dem ; Marie-Claude Monchaux ; Michel de Poncins ; Aramis, dessinateur (Philippe Colombani) ; Daniel Raffard de Brienne ; et tant d’autres qui ne m’en voudront pas de ne pas tous les citer ici.  Diffusé par abonnement à 3.000 exemplaires, le journal a également recours, à plusieurs reprises, à la collaboration de Greg, créateur du personnage d’Achille Talon.

Serge de Beketch fut un grand ami d’A. D. G., qu’il avait rencontré en 1974 à  Minute.

Son histoire familiale a conditionné son engagement politique très à droite. Lui se définissait comme un « royaliste tendance dure ». C’était un homme aux convictions fortes. Le 22 janvier 1992, il répliquait à Philippe Guilhaume, ancien président d’Antenne 2 et FR3, qu’il n’était « ni démocrate, ni libéral». Le journaliste Jean-Claude Varanne le voyait comme un « militant nationaliste et royaliste légitimiste ».Dans son émission de radio, il vitupérait « l’État socialiste avorteur », « les territoires occupés » (les banlieues), « la saloperie de Karl Zéro et son émission anal-pute » (Canal +), « les  cloportes merdeux » (les journalistes), et les « imbéciles qui lisent Libé ».

Il n’était pas beaucoup plus tendres avec les « batteurs d’estrade » (comme Guy Bedos, Jean-Jacques Goldman) auxquels « autrefois on ne donnait même pas une sépulture chrétienne ».

En 1995, il est nommé directeur de la communication de la mairie de Toulon, alors dirigée par le FN Jean-Marie Le Chevallier. Il mettra un terme à cette collaboration au bout de quatre mois, considérant que l’incompétence de l’équipe municipale nuit à l’image du FN, ce qui n’était pas faux !

Ses prises de position lui ont valu plusieurs condamnations mais il est resté, jusqu’à sa mort, un combattant.  Il a été vice-président de l’ « Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et chrétienne » (AGRIF). Il a également fondé le « Cercle d’Amitié Française Juive et Chrétienne » avec Bernard Antony, Alain Sanders, Jean-Pierre Cohen et Pierre Semour.

Serge de Beketch est mort à l’hôpital Beaujon à Clichy, le 6 octobre 2007 peu avant minuit, des suites d’un streptocoque contracté à l’hôpital (où il soignait une maladie grave).

Ses obsèques ont été célébrées le 12 octobre 2007 par le père Argouac’h en l’église Sainte-Odile à Paris, en présence de plus de deux mille personnes parmi lesquelles Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, Bruno Mégret, Jean Picollec et Jean Raspail. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.

Le dernier numéro du « Libre Journal de la France courtoise » est paru, en son hommage, le 22 octobre 2007. Comme son ami A.D.G. il a laissé une œuvre qui mérite d’être connue. Je cite quelques-uns de ses livres en fin d’article et je vous invite à les lire.

Comme ces deux auteurs, ces combattants de la droite nationale, sont soit méconnus soit oubliés, je me fais un devoir de leur rendre hommage. In memoriam.

Quelques romans d’A.D.G.

« La Divine Surprise » ; Gallimard, coll. « Série Noire », 1971. « La Marche Truque… » ; Gallimard, coll. « Série Noire », 1972. « Berry Story » même collection, 1973.  « Notre frère qui êtes odieux… », 1974.

« Le Grand Môme », 1977.  Titre qui était un hommage à son homonyme Alain Fournier. « Pour venger pépère », 1980. « Balles nègres », 1981. « Le Grand Sud » chez J-C Lattès, 1987. Roman d’aventures néo-calédonien. « Kangouroad movie » 2003, chez Gallimard.

Quelques livres de Serge de Beketch.

Avec Loro, « Thorkaël I. L’œil du dieu », dessins de Loro, texte de Serge de Beketch, « Classiques de l’Âge d’or », 1976. Avec Loro, « Thorkaël II. La Porte de Taï-Matsu », 1977. Diverses histoires courtes pour le journal « Pilote », dont, avec Jacques Tardi, « Un hussard en hiver », et « La voiture maudite », 1972. Avec Denis Maraval et Jean Piverd, « Les Grandes Découvertes archéologiques du XX° siècle ».    Avec Alain Sanders, « La Nuit de Jericho I : la Révolte du lieutenant Poignard », Les Vilains hardis, 1991. « Les Arcanes de l’Histoire : l’influence de la franc-maçonnerie et des sectes dans l’histoire de France », Dualpha, 2002. « Dictionnaire de la colère », Les Vilains hardis, 2005. « Catalogue des nuisibles », Les Vilains hardis, 2006. « À l’appel de Denikine », Renaissance catholique, 2007.    « Mémoires inachevés », Les Vilains hardis, 2009.

Eric de Verdelhan

1)- Il le rappellera dans son « discours de cent lignes », prononcé lors du banquet du cinquantenaire du Lycée  Janson-de-Sailly, en 1934.

2)- « La Nuit des grands chiens malades », adapté au cinéma sous le titre  « Quelques messieurs trop tranquilles ».

3)-  « Le journal de la vieille France » avait été créé par le père du chanteur Charlélie Couture.

4)- UDCA : « Union Des Commerçants et Artisans ». C’est dans ce mouvement que Jean-Marie Le Pen sera élu député pour la première fois en 1956.

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