Sur le port de la Guaira, une morgue à l’air libre a été improvisée pour faire face à l’afflux continu de cadavres. Une file de plusieurs centaines de mètres s’est formée devant le portail: des habitants qui cherchent un proche. L’odeur est irrespirable. Karina Castro, la trentaine, les traits tirés, est venue reconnaître le corps de sa cousine. «Il a fallu passer devant des dizaines et des dizaines de corps, et les regarder un par un, pour la trouver», explique-t-elle. «En quatre jours j’ai vu tellement de choses, c’est insensé. Des personnes décapitées, des cadavres de bébés, vraiment, c’est trop», souffle-t-elle, épuisée.
Karina Castro dort dans la rue depuis mercredi. Sa résidence s’est effondrée, «comme un château de cartes». Pourtant, face à tant d’horreur, elle ne pleure plus. Ses larmes ont séché, mais la colère a pris la place de son désespoir. «Le gouvernement ne fait rien pour nous. Rien», s’emporte-t-elle. «Nous sommes seuls. Il n’y a pas de représentants de l’Etat, personne ne nous a rien dit. On comprend, c’est une catastrophe nationale ce qui vient d’arriver, mais ils pourraient nous dire quelque chose, faire quelque chose.»


1 week_ago
42






















.jpg)






French (CA)