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Naviguant sur les eaux du réservoir Manicouagan en compagnie de ses fils, l’artiste-sculpteur wendat, Ludovic Boney, cherche du poisson. Il ne se doutait pas que le nouveau sonar qu’il s’était procuré pour l’occasion lui ferait découvrir quelque chose de bien plus inusité : sa prochaine œuvre.
Sous son regard ébahi, l’appareil lui dévoilait peu à peu ce qui ressemblait à une épaisse forêt d’épinettes englouties défilant sous son embarcation.
J’ai pas été capable de lever les yeux de tout le voyage, se remémore l’artiste. J’avais toujours l’impression que quelqu’un ou quelque chose en sortirait, ou que l’on découvrirait un trésor.

C'est ici que Ludovic Boney a capturé les images de la forêt submergée sur le lit du lac Manicouagan.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Déterminé à capturer le spectacle dont il était témoin, Ludovic Boney est revenu à la charge avec un collègue photographe. Une fois sur le lac, le duo s’est alors improvisé une chambre noire au fond du zodiac pour filmer l’écran de l’échosondeur. C’est là que l’étincelle créative a jailli.
Le grain de l’image me faisait penser au textile. Je me suis dit que ce serait bien de le faire en jacquard, de le tisser.
Des ondes au fil
Les pensées se sont métamorphosées en action. Ludovic Boney s’est allié avec le Centre des textiles contemporains de Montréal pour concrétiser sa vision.

À 100 pieds sous la surface, ces épinettes d'une quarantaine de pieds se dressent toujours debout, figées dans les profondeurs du réservoir.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
De cette collaboration est née Mémoires ennoyées, trois tapisseries cartographiant différentes zones de ce paysage forestier submergé lors de la construction du barrage Daniel-Johnson en 1969.
Grâce à l'œil aiguisé du collectionneur d’art de Rivière-au-Tonnerre, Danny Pagé, l’une d’elles est désormais exposée au Musée de la Côte-Nord. Plus d’une quarantaine de personnes étaient présentes, vendredi, pour assister au dévoilement de cette œuvre.

Le grain de l’échosondeur se métamorphose en une texture textile complexe.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Tisser des liens
Entre les lignes de cette tapisserie, le président du conseil d’administration du Musée, Gaétan Talbot, perçoit une complexité qui répond directement à la mission de son établissement.
Ludovic Boney est originaire de Wendake et est lui-même autochtone. Il a donc cette sensibilité pour le passé et l’occupation du territoire, remarque-t-il. Le travail que nous faisons, ici, au Musée, depuis sa fondation, c’est d’établir ces liens entre les peuples. Ça fait partie de notre mission, tisser ces liens.

Gaétan Talbot voit dans l’œuvre de Boney un outil puissant pour remplir le mandat du Musée.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Un constat que la directrice générale du Musée, Mélissa Lacroix, partage de tout cœur. Elle estime que ce nouvel ajout démontre aussi les changements environnementaux qui ont eu lieu sur le large territoire de la région.
Oui, on conserve l’histoire et le patrimoine nord-côtier, mais la représentation de notre territoire, ça fait aussi partie de notre mission, partage-t-elle.

La directrice générale, Mélissa Lacroix, souligne l'importance de représenter les mutations du paysage nord-côtier dans les collections du Musée.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Quant à Ludovic Boney, si son périple sur le lac Manicouagan ne lui a pas rapporté de poisson, il lui aura permis de trouver l’espace dont il avait besoin pour créer à nouveau.
La Côte-Nord, c’est la liberté. Ailleurs, tu as toujours l’impression de déranger, tu es chez quelqu’un partout. Ici, c’est possible de ne pas être chez quelqu’un. C’est libre, encore.


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