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Les quatre astronautes de la mission Artemis II sont de retour sur Terre après avoir effectué le premier voyage vers la Lune en plus de 50 ans. Tour d’horizon des questions géopolitiques, sociales et financières qui orbitent autour de cette épopée.
Un vol d’essai, mais historique
Jeremy Hansen, Christina Koch, Reid Wiseman et Victor Glover ont parcouru plus de 1 110 000 kilomètres lors de leur périple de 10 jours qui les a amenés à survoler la Lune pour atteindre le point le plus éloigné de la Terre qu’un humain n’avait auparavant jamais atteint, soit 406 000 km.
La mission cherchait à tester le vaisseau spatial Orion pour de futures missions lors desquelles des astronautes vont poser pied sur notre satellite naturel pour y construire une base permanente.
L’équipage d’Artemis II lui-même marque aussi l’histoire. À voyager vers la Lune, Christina Koch est la première femme, Victor Glover est la première personne non blanche et le Canadien Jeremy Hansen est le premier non-Américain.
« Quand on a un drapeau canadien sur l’épaule, il y a vraiment une bonne réputation qui te précède », racontait l’astronaute canadien David St-Jacques au moment où l’équipage d’Artemis II contournait la Lune. « La mission de Jeremy cristallise ça, c’est un symbole du fait qu’on est à la table des grands. »
Aux yeux d’Olivier Hernandez, directeur du Planétarium, « s’il y a bien un objectif qui a été atteint, c’est de toucher les gens, de les émerveiller, puis ça a marché super bien ».
Des astronautes « influenceurs »
Nouveauté depuis le programme Apollo : le périple de l’équipage d’Artemis II était documenté presque en tout temps en ligne.
L’équipage a répondu à des questions en direct et a reçu des appels, entre autres de Donald Trump et de Mark Carney. Les choix musicaux et alimentaires des astronautes ont même été partagés sur les réseaux sociaux.
« Tout ça n’était pas présent pour le programme Apollo, rappelle M. Hernandez. On avait juste des images très floues quelques jours après la rentrée de la mission. Alors que là, on vit tout en direct. »
Selon David St-Jacques, cet aspect de performance — « la vie dans l’aquarium » — fait partie du quotidien des astronautes dans l’espace. « J’avoue que quand j’ai compris ça au début, je dis “wow, ça va être lourd”. Mais, non, c’est une motivation constante à être le meilleur de toi-même. »
M. Hernandez souligne aussi le potentiel publicitaire, par exemple, pour l’iPhone 17, que les astronautes ont utilisé pour prendre des photos de la Lune et enregistrer des souvenirs. « Ça peut avoir un aspect commercial, estime-t-il, mais ça peut aussi être une fantastique opportunité d’être le plus démocratique possible et de toucher le plus de gens possible. »
« Je suis persuadé que des jeunes qui ont réussi à accrocher à ça auront probablement des carrières dans le domaine spatial très intéressantes, parce que c’est très motivant. C’est aussi pour ça qu’il faut le faire. »
Une nouvelle course à l’espace
Peu importe la distance franchie lors de la mission, celle-ci ne peut pas s’extraire du contexte amer qui l’attend sur la surface de la Terre. « L’éléphant dans la pièce, c’est l’immense tension géopolitique actuelle, résume M. St-Jacques. Le programme spatial a cette magie-là, ce pouvoir magique là de fédérer les terriens. »
Artemis évolue sur fond de course à l’espace où l’adversaire est désormais la Chine, qui veut aussi établir une base lunaire. « En ce moment, la mentalité, c’est qui peut marquer son territoire le plus rapidement possible », note Olivier Hernandez.
Difficile aussi de séparer le plan de retour sur la Lune en 2028 de la fin du deuxième mandat du président américain, Donald Trump. Ce dernier communique fièrement l’objectif de retourner sur l’astre, mais, en parallèle, effectue de nombreuses coupes dans le domaine scientifique, souligne l’astrophysicien.
Selon un rapport du gouvernement américain daté de juillet 2025, le programme Artemis a déjà coûté au moins 100 milliards $US et 20 milliards supplémentaires sont prévus d’ici 2032, pour la construction de la base lunaire.
Simplement faire décoller le vaisseau Orion est coûteux, avec une facture de 4 milliards $US. « C’est très cher et je pense que les contribuables américains, à un moment donné, vont avoir leur mot à dire », soutient M. Hernandez en mentionnant le programme Apollo, qui a pris fin après avoir perdu l’intérêt du public.
Premiers symptômes de cette explosion des coûts : l’abandon du projet de Lunar Gateway, cette station spatiale en orbite de la Lune qui devait aider à l’exploration au-delà de l’astre, et le pivot vers les compagnies privées SpaceX et Blue Origin pour la construction de l’éventuel module lunaire.
La fin du projet de Lunar Gateway vient aussi jeter un certain brouillard sur la place du Canada dans le programme Artemis. « Quasiment 90 % de la contribution des Canadiens allait vers le bras canadien 3, qui devait monter sur le Lunar Gateway. Et c’est ça aussi qui assurait une place à Jeremy Hansen dans Artemis II », détaille le directeur du Planétarium.
Plusieurs membres de l’Agence spatiale canadienne soulignent cependant le projet de véhicule utilitaire lunaire auquel le Canada pourrait participer.
Direction Artemis III… et Mars
À long terme, le programme Artemis vise à utiliser la base lunaire comme tremplin vers Mars. Selon M. St-Jacques, l’humanité était « due » pour un nouveau rêve d’exploration spatiale.
« Depuis la nuit des temps, on met un peu de notre énergie, de nos ressources de côté pour faire les arts, les sciences et l’exploration, dit-il. Et c’est comme ça que la civilisation progresse, petit pas par petit pas. »
Selon lui, les avancées technologiques nécessaires pour un voyage sur Mars auraient une incidence directe sur la vie sur Terre. « Il y a encore des problèmes vraiment cool et vraiment compliqués à résoudre », a-t-il déclaré en mentionnant la génération d’énergie ou l’autonomie médicale. Olivier Hernandez souligne aussi que la lutte au réchauffement climatique pourrait voir des avancées parmi les étoiles.
La mission Artemis III, qui restera dans l’orbite terrestre pour effectuer un test d’arrimage, est prévue pour 2027. Dès 2028, les humains pourraient remettre les pieds sur la Lune avec les missions Artemis IV et V.
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