« C’est Maurice Richard qui est si populaire. C’est Maurice Richard qui compte tout le temps. » C’est ce que chantait Oscar Thiffault en 1955, et l’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle aurait déjà été de celles qui font les légendes. Car oui, Maurice Richard comptait tout le temps. Coupes Stanley à gogo, exploits sur patins, records à profusion :
le joueur, qui a joint le Canadien en 1942, est devenu au fil de ses 18 saisons à Montréal l’étoile de l’équipe, vénéré numéro 9 dont le chandail trône encore aujourd’hui bien haut dans l’imaginaire collectif québécois.
Mais Maurice, c’était plus que ça. Un homme, issu d’un milieu modeste, qui presque malgré lui s’est retrouvé l’emblème d’une véritable lutte existentielle, celle de son peuple à genoux devant les intérêts financiers détenus par d’autres, celle d’une nation qui n’osait même pas encore se rêver comme telle, celle d’une âme qui ne demandait qu’une étincelle pour se mettre à flamboyer.
D’un joueur de hockey exceptionnel, parti de rien pour arriver à tout, il se sera également mué en héros populaire, bougie d’allumage de la fameuse émeute du Forum, en 1955, que plusieurs considèrent comme le point de départ de la Révolution tranquille.

Maurice Richard, de Charles BinaméPhoto : Alliance Vivafilm
Le cinéma québécois a, au cours des années, consolidé le panthéon de ceux et celles qui ont fait le Québec (davantage ceux, d’ailleurs, il faut être honnête), donnant à ces figures marquantes droit à l’image en leur offrant ces fameux biofilms qui, en général, parviennent à autant divertir qu’instruire. Bien évidemment, Maurice a aussi eu le sien, en 2005, sous la houlette de Charles Binamé, avec l’aide au scénario de Ken Scott. Maurice – ce héros du quotidien, du genre que le cinéma sait si bien couronner – a alors pris les traits de Roy Dupuis (qui d’autre pour incarner cet homme taiseux, capable d’en imposer par sa seule présence?).
Maurice, donc, de ses débuts comme mécanicien à la fameuse émeute, de ses hésitations à son histoire d’amour avec Lucille, de son mutisme à sa prise de parole choquée par les injustices et les inégalités… Tout y est. Sens de l’épique en prime. Car pour le film Maurice Richard, on n’a eu peur ni des ralentis sur glace ni des musiques imposantes pour mieux souligner l’importance du joueur dans le tissu socioculturel du Québec.
Non, Maurice Richard n’était pas qu’un joueur; il était de ces hommes qui font les nations. Et il était normal que le cinéma lui rende cet hommage, plein de grandeur, faisant de sa modestie et de sa discrétion les armes de qui se tient debout, malgré tout.
La bande-annonce (source : YouTube)


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