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C’était il y a trois ans, mais on se souvient du premier spectacle de Maude Landry comme si c’était hier. Intitulé L’involution, le solo se caractérisait par un point de vue singulier et désopilant sur le présent, une manière unique d’aborder les mœurs des humains (et des animaux) en ayant recours à l’absurde (et à la chanson). « Je suis rendue ailleurs, lance d’entrée de jeu l’humoriste de 34 ans. Mon premier spectacle, c’était le résultat de ma vingtaine, le reflet d’une période où j’étais anxieuse, où je me cherchais, où j’essayais de plaire. Je voulais qu’on me trouve profonde. Je pense que j’avais cette prétention de faire un humour un peu plus intelligent que la moyenne. Je me mettais beaucoup de pression, alors qu’aujourd’hui, j’approche tout ça avec plus de détachement. »
Avec la collaboration de Yannick De Martino (texte) et de Charles Dauphinais (mise en scène), Maude Landry peaufine depuis l’automne son deuxième solo, Trop cool. « Maintenant que je sais un peu plus dans quoi je m’embarque, je ne gaspille plus d’énergie à mener des combats qui ne sont pas les miens. J’ai créé ce spectacle dans le plaisir, en m’appuyant sur l’expérience que j’ai à présent derrière la cravate, en sachant très bien ce que je veux et ce que je ne veux pas. C’est un spectacle le fun, rassembleur, dans lequel les gens se reconnaissent, et c’est exactement de ça que j’avais envie. Après tout, c’est moi qui vais devoir vivre avec ces blagues-là pendant deux ans ! »
Par conséquent, s’il est un rire que l’humoriste souhaite d’abord et avant tout provoquer, c’est le sien. « Est-ce que ça me fait rire ? C’est ça qui compte. J’ai cessé de me demander si j’avais l’air intelligente. Je m’en fous du portrait que vous dressez de moi. Ce n’est pas grave, j’assume mes défauts, je laisse de côté mes complexes. Je sais que j’ai des lacunes intellectuelles et des maladresses sociales. Je trouve ça drôle de les accepter, d’en parler en toute franchise, et même de m’en amuser. Dans tout ça, je parviens à m’aimer davantage, et, par conséquent, à plus aimer les autres ! »
Besoin d’appartenance
Après s’être sentie comme une éternelle adolescente pendant toute sa vingtaine, Maude Landry pose maintenant un regard critique sur cette période où elle voulait « faire partie de la gang ». « Je n’ai jamais été cool. J’ai toujours été la fille qui visait un peu à côté, celle qui essayait de rentrer dans la gang, mais qui n’y arrivait pas vraiment, qui ne savait pas s’y prendre. J’ai toujours été un peu ringarde. Même dans le milieu de l’humour, je n’ai jamais senti que je faisais partie de la bande des cool. Par exemple, quand je porte ce que les gens cools portent, j’ai l’air déguisée. Ce n’est pas moi. »
Enfant de la fin des années 1990, comme en fait foi l’affiche aux couleurs fluo de son spectacle, l’humoriste confie qu’elle s’est longtemps sentie à l’écart, sans appartenance. « Depuis que je suis toute jeune, je recherche l’amitié, le contact humain. Je pense que tout le monde ressent ça. On ne se l’avoue pas, on dit qu’on n’a besoin de personne, mais on souhaite tous avoir des amis. On veut tous être aimés et entendus. Lorsque j’ai réalisé que la “coolness” était une illusion, quand j’ai constaté à quel point ça leur demandait des efforts, d’être cool, à quel point tout ça était artificiel, j’ai compris que ce n’était pas grave si personne d’autre n’aimait ce que j’aimais. Je pouvais très bien être heureuse seule, vivre pleinement mon buzz avec moi-même. On peut très bien être normal dans sa différence. Ce n’est pas nécessaire de correspondre à un moule. Ce n’est pas nécessaire de prendre toute la place pour prendre sa place. »
Dans son nouveau spectacle, justement, Maude Landry prendrait davantage possession de l’espace. « Je laisse apparaître mon côté Bart, explique la grande admiratrice des Simpson. Bart, c’est celui qui veut niaiser et kicker des poubelles, mais on voit que j’ai aussi un côté Marge, qui ne peut pas s’empêcher de s’excuser auxdites poubelles. C’est ce mélange qui fait que le spectacle est un peu plus divertissant, plus facile à écouter que le premier, parce que tout ne repose pas sur mes mots. Je joue mieux, je m’efforce d’incarner la situation avec précision, je m’assure de fournir toutes les clés de compréhension, ce qui rend les blagues plus claires. »
Une voix authentique
Tout en affirmant qu’elle tient à faire rire « tout le monde », Landry nous promet qu’elle n’est pas devenue consensuelle pour autant. « En créant ce spectacle, j’ai compris que je pouvais rester originale tout en rejoignant plus de gens. Rassurez-vous, je ne suis toujours pas une humoriste conventionnelle. Je ne dis pas ça comme si je m’estimais supérieure à qui que ce soit. J’essaie simplement d’avoir une voix qui m’appartient, une voix qui est la plus authentique possible. Je me contente d’observer le monde et de pointer ce qui cloche, comme la publicité genrée. Je signale des problèmes, mais ne comptez pas sur moi pour les solutions. »
L’une de ses armes les plus redoutables, c’est la rupture de ton. « J’aime ça, jouer avec le public, explique Landry. Ça me plaît qu’il soit étonné, qu’il ne sache pas où je m’en vais. Je m’amuse par exemple à effleurer des sujets graves pour en fin de compte ne pas les aborder vraiment. Cette fois, j’utilise même une machine à sons. Ça me permet de surprendre en créant des moments dans le style de François Pérusse. J’oserais dire que le spectacle est un peu cave, mais dans le bon sens. J’aime quand les gens sortent de la salle en disant : “C’est cave, mais il fallait y penser.” »


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