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«Mask Lady and Late Night Girl»: Marci, reine du drame

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Los Angeles, la nuit. L’atmosphère y est spéciale. Quand Marta Cikojevic rentre chez elle au petit matin, elle croise souvent sa mystérieuse voisine masquée — « so iconic ! » — Shauna. Toujours de loin. Jusqu’à ce qu’elle décide de l’aborder. « Je lui ai dit : “Oh my God, t’es la Mask Lady, j’adore tout ce que tu fais.” Et elle m’a répondu : “Ouais, toi t’es Late Night Girl.” Le fait qu’elle avait aussi un surnom pour moi, c’était vraiment drôle. On s’observait mutuellement sans le savoir. Elle m’a dit qu’elle me voyait toujours la nuit, revenir d’une fête ou je ne sais quoi », raconte l’autrice-compositrice-interprète, par ailleurs membre de TOPS, pendant une entrevue avec Le Devoir. Une rencontre qui tombe à point nommé, puisque la Montréalaise qui s’est établie à Hollywood il y a quatre ans et demi est à l’époque à la recherche d’un titre pour le deuxième album qu’elle fait paraître avec son projet solo, Marci. Ça sera Mask Lady and Late Night Girl. Superhéroïnes.

« Ça lui allait tellement bien, parce qu’une grande partie du disque parle de dualité, des deux facettes qu’on peut avoir », poursuit Marta Cikojevic. Il y a le party, le fun, l’insouciance d’un côté ; les contrariétés de l’autre. « Avec le chaos de la vie, tu finis par te demander qui conduit vraiment la voiture, laquelle de tes deux facettes contrôle ta vie ? Évidemment, elles sont interchangeables, tu peux être l’une ou l’autre à tout moment, ou même les deux en même temps. C’est pour ça que j’aime le concept où [sur la pochette de l’album] Mask Lady conduit, et moi, je suis passagère », indique-t-elle. Il y a aussi la nostalgie, beaucoup de nostalgie. Le passé, la paix qu’on fait un jour avec lui, peut-être. Ce qu’on était et ce qu’on devient. La tristesse jamais bien loin. La lucidité et la désinvolture non plus.

Brillante synth-pop

« Les paroles de Chaotic Princess sont basées sur des choses réelles, qui nous sont arrivées, à moi et à mes amis quand on était plus jeune, évidemment exagérées. Le début de la chanson parle de se faire arrêter par la police et c’est en partie une histoire vraie, une histoire un peu ridicule », raconte la musicienne, qui a pour ce titre collaboré avec Mike Silver (CFCF) pour l’écriture et la production. Côté mélodies, Marta Cikojevic — bien accompagnée de David Carriere de TOPS à l’écriture et à la production pour l’ensemble de l’album — est aussi allée puiser dans les décennies précédentes. Dans ce qui se faisait de pop enjouée des années 2000 notamment. Pas mal dans le hard rock et le glam métal à la Def Leppard ou Whitesnake, aussi. « Je voulais explorer une sonorité différente, avec des guitares plus dramatiques, comme celles des années 1980. Le drame dans une chanson, c’est juste la meilleure chose au monde. Le truc avec des groupes comme Parabellum ou peu importe, c’est le drame, et j’adore ça », confie-t-elle avec enthousiasme. La synth-pop de Mask Lady and Late Night Girl n’en est que plus brillante. « Il y a un côté tellement effronté à cette musique-là. J’aime vraiment ça, ce genre de vibe princesse », ajoute-t-elle. Par les temps qui courent, il est plus que jamais nécessaire de se rebeller, après tout. « Ces sentiments refoulés sont une façon de sonder qui tu es pour voir ce qui fait du bien. »

« L’objectif de Marci a toujours été de créer des chansons qui apportent de la joie. Même si les paroles sont tristes, la musique reste festive », assure Marta Cikojevic. Pour elle, un certain degré de mélancolie peut en effet devenir cathartique si l’écriture est authentique et pas trop cheesy. « Remarque, j’en suis venue à accepter que la cheesiness n’est pas nécessairement une mauvaise chose. C’est même très amusant. Tout le monde aime ça. On n’a pas besoin d’être sérieux tout le temps », croit-elle. Et de renchérir, à propos de sa tenue : « C’est drôle, je pensais à ça avant d’arriver ici en me préparant. Ce pantalon, mes mèches dans les cheveux… Je me suis regardée dans le miroir et je me suis dit que, bien sûr, c’est la mode en ce moment, mais j’avais vraiment l’impression de m’habiller pour la jeune ado Marta. Ce sentiment nostalgique, ça me rend euphorique. »

Sa voisine, Shauna, a également été pour Marta Cikojevic une étincelle d’inspiration pour Lady with the Mask. « J’aime beaucoup cette chanson-là aussi, parce qu’elle parle de mon arrivée à Hollywood avec tout ce côté clinquant. Quand tu conduis dans L.A., tu sens vraiment l’histoire de la ville et il y a une tristesse là-dedans. Les gens arrivent ici sans rien, avec l’espoir de devenir quelqu’un, avec tous ces rêves. Parfois ça marche, mais la plupart du temps non, et leurs aspirations finissent par mourir. Il y a des histoires horribles, de mort, de l’industrie qui prend le contrôle de ta vie. Tu sens vraiment ça quand tu conduis la nuit surtout. » Mask Lady and Late Night Girl ; folie du désespoir, ivresse de l’exaltation. « L.A., c’est un endroit magique », conclut-elle. Les superhéroïnes sont partout.

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