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Martin Lapointe, comme à l’époque de Sam Pollock et du prof Caron

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Mine de rien, le Canadien de Montréal récolte désormais, à pleines pelletées, les dividendes du plus gros influx de talent à être survenu au sein de l’organisation au cours des 40 dernières années. Pour cette raison, il est difficile de ne pas avoir une bonne pensée pour l’un des grands responsables de cette renaissance : le directeur du recrutement Martin Lapointe.

La dynastie de la fin des années 1950 a été bâtie par le directeur général Frank Selke. Pour parvenir à ses fins, Selke avait mis sur pied le réseau de filiales le plus vaste et le mieux organisé de l’époque.

Après avoir fait ses classes auprès de Selke, Sam Pollock, l’un des meilleurs évaluateurs de talent de l’histoire du hockey, a pris les commandes de l’organisation en 1964 et il a remporté neuf Coupes Stanley à titre de DG. Aucun dirigeant de l’époque n’avait un meilleur réseau de contacts que lui. L’un de ses meilleurs coups (et ils ont été très nombreux) a été de confier le rôle de directeur du recrutement au prof Ronald Caron en 1968.

Dans l’ombre, Ronald Caron a ensuite été l’un des grands artisans de la dynastie des années 1970.

Puis, quand le prof Caron a été embauché à titre de directeur général des Blues de Saint Louis en 1983, Serge Savard a offert le poste de directeur du recrutement à André Boudrias. Ce dernier a alors connu énormément de succès en puisant à fond dans le bassin québécois.

Huit espoirs recrutés par Boudrias ont remporté la Coupe Stanley de 1986 et 17 de ses choix de repêchage (ou joueurs amateurs autonomes embauchés) ont participé à la conquête de 1993.

Bref, derrière chaque directeur général qui a marqué cette organisation, il y avait des recruteurs exceptionnels qui dénichaient le substantifique moelle : le talent. Et ils ne le dénichaient pas au compte-gouttes.


Quand on analyse de près ce qui est en train de se produire chez le Canadien, il y a certainement des parallèles intéressants à faire avec les cuvées dénichées par les grands recruteurs du passé.

Si on parle strictement de la qualité du talent, il est impossible de passer à côté de l’émergence de Juraj Slafkovsky, Lane Hutson et Ivan Demidov.

La semaine dernière j’écrivais que les habiletés de passeur de Demidov étaient en train de lui valoir une place parmi les meilleures recrues de l’ère du plafond salarial.

Or, la même semaine, Hutson a atteint le plateau des 100 mentions d’aide à son 132e match en carrière.

Un joueur regarde son coéquipier qui lève les bras dans les airs.

Lane Hutson et Ivan Demidov

Photo : imagn images via reuters connect / Jerome Miron

Selon Hockey-Reference, dans la riche histoire du CH, jamais un joueur (toutes positions confondues) n’a atteint le plateau des 100 mentions d’aide aussi rapidement. Après 132 matchs, Chris Chelios avait été crédité de 82 mentions d’aide au début des années 1980.

Mais ce n’est pas tout : le rythme auquel Hutson distribue les rondelles place le petit quart-arrière américain au 13e rang de l’ère moderne de la LNH, soit depuis 1967.

L’exploit d’Hutson prend encore plus de valeur quand on constate que, depuis le début des années 2000, seuls Sidney Crosby (124) et Connor McDavid (105) ont obtenu plus de mentions d’aide que lui au même stade de leur carrière. On parle donc ici de très haute altitude.

Quant à Slafkovsky, il maintient jusqu’à présent le rythme d’une saison de 31 buts et 34 passes (65 points). Ces statistiques ne placent pas le premier choix de l’encan 2022 parmi la très fine élite de la LNH. Mais l’ensemble de l'œuvre (sa production combinée au fait qu’il n’a que 21 ans et qu’il fait partie des plus imposants attaquants de la ligue) fait quand même de lui une sorte de licorne, comme on dit dans le milieu.


Tout cela fait en sorte qu’on commence à percevoir une intéressante mouvance au sein de la plus jeune équipe de la LNH. La fleur, ou le bouquet si vous préférez, est assurément en train d’éclore.

À titre d’exemple, les deux meilleurs marqueurs du mois de janvier au sein de l’équipe sont Hutson et Slafkovsky. Il reste évidemment quelques matchs à disputer d’ici la fin du mois et rien ne dit que les deux jeunots domineront encore la colonne des marqueurs dans 10 jours.

Cela dit, il vaut la peine de souligner que depuis le début de la saison 2022-23, à la fin de chaque mois, Nick Suzuki ou Cole Caufield ont toujours figuré parmi les deux meilleurs marqueurs du Canadien. Ce qui est remarquable, c’est qu’Huston et Slafkovsky ne menacent pas cette séquence parce que Suzuki et Caufield jouent mal. Les deux jeunes de 21 ans jouent simplement un peu mieux qu’eux. Et cette belle compétition interne risque de se répéter souvent au cours des prochaines années.

Mardi dernier, lors de l’enregistrement de Tellement hockey, le confrère Alexandre Gascon soulignait que cinq joueurs de la formation maintiennent jusqu’à présent le rythme d’une saison de 65 points et plus.

Or, une telle chose ne s’est produite qu’en six occasions dans l’histoire du Canadien. Il faut d’ailleurs remonter jusqu’à 1982-83 pour retrouver une saison aussi faste. Pas moins de six joueurs (Guy Lafleur, Mark Napier, Pierre Mondou, Mario Tremblay, Mats Naslund et Ryan Walter) avaient alors franchi le cap de 65 points.


Parce que cette prometteuse jeune équipe du Canadien n’a pas émergé par hasard, on ne soulignera jamais assez à quel point Martin Lapointe accomplit un boulot exceptionnel à titre de directeur du personnel des joueurs et de directeur du recrutement amateur.

Lapointe est arrivé au sein de l’organisation du CH en 2011 en provenance de Chicago, en même temps que Marc Bergevin. Ce dernier lui a alors confié le poste de directeur du développement. Puis à compter de 2017, aux prises avec un système de recrutement chambranlant, Bergevin a décidé d’y impliquer Lapointe en lui confiant le mandat d’épier spécifiquement les espoirs susceptibles d’être réclamés lors des deux premiers tours du repêchage.

Deux hommes observent l'action de la passerelle, lors d'un entraînement.

Geoff Molson et Martin Lapointe

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Quand Jeff Gorton et Kent Hughes sont arrivés aux commandes en 2022, ils ont confié le poste de directeur du recrutement à Lapointe. Nick Bobrov, avec lequel Jeff Gorton était familier, a pour sa part été embauché à titre de codirecteur du recrutement.

Martin Lapointe est un homme discret qui déteste les projecteurs. Il serait le premier à souligner, à grands traits, que le recrutement est un travail d’équipe et qu’on ne peut en aucun cas attribuer les succès d’une organisation à une seule personne. Et il aurait raison.

N’empêche. Il est au sein de l’organisation une sorte de dénominateur commun. Il a œuvré sous les deux administrations et son arrivée au sein du département de recrutement a coïncidé avec le début de l’assemblage du formidable jeune groupe que nous avons sous les yeux.

Parmi les joueurs qui ont endossé l’uniforme cette saison et qui portent l’empreinte de Lapointe on retrouve : Cole Caufield, Jayden Struble, Kaiden Guhle, Oliver Kapanen, Juraj Slafkovsky, Owen Beck, Lane Hutson, Adam Engstrom, Jacob Fowler, Florian Xhekaj et Ivan Demidov.

Sans oublier les sélections d’Alexander Romanov et de Logan Mailloux, qui ont respectivement permis d’acquérir Kirby Dach et Zachary Bolduc dans des échanges.

Et sans oublier les sélections plus récentes du centre Michael Hage et de l’ailier Alexander Zharovsky qui se profilent déjà comme de futurs membres réguliers de la formation. Et celle du défenseur David Reinbacher, dont le développement a été ralenti par des blessures et qui poursuit son apprentissage à Laval.

Au final, il y a une logique dans cette histoire. S’il faut remonter jusqu’au début des années 1980 pour dénicher des équivalences aux performances de l’équipe actuelle, c’est sans doute parce que le flair des recruteurs actuels rivalise avec celui du groupe que dirigeait à l’époque le bon prof Caron.

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