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Mark Carney se prépare à une majorité. Et après ?

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Avec l’accueil d’une quatrième transfuge dans son caucus, mercredi, le premier ministre Mark Carney est sur le point de réussir l’exploit de transformer en majorité son gouvernement minoritaire, élu en avril dernier.

Avec 170 sièges sur 343 de la Chambre des communes, les libéraux n’attendent qu’un succès dans les deux circonscriptions sûres de Toronto, voire aussi dans celle hautement contestée de Terrebonne, lors des élections partielles qui auront lieu le 13 avril prochain.

La transition attendue vers un gouvernement majoritaire aura d’importants impacts sur la vie politique à Ottawa, s’accordent trois experts que Le Devoir a consultés. Tour d’horizon.

Terrebonne perd de l’importance

Les yeux de tout le Canada devaient se tourner vers Terrebonne, où la Cour suprême du Canada a annulé le résultat exceptionnellement serré de la dernière élection générale, à cause d’une irrégularité dans l’organisation du vote par correspondance. Ce sera moins le cas.

L’accueil de la néodémocrate Lori Idlout au caucus du gouvernement mercredi fait en sorte que, même en cas de défaite le 13 avril, les libéraux compteront davantage d’élus que tous les partis d’opposition réunis. Les observateurs s’attendent à ce que les circonscriptions des ex-ministres Chrystia Freeland et Bill Blair, University — Rosedale et Scarborough Southwest, restent rouges.

Si Mark Carney se retrouve tout juste majoritaire, à 172 sièges, « la question devient : qu’arrive-t-il avec le président, qui ne vote pas ? », se demande le professeur de droit constitutionnel à l’Université Laval Patrick Taillon. Les votes en Chambre pourraient se retrouver devant un fâcheux scénario d’égalité, un risque qui serait évité par une victoire libérale à Terrebonne.

« Terrebonne est devenue moins importante pour le Parti libéral. C’est par contre un excellent indicateur du pouls des Québécois », ajoute Geneviève Tellier, politologue à l’Université d’Ottawa.

Pouvoir des libéraux d’arrière-banc

L’atteinte d’une majorité parlementaire à coups de transfuges « change la nature même du mandat obtenu lors des élections », estime Eric Montigny, professeur de science politique à l’Université Laval. Cela lui accorderait davantage de pouvoirs, à commencer par celui de modifier la composition des comités à son avantage. Il pourra éviter les risques d’obstruction parlementaire ou de modification de ses projets de loi par l’opposition. « Ça lui donnerait des coudées franches », résume la professeure Geneviève Tellier.

Le pouvoir perdu des partis d’opposition est toutefois un pouvoir gagné pour les libéraux d’arrière-banc, dans le scénario vraisemblable où chaque vote libéral compte. Bienvenue aux débats internes. « Ça veut dire beaucoup de temps de gestion des députés. La moindre mauvaise humeur qui mène à la démission serait catastrophique pour la majorité », calcule Patrick Taillon.

Le gouvernement pourrait aussi avoir une chance de renforcer sa majorité à la suite d’un possible départ du député néodémocrate de Rosemont — La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, pour l’Assemblée nationale du Québec. Le recrutement d’autres élus de l’opposition viendrait aussi protéger la majorité gouvernementale contre une démission, une maladie ou un décès.

Un gouvernement jusqu’en 2029

Chose certaine, les récents développements vont faire taire pour un temps les conjonctures d’élections générales anticipées. « M. Carney ne peut plus invoquer le besoin d’avoir un gouvernement majoritaire pour provoquer des élections », tranche le politologue Eric Montigny.

Affaiblis, les partis d’opposition n’auront simplement plus la capacité de faire tomber le gouvernement. Élu minoritaire au printemps dernier, le gouvernement Carney a jusqu’ici misé sur leur faible appétit pour un nouveau scrutin au moment de présenter son dernier budget.

La loi fixe la date de la prochaine élection au 15 octobre 2029, même si le premier ministre conserve le droit d’envoyer le pays aux urnes à tout moment. Les experts consultés sont d’avis qu’un long premier mandat Carney nuit au chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, dont le leadership était assuré par le risque d’une campagne électorale imminente.

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