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Marine Le Pen : quand la justice se prend les pieds dans son propre piège

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13 h 30. La Cour d’appel de Paris a rendu son verdict. Trois ans de prison dont deux avec sursis, la partie ferme aménageable sous bracelet électronique. Quarante-cinq mois d’inéligibilité, dont trente avec sursis. On nous vend ça comme un allègement spectaculaire face aux cinq ans réclamés en première instance. Sur le papier seulement. Car la magistrature française a un talent unique : celui d’offrir d’une main ce qu’elle reprend aussitôt de l’autre.
Les quinze mois fermes d’inéligibilité étant déjà purgés depuis mars 2025, Marine Le Pen redevient techniquement éligible. Techniquement. Mais les juges de la cour d’appel ne libèrent jamais quelqu’un sans lui river une chaîne à la cheville : le bracelet électronique. Un an de surveillance qui aurait dû transformer la campagne la plus scrutée de la Ve République en campagne sous curatelle. On n’ose plus l’interdiction frontale — trop de bruit, trop de coups de force dans la bouche de millions de Français excédés. Alors on l’autorise en façade, tout en la ligotant dans les faits. Un totalitarisme feutré qui a l’élégance de se draper dans les habits de la mesure, et qui parle de « liberté des candidatures » dans son délibéré comme on récite une formule de politesse à quelqu’un qu’on vient de poignarder.

Le piège qui se retourne
20 heures. TF1. La phrase tombe, nette : « Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle. » Et dans la foulée, le coup de maître : un pourvoi en cassation, dont l’effet immédiat suspend les peines de la cour d’appel. Plus de bracelet, plus d’entrave, une campagne à visage découvert, comme si le jugement du jour n’avait jamais existé. La Cour d’appel de Paris voulait l’écarter, elle l’a rendue plus combative. Elle voulait la neutraliser, elle vient de lui offrir le rôle de victime consentante d’un acharnement dont plus personne n’ignore l’existence.
« Ma conviction a été très vite faite, j’avais dit que je ne ferai pas campagne sous bracelet électronique », a-t-elle martelé, sans trembler. Une phrase qui vaut aveu : en une journée, la justice française vient de rater deux fois sa cible.
Elle ne lâche pas non plus Jordan Bardella, contrairement à ce qu’espéraient tant d’éditorialistes déjà en train d’écrire son oraison funèbre. Le « binôme » tient : elle candidate, lui Premier ministre promis en cas de victoire. Le RN affiche un front uni là où les plateaux télé lui promettaient, à grand renfort de commentaires savants, une implosion en direct.

Un pouvoir qui n’a même plus besoin de se cacher
Les réactions racontent, mieux qu’aucun éditorial, ce que sont devenus ceux qui prétendent incarner la vertu démocratique dans ce pays. Éric Zemmour salue sur X qu’il revienne « aux Français de trancher et non aux juges » — et pour une fois, l’homme touche juste. En face, Gabriel Attal ressort la sempiternelle « dimension morale » d’une candidate « condamnée à deux reprises ». Othman Nasrou l’accuse de « prendre la démocratie en otage » — comme si la démocratie n’était pas précisément ce que la magistrature vient de lui confisquer pendant des mois. Et puis il y a Boris Vallaud, patron des députés socialistes, qui exige que les électeurs sachent qu’une « délinquante » se présenterait. Une délinquante. Le mot est lâché sans trembler, par un homme qui prétend défendre la démocratie tout en expliquant aux Français comment ils devraient voter.
Voilà l’aveu que les juges et leurs relais politiques viennent de nous faire, sans même s’en rendre compte : la robe a cessé de prétendre à la neutralité. Elle choisit son camp, elle le dit, elle l’assume. Ceux qui hier expliquaient doctement que la justice était « indépendante » découvrent aujourd’hui, avec une gêne visible, qu’elle sait aussi être partisane quand ça l’arrange.

Ce qui ne changera pas
Quelle que soit l’issue du pourvoi, une chose demeure : la magistrature française continue de fabriquer, à sa convenance, ceux qu’elle autorise à exister sur la scène politique et ceux qu’elle écarte. Un magistrat ne devrait jamais avoir le pouvoir de décider, par la fixation d’une peine complémentaire, qui a le droit de se présenter et qui ne l’a pas. Ce jour-là, ce n’est plus un rapport de force politique qui tranche. C’est la robe. Et une fois ce procédé validé pour Marine Le Pen, rien ne garantit qu’il ne sera pas retourné demain contre n’importe quel autre opposant gênant, de quelque bord qu’il vienne.
Marine Le Pen a choisi son camp : celui du combat, jusqu’au bout des voies de recours. Peu importe, au fond, qu’on adhère ou non à son projet : ce qui se joue ici dépasse sa seule personne. C’est la question de savoir qui, dans ce pays, détient réellement le pouvoir de désigner ses chefs — les magistrats ou le rapport de force politique lui-même. Aujourd’hui, la Cour d’appel de Paris a raté sa manœuvre. Elle en tentera d’autres. Mais on ne remet pas un fauve en cage une fois qu’il a vu la porte ouverte.

Jérôme Viguès
https://substack.com/@viguesjerome

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