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Alors qu’une possible grève chez Marine Atlantique suscite de vives inquiétudes à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse, la société d’État fédérale éprouve des difficultés à répondre à la demande en raison d’une forte hausse de l’achalandage sur ses traversiers.
Selon Darrell Mercer, porte-parole de Marine Atlantique, le taux d’occupation des traversiers a presque doublé cette année.
Le traversier assure la liaison entre North Sydney, au Cap-Breton, et Port aux Basques, dans l’ouest de Terre-Neuve. Il dessert également Argentia, dans l'est de Terre-Neuve, durant la saison estivale.
Notre saison estivale est de 14 semaines. Présentement pour le traversier d'Argentia, 9 semaines sont réservées à 90 % et les réservations à Port aux Basques ont augmenté de 40 % comparativement à l’an dernier, dit-il.
L’année prochaine, il y a déjà plus de 7000 réservations, déjà. C’est nouveau pour nous!
Cette situation réjouit les commerçants d’Argentia, dans l’est de Terre-Neuve. Elle exerce toutefois une pression considérable sur la capacité du service, souligne Darrell Mercer. C'est une inquiétude de nos clients, mais c'est une inquiétude de Marine Atlantique aussi.
La flexibilité sera nécessaire
Marine Atlantique est un service essentiel, mais nous avons un problème de capacité. Il y a beaucoup de monde qui veut voyager pendant la saison estivale. Nous avons des clients commerciaux qui transportent leurs produits chaque jour. C'est nécessaire pour des supermarchés, des centres d'achats, des produits pour les hôpitaux, n'importe quel produit à Terre-Neuve.
Il affirme que le gouvernement fédéral est au courant que le problème de capacité existe, et c'est notamment pour cette raison qu'il a financé l'arrivée du nouveau navire, l'Île Rouge.

Le traversier Leif Ericson, nommé en l’honneur de l’explorateur viking qui aurait été le premier à accoster à Terre-Neuve, est sur le point d'être retiré de la flotte de Marine Atlantique. Il sera remplacé par un nouveau navire, nommé Île Rouge. (Photo d'archives)
Photo : Marine Atlantique
Il fait notamment partie des solutions envisagées pour augmenter la capacité de transports et de passagers.
On attend l'arrivée de notre nouveau navire, Île Rouge. Mais avec les négociations qui doivent se passer pendant les prochaines semaines, on pense que le navire va entrer en service pendant l'automne, peut-être mi-septembre, ajoute M. Mercer.
Bien que son arrivée soit prévue cet été, des formations et des exercices de familiarisation seront menés avant sa mise en service. Le navire pourrait ensuite être exploité sur les liaisons desservant North Sydney, Argentia et Port aux Basques.
Des résidents de Terre-Neuve s'inquiètent
Des résidents de Terre-Neuve dénoncent les difficultés à quitter l'île, les traversiers et l’avion constituant les seuls moyens de transport pour en sortir.
Marian Francis White, une résidente de Saint-Jean, a communiqué avec Marine Atlantique à la mi-avril afin de réserver une traversée entre Argentia et North Sydney pour le 5 juillet. Elle souhaitait voyager avec son mari et ses petits-enfants.
Toutefois, ce projet de voyage familial a rapidement tourné court. Selon Mme White, l’agente au bout du fil lui a indiqué qu’aucune place combinant une cabine et un véhicule n’était disponible avant le mois de septembre.
Ça doit être une blague! On ne peut pas sortir de l’île avant septembre?
La traversée au départ de Port aux Basques, à près de huit heures de route de Saint-Jean, n’était guère plus avantageuse. Bien qu’un aller était disponible, il lui était impossible de trouver un retour.
Mme Francis White estime que Marine Atlantique devrait réserver un certain nombre de places aux résidents de Terre-Neuve afin qu’ils puissent voyager à l’extérieur de l’île.
Nous sommes ici pour toute la population du Canada, bien sûr, Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse. Mais c'est difficile de donner la priorité à un groupe.
Nous avons plus d'options pour [les traversées] de jour par rapport à celles de nuit. Nous avons une voie d'attente, les clients changent leurs réservations tout au long de l'été, y compris les annulations. Alors l'espace peut devenir disponible n'importe quelle semaine, ajoute M. Mercer.
L’île de Terre-Neuve dans la mire des touristes

Le quartier Battery brille de ses couleurs et par l'eau bleue de l'océan en cette journée ensoleillée de mai 2026.
Photo : Radio-Canada / Marie-Eve DuSablon
Un sondage réalisé par CAA Assurance auprès de 1000 Québécois âgés de 18 ans et plus révèle que les États-Unis seront moins populaires comme destination estivale cette année.
Selon l’enquête, 43 % des Québécois prévoient voyager dans les provinces de l’Atlantique. À l’inverse, seulement 4 % envisagent de se rendre aux États-Unis, une proportion comparable à celle observée l’an dernier.
Le caractère maritime a toujours exercé un fort attrait auprès des Québécois et des Ontariens, souligne Paul Arsenault, directeur de l’Observatoire de l’IA, des données et du tourisme de l'UQAM.
Je pense qu'il y a quelque chose là d'authentique qui, dans cette période peut-être un petit peu anxiogène aussi, d’aller dans quelque chose de rassurant
Ce qui est vrai, c'est que les Canadiens délaissent en masse les États-Unis. C'est un phénomène qu'on n'a pas vu depuis très longtemps, ajoute-t-il.
Sans surprise, on retrouve parmi les visiteurs des provinces de l’Atlantique plusieurs Canadiens qui avaient l’habitude de voyager aux États-Unis.
Mais ce n’est pas la simple raison, selon M. Arsenault. Le tourisme intérieur a toujours été le premier tourisme pour toutes les provinces canadiennes.

Le cap Spear est le point le plus à l'est de l'Amérique du Nord et est très prisé par les touristes. (Photo d'archives)
Photo : Pat Thompson
La pandémie a été de loin le plus grand choc de l'industrie touristique mondiale. On n'en a pas eu d'équivalent depuis la Deuxième Guerre mondiale, c'est-à-dire, c'était la seule industrie qui était en croissance continue, année après année, depuis le début des années cinquante essentiellement.
L'engouement pour Terre-Neuve-et-Labrador s’explique également par un effet de mode alimenté par les réseaux sociaux. Les photos et les vidéos partagées en ligne contribuent à accroître sa visibilité.
Quant au prix de l’essence, son influence sur les choix de voyage serait limitée. Paul Arsenault souligne que les compagnies aériennes ont plutôt tendance à réduire ou à abandonner certaines liaisons moins rentables que de répercuter entièrement la hausse des coûts sur le prix des billets.


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