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Ce n’est pas parce que la 46e édition Festival international de jazz de Montréal est chose du passé que le style musical dont il tire son nom cesse d’être d’actualité. Ce soir, l’Orchestre national de jazz (ONJ) et le trio de la compositrice et pianiste Marianne Trudel interpréteront la suite Sources — composée par cette dernière, mais pas encore gravée sur disque – dans le décor enchanteur du théâtre de Verdure du parc La Fontaine. Premier concert d’une tournée commanditée par le Conseil des arts de Montréal, la suite Sources n’est « ni de la musique pour ensemble à cordes, ni pour un trio, ni jazz, ni baroque – on tombe dans quelque chose d’autre… comme si on se jetait dans l’eau ! »
Ça tombe bien, un large ruisseau sépare la scène du public dans ce merveilleux théâtre de la Verdure, investi pour la première fois par l’Orchestre national de jazz, constitué d’une quinzaine d’instrumentistes dirigés par le chef d’orchestre Jean-Nicolas Trottier, qui accompagnera Marianne et ses deux complices du trio Trifolia, Patrick Graham aux percussions et Étienne Lafrance à la contrebasse.
L’œuvre en sept mouvements évoque l’eau « dans toutes les déclinaisons de ses états », explique la compositrice, lauréate du prix Opus de la Compositrice de l’année remis en février 2025 lors du gala organisé par le Conseil québécois de la musique. Ainsi, le deuxième mouvement porte le titre Glace polaire glace polaire, « ce qui renvoie bien sûr à la question des changements climatiques, une préoccupation qui me hante, explique Marianne Trudel. Suit Du fleuve à la mer, un mouvement assez passionné à travers lequel on peut vraiment sentir le courant de l’eau, pour dire ainsi. Vient après L’or bleu, inspiré de l’enjeu autour de l’accès à l’eau potable. À travers les mouvements, très contrastés les uns par rapport aux autres, je veux se faire rencontrer l’orchestre et le trio de manière différente ».
L’œuvre Sources a d’abord été créée il y a une dizaine d’années avec l’ensemble de Québec Les Violons du Roy. « C’était, note la compositrice, la toute première œuvre commandée par l’ensemble », qui s’est bâti une réputation pour sa maîtrise du répertoire baroque. « J’étais honorée que Laurent Patenaude [ex-directeur artistique de l’ensemble, à la tête de l’Opéra de Québec depuis le début de l’année] m’ait approchée », raconte-t-elle.
Les Violons comme inspiration
Marianne Trudel explique qu’elle s’était inspirée de la couleur musicale des Violons du Roy (qui joue sur des instruments modernes) pour créer Sources, car cette personnalité « fait partie intégrante des ingrédients » de l’œuvre. « De toute façon, moi, c’est comme ça que j’aime composer, à la manière de Duke Ellington, c’est-à-dire que lui composait spécifiquement pour des individus, ou des ensembles spécifiques, plus que pour des big bands ou des orchestres, de manière générale. »
« Moi, poursuit Trudel, j’aime savoir pour qui j’écris parce que ces musiciens-là, sans même qu’ils le sachent, deviennent une partie de mon inspiration, ils façonnent ma musique. Je pense que quiconque écoute Sources reconnaîtra un peu de la personnalité des Violons du Roy », pas précisément des références, disons, à Haendel, Scarlatti ou Purcell, « mais dans les harmonies, par exemple ».
« Ce que j’ai cherché à faire avec ce travail de composition, c’est provoquer une réelle rencontre entre le trio jazz et l’orchestre à cordes », explique la musicienne et professeure à l’école de musique Schulich de l’Université McGill.
« Entre le jazz et la musique contemporaine »
« On a beaucoup entendu ces dernières années des projets jazz pour trio avec l’orchestre à cordes derrières qui fait, comme on dit, des “pads” — des notes soutenues derrière le jeu du trio, ou un orchestre à cordes qui essaie de swinguer derrière le trio, mais sans vraiment être capable de swinguer vraiment bien… Durant un moment, c’est comme si tout le monde composait pour trio et orchestre ; pour ma part, j’avais vraiment envie d’essayer de les faire se rencontrer à mi-chemin entre le jazz et la musique contemporaine. »
D’ailleurs, Sources comporte plusieurs passages nécessitant l’instinct (pas forcément développé) de l’improvisateur des violonistes, altistes et violoncellistes issus de l’école classique. « Les musiciens, du trio et de l’orchestre, doivent constamment être connectés entre eux parce qu’il y a une grande part d’imprévisibilité dans certains mouvements. Les cordes doivent être vraiment à l’affût parce qu’elles seront en réaction à ce que le trio joue. Chaque performance aura sa part de risques, ce qui la rend excitante. »
La magie opérera à nouveau au parc La Fontaine, cette fois avec un instrument complètement différent, l’Orchestre national de jazz (ONJ), et en réunissant enfin les éminents membres de Trifolia. Sources fut d’abord créée au Palais Montcalm, puis rejouée récemment une première fois avec l’ONJ à la Place des Arts de Montréal. Dans le cadre du programme CAM en tournée, Marianne Trudel, Trifolia et l’ONJ se produiront à quatre reprises entre octobre et avril prochains, dans autant d’arrondissements de la ville. Enfin, la collaboration entre l’ONJ et Trudel sera approfondie lorsqu’une nouvelle œuvre de la pianiste, Au centre, la lumière, composée pour le big band de l’ONJ, sera créée à la Cinquième Salle de la Place des Arts le 21 novembre prochain.


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