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Mao, on refait le match

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Mao, on refait le match

La Chine affirme prendre « au sérieux » les excuses de Kylian Mbappé au sujet de ses propos sur Mao Zedong

Mao, on refait le match Le footballeur Kylian Mbappé caricaturé en Mao sur les réseaux sociaux. DR.

Kylian Mbappé a subi la foudre des autorités chinoises, après avoir traité Mao Zedong de « dictateur ». L’occasion de revenir plus en détail sur le bilan humain apocalyptique du Grand Timonier.


Et dire que, pour une fois, notre « boulard d’or » préféré avait frappé juste, en dehors des terrains de football… Mao n’est pas qu’un simple « dictateur », mais l’un des tyrans les plus meurtriers, si ce n’est le plus meurtrier de notre histoire, responsable de la mort d’environ 65 millions de Chinois1.

Interdit de cuisiner à la maison

Les chiffres donnent le tournis et les détails, la nausée. En 1949, Mao Zedong proclame la République populaire de Chine après des années de lutte contre les nationalistes de Tchang Kaï-chek. Bienvenue en enfer. Arrestations arbitraires, tortures, famines, massacres de masse, camps de concentration, parti unique, culte de la personnalité, propagande, endoctrinement politique dès le plus jeune âge, autocritiques obligatoires, répression des minorités, eugénisme… ce fils de paysans aisés élabore une dystopie communiste XXL qui n’a rien à envier à celle de Staline. À sa mort, en 1976, le niveau de vie moyen de la population est inférieur à celui de 1933.

La cantine à l’intérieur d’une commune populaire. Sur le mur, un slogan : « Mangez gratuitement, travaillez dur ». Wikimedia commons.

Le cauchemar atteint son apogée à la fin des années 1950, quand le Grand Timonier espère faire un « Grand Bond en avant » en collectivisant les campagnes2. Les terres et les biens personnels des paysans, qui représentent 90 % de la population, sont confisqués. De nouvelles méthodes agronomiques insensées sont mises en place, directement inspirées des théories du pseudo-scientifique soviétique Lyssenko. L’argent est remplacé par des tickets de rationnement, des cantines communes obligatoires sont constituées car il est désormais interdit de cuisiner à la maison. Les résultats ne se font guère attendre. Les moissons de 1958 pourrissent dans les champs par manque de main-d’œuvre agricole, des millions d’hommes ayant été réquisitionnés pour travailler dans des usines urbaines, loin de leur famille. Les récoltes des années suivantes sont en chute libre, tandis que les cadres locaux, par peur des représailles, préfèrent occulter l’ampleur du désastre. Les céréales encore disponibles sont saisies pour nourrir les ouvriers des villes. Une famine sans précédent par son ampleur va bientôt ravager les campagnes, où les espèces parasites prolifèrent depuis que le « Grand Leader » a ordonné l’extermination de tous les moineaux3. Les paysans sont parfois torturés par les milices maoïstes locales, en quête de réserves dissimulées. Mais il n’y a pas de nourriture. Il n’y en a plus.

Cadavres bouillis

« Répartir les ressources de manière égale ne peut que faire échouer le Grand Bond en avant. Lorsqu’il n’y a pas assez à manger, les gens meurent de faim. Mieux vaut laisser mourir la moitié des gens, de façon à ce que l’autre moitié puisse manger à sa faim », déclare au plus fort de la crise Mao4, qui refuse de limiter les exportations agricoles censées financer le développement de l’industrie. Pendant ce temps-là, des dizaines de millions de Chinois, qui n’ont pas le droit de quitter leur village, avalent tout ce qu’ils trouvent à se mettre sous la dent : les rats, les herbes, les écorces ou les feuilles des arbres, de la boue. Des toiles d’araignées aussi, voire les restes non digérés d’excréments. Dans la province de Hunan, on assiste à des actes de cannibalisme à grande échelle. Les cadavres qui jonchent les campagnes sont ingurgités, après avoir été bouillis. Les enfants les plus jeunes, surtout les filles, sont sacrifiés pour nourrir le reste de la maisonnée. Des familles s’échangent parfois leur progéniture pour ne pas avoir à dévorer le fruit de leurs entrailles. Les tentatives de rébellion sont réprimées sur-le-champ et dans le sang. Le nombre de victimes du Grand Bond en avant ? Entre 20 et 55 millions, selon les estimations.

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Contesté au sein du Parti en raison des conséquences tragiques de sa politique, Mao ne va pas tarder à reprendre la main. En 1966, il se lance dans une nouvelle révolution, « culturelle » cette fois. En s’appuyant sur une jeunesse fanatisée, ses fameux « gardes rouges », le dictateur s’attaque aux « ennemis du peuple », c’est-à-dire à tous ceux qui menacent, peu ou prou, son pouvoir. On connaît la chanson. Les victimes de cette purge se comptent, là encore, par millions. Les opposants ou de simples suspects sont massacrés avec une sauvagerie inouïe. Certains sont explosés à la dynamite, d’autres sont enterrés vivants, lapidés, décapités, ébouillantés, brûlés vifs, attachés à un poteau en plein soleil jusqu’à ce que mort s’ensuive… Le cannibalisme fait son retour dans quelques provinces comme le Guangxi, mais n’est cette fois pas provoqué par la famine. Pour prouver leur ardeur révolutionnaire, des milliers de militants n’hésitent pas à consommer les organes des ennemis de la cause, sous l’œil bienveillant des sections locales du Parti communiste.

Goulags bien remplis

Que dit la presse ce matin ? Mao Zedong lisant le Quotidien du peuple en 1961. Wikimedia Commons.

Dans l’ensemble du pays, les intellectuels sont traqués, les maisons considérées comme « bourgeoises » détruites, les églises et monastères fermés ; les prêtres catholiques qui refusent d’abjurer leur foi sont emprisonnés, torturés, exécutés. Pendant ce temps, Mao traverse le Yang-Tsé à la nage. À la vitesse du record du monde précise, sans rire, la propagande. Au cours de la révolution culturelle, les Chinois sont contraints de commencer leurs journées en saluant trois fois l’un des innombrables portraits du grand homme, distribués à plus de deux milliards d’exemplaires. Ils ont pour obligation d’être en possession du Petit Livre rouge5, en toutes circonstances. Les plus jeunes sont même encouragés à dénoncer père et mère, en cas de critiques émises en privé contre Mao. Dans le meilleur des cas, les parents « déviants » sont aussitôt expédiés dans l’un des mille goulags chinois (les laogais) remplis à ras bord6, qui sont répartis sur tout le territoire. Dans le meilleur des cas… Au quotidien, les femmes sont contraintes d’arborer une tenue unisexe et de porter les cheveux courts, tandis que l’adultère est réprimé. Pendant ce temps, le libidineux dictateur, qui s’est constitué un véritable harem, passe du bon temps avec des jeunes filles, dont certaines n’ont pas 14 ans.

Alors que les monuments célébrant nos glorieux ancêtres, à commencer par le général de Gaulle en France ou Winston Churchill en Angleterre, sont désormais régulièrement vandalisés, une statue de trois mètres de haut à l’effigie de Mao s’élève depuis 2012 à Montpellier, place des Grand-Hommes (sic). À l’initiative de l’ancien maire de la ville, Georges Frêche, l’œuvre figure parmi neuf autres personnages historiques censés avoir marqué le XXe siècle. Il s’agit de la seule statue du « dictateur » chinois érigée dans le monde, en dehors de la Chine.


1/ Selon Stéphane Courtois dans Le Livre noir du communisme. Le nombre de victimes oscille entre 40 et 80 millions, selon les estimations.

2/ « Trois ans d’efforts et de privations et mille ans de bonheur », promet le slogan officiel.

3/ Lors de la campagne des quatre nuisibles. La mouche, le moustique et le rat sont aussi ciblés.

4/ Au cours d’une conférence à Shanghai.

5/ Un recueil de citations de Mao.

6/ De 1950 à 1978, entre 20 et 50 millions d’individus (selon les sources) auraient été internés dans ces camps de travail et de rééducation. La moitié y aurait trouvé la mort.

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