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Dans la baie d’Hudson, les phoques annelés sont prêts à tolérer un risque de prédation accru si la nourriture à la clef est particulièrement diversifiée, conclut une étude. Elle suggère que de combiner ces dynamiques entre proies et prédateurs est crucial dans l’établissement de zones de protection.
Pour s’alimenter de poissons, les phoques annelés évitent généralement les secteurs à risque où rôdent leurs principaux prédateurs, les ours polaires. Une étude de l’Université de la Colombie-Britannique, publiée dans la revue Ecology Letters (nouvelle fenêtre) (en anglais), suggère toutefois que cette prudence peut être modifiée selon la récompense à la clef.
On voulait voir comment les phoques s’y prennent pour trouver de la nourriture sans devenir eux-mêmes de la nourriture, indique Katie Florko, autrice principale de l’étude. Ce qu’on a découvert de très intéressant, c’est que les phoques pénétraient dans des zones à haut risque lorsqu’il y avait une grande abondance ou diversité de poissons.

Des phoques annelés sur la glace, dans la baie d'Hudson.
Photo : Katie Florko
Si l’endroit est très très très bon, ils vont se dire que ça vaut la peine de prendre un peu de risque et de rencontrer un ours, renchérit Marie Auger-Méthé, statisticienne de l’étude.
Pour arriver à ce résultat, les chercheurs ont analysé les déplacements et les dynamiques de plongée de 26 phoques annelés près des côtes des îles Belcher, au Nunavut. Ces phoques avaient été préalablement capturés et équipés de balises télémétriques satellites.
Des colliers GPS ont, quant à eux, été installés sur 39 ours polaires capturés le long du sud de la baie d’Hudson. Les quelque 18 000 localisations obtenues ont permis aux chercheurs de modéliser quotidiennement leurs zones d'habitat, ce qui a servi d’indicateur du risque de prédation des phoques.

Les colliers GPS ont permis aux chercheurs d'obtenir des données sur les ours polaires sur plusieurs années.
Photo : Katie Florko
Selon les résultats de l’étude, les phoques annelés raccourcissent leur temps de plongée lorsqu’ils sont dans des zones à risque, possiblement pour se donner le temps de regagner un autre trou de respiration ou une autre tanière s’ils détectent un ours.
Repenser les stratégies de conservation
L’étude souligne l’importance de prendre en compte toutes ces dynamiques entre proie et prédateurs dans la création d’aires marines protégées. L’établissement de ces zones de protection est souvent basé sur le facteur nourriture disponible.
Omettre l'élément peur pourrait mener à protéger des zones alors que les phoques les évitent activement, explique Marie Auger-Méthé.
Ces dynamiques entre proie et prédateurs ont été étudiées pour de nombreuses espèces, mais peu en Arctique, précise Katie Florko. La région se réchauffe pourtant à un rythme près de quatre fois plus rapide que le reste de la planète. Les impacts risquent d’être nombreux, concentrant les ours polaires sur de plus petites surfaces de banquise, et modifiant de la distribution des espèces de poisson, explique la chercheuse.
Une bonne avancée à peaufiner
Brendan Kelly, scientifique en chef à l’International Arctic Research Center de l’Université de l’Alaska à Fairbanks, voit d’un bon œil cette étude, qu'il qualifie de bonne étape pour avoir une vision plus réaliste de la distribution des phoques annelés.

Les phoques ont besoin d'une banquise stable pour se reproduire, ils deviennent donc plus vulnérables pendant cette période, explique Marie Auger-Méthé.
Photo : Marie Auger-Méthé
Il nuance toutefois la théorie selon laquelle les phoques ralentissent leur vitesse de remontée lorsqu’ils aperçoivent un ours, car la banquise et la neige cachent souvent ce qui se trouve à la surface. De ses observations sur le terrain, quelle que soit la présence d’ours, les phoques feront preuve de prudence.
Les ours polaires essayent de ne pas s’annoncer. Ils ne mettent pas de panneaux qui disent "Hé, je chasse dans cette zone". [...] La plupart des animaux doivent s’imaginer le pire parce que leurs prédateurs essayent toujours de les prendre par surprise.
Le modèle développé omet également des facteurs importants, comme l’influence d’autres prédateurs par exemple, pour pouvoir permettre d’ajuster les pratiques de conservation dans l’immédiat, selon lui. Les dynamiques de plongée des phoques sont complexes et peuvent également changer pendant la période de reproduction, par exemple, cite-t-il.
C’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas comme si cela allait se transformer en outil de gestion dès demain, conclut-il.


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