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À Berlin (Allemagne).
Le 8 décembre 2025, le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy a annoncé vouloir déposer une loi visant à rouvrir les maisons closes, tenues par les travailleuses du sexe elles-mêmes. L'élu du parti d'extrême droite avançait le fait que la «pénalisation du client a renvoyé les prostituées dans des conditions épouvantables, sordides», obligeant celles-ci à «travailler toujours plus dans des endroits obscurs, cachés et donc très dangereux». À défaut de s'être pour l'heure concrétisée, cette annonce a rouvert un débat chronique au sein de la classe politique: pour ou contre la légalisation de la prostitution?
Au sein de l'Union européenne, plusieurs modèles cohabitent: la Suède et la France sont les principaux exemples de pays abolitionnistes, dans lesquels l'État pénalise les clients et non les personnes prostituées. À l'inverse, les Pays-Bas et l'Allemagne se présentent comme les deux références en matière de régularisation de l'activité.
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En France, les maisons closes sont interdites depuis 1946 et la loi Marthe-Richard, du nom d'une ancienne prostituée et élue municipale parisienne. Parmi les arguments des partisans d'une légalisation et de lieux encadrés, l'idée que cela apporterait une protection majeure pour les femmes impliquées est régulièrement mise sur la table.
Début décembre, au micro de RTL, Jean-Philippe Tanguy l'assurait: «Il ne s'agit pas de donner le pouvoir […] à une forme de proxénétisme ou d'esclavage humain», mais bien de faire en sorte que «les prostituées [soient] leurs propres patronnes» en ce qui concerne la gestion des établissements. Poussé par un élan lyrique, le député RN ajoutait: «Qu'elles soient impératrices dans leur royaume. Ce serait une forme de coopérative, d'institution, dirigée et possédée par les prostituées elles-mêmes.»
En Allemagne, un encadrement légal qui a des limites
De l'autre côté du Rhin, l'Allemagne offre un laboratoire grandeur nature de la politique de légalisation appliquée à l'échelle d'un pays. Tolérée et bénéficiant d'un flou juridique au sortir de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la prostitution y est réglementée depuis 2002. Elle est reconnue comme une activité professionnelle et les personnes qui l'exercent peuvent bénéficier du statut de salariée ou de travailleuse indépendante. Les maisons closes sont quant à elles considérées comme des entreprises commerciales semblables aux autres.
L'objectif affiché était d'assurer un cadre légal aux travailleuses du sexe, afin de les éloigner des réseaux mafieux. Mais sur le terrain, le bilan affiche un résultat assez éloigné des attentes: «Avant le Covid, il y avait environ 400 bordels à Berlin, la moitié d'entre eux n'avaient pas de licence pour ouvrir», explique Gerhard Schönborn, directeur de l'association berlinoise Neustart. Située dans la rue Kurfürstenstraße –historiquement marquée par la présence de prostituées– l'association dispose d'un local qui opère comme un café et dans lequel les femmes de la rue peuvent bénéficier d'un accueil chaleureux et d'une aide en matière d'accompagnement social.
Pour Gerhard Schönborn, la mise en place d'un cadre juridique ouvert vis-à-vis de la prostitution n'a pas apporté une plus grande sécurité en matière d'emploi. «Aucun patron d'établissement ne va embaucher une prostituée en tant que salariée. Ce n'est pas rentable, car cela veut dire qu'il faut lui payer des congés payés, l'assurance, le congé maternité… Ils les embauchent comme travailleuses indépendantes et leur louent les chambres pour qu'elles puissent recevoir les clients. Cela coûte environ 150 à 200 euros la journée.»
Les activités illégales restent toujours omniprésentes
Selon les chiffres officiels, il y avait 28.280 personnes enregistrées comme travailleurs et travailleuses du sexe en Allemagne à la fin de l'année 2022. Mais les estimations parlent d'environ 400.000 personnes, ce qui implique que plus de 90% des personnes concernées exercent illégalement.
La majorité sont des étrangères venues des pays de l'Est, principalement de Roumanie ou de Bulgarie. Et depuis 2022, il y a un afflux important de femmes ukrainiennes qui ont fui la guerre avec la Russie. La méconnaissance de l'allemand et l'irrégularité administrative de certaines situations rendent ces femmes plus vulnérables à toutes sortes de trafics et de réseaux mafieux.
Pour cette raison, les membres de l'association Neustart organisent régulièrement des visites dans les maisons closes, afin d'informer les femmes sur leurs droits. Ils rappellent aussi certaines règles, comme l'obligation pour les propriétaires de fournir des préservatifs, l'interdiction de certaines pratiques, etc. «Les autorités ne disposent pas de suffisamment de personnes pour effectuer les contrôles, se lamente Gerhard Schönborn. Il arrive que des locaux ne disposent même pas du bouton d'appel d'urgence dans les chambres, pourtant obligatoire. Un bouton qui en dit long, d'ailleurs, sur ce qui s'y passe.»
Selon ce militant expérimenté, qui a passé plus de vingt ans à travailler dans ce secteur, il n'est pas rare que lors des descentes de police dans ces établissements, des cas de trafic d'êtres humains soient révélés au grand jour. «Dans les témoignages des survivantes ayant quitté le milieu, on entend la dénonciation de ce phénomène dans lequel des prostituées affirment que c'est une activité volontaire de leur part. Alors qu'en réalité, elles tentent de s'autoconvaincre elles-mêmes de cela. Pour elles, c'est une façon d'accepter la situation.»
«Est-ce là le modèle d'une société qui aspire à l'égalité?»
Pour Saskia Nitschmann, membre de l'association abolitionniste Sisters, la légalisation a empiré la situation des prostituées. Pourquoi? «Elle a rendu les clients plus agressifs. Puisque c'est légal, ils se sentent en droit d'exiger ce qu'ils veulent en échange de leur argent.»
La jeune militante allemande rapporte les témoignages des femmes qu'elle a côtoyées durant son activité. Selon ces dernières, «les pratiques sont devenues de plus en plus extrêmes, la demande de coït sans protection n'est plus une chose rare, sans parler des actes sexuels violents, avec matières fécales ou autre, inspirés par ce qui est véhiculé dans les films pornographiques.» Pour Saskia Nitschmann, la dépénalisation délivre, dans la tête des consommateurs, une sorte de carte blanche: «Tout est permis.»
Au café de l'association Neustart, une réunion est organisée avec Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste de Seine-et-Marne et membre de la Coordination française pour le lobby européen des femmes (CLEF). «Ce que l'on voit, avec les témoignages entendus ici, c'est qu'une politique réglementariste ne résout pas le problème des violences contre ces femmes, note l'élue parlementaire française. Au contraire, ce système permet à la mafia d'exister.» Hostile à l'idée que la légalisation puisse s'appliquer en France, Céline Thiébault-Martinez conclut: «La prostitution, c'est le droit, pour certains hommes, d'acheter le corps d'autres êtres humains. Est-ce là le modèle d'une société qui aspire à l'égalité? Pour moi, non.»
Kerstin Neuhaus, membre de l'Association pour l'implantation du modèle nordique (Bundesverband Nordisches Modell), indique que «la question de la légalisation est à nouveau au centre du débat en Allemagne». Julia Klöckner, députée de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et présidente du Bundestag (le Parlement allemand), est à l'origine de ce regain d'intérêt médiatique après sa déclaration remarquée, en novembre 2025, dans laquelle elle qualifiait l'Allemagne de «bordel de l'Europe».
«Cette position des chrétiens-démocrates en faveur d'une abolition sur le modèle nordique est relativement récente, précise Kerstin Neuhaus. Du côté des Verts et des sociaux-démocrates, la question divise encore, mais une chose est certaine, le problème est si grand qu'il est devenu impossible de le cacher.»





























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