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Depuis la nouvelle salve de documents dévoilés la semaine dernière, des personnalités de premier plan - et notamment françaises - se retrouvent mentionnées.
Par Vincent Gibert avec AFP

JAKUB PORZYCKI / NurPhoto via AFP
La page du site web du département de la Justice des États-Unis renvoyant aux dossiers de l’affaire Epstein.
Avec la salve de plus de trois millions de documents des dossiers Epstein révélés fin janvier, de nouvelles personnalités du monde entier ont été éclaboussées. Beaucoup d’entre elles tentent aujourd’hui de se défendre face au poison du soupçon et de la question que cela sous-tend : ces personnalités étaient-elles au courant de qui elles avaient affaire ?
Mais voir son nom apparaître dans cette masse colossale de documents ne veut pas forcément indiquer qu’il y a un lien avec les agissements présumés de Jeffrey Epstein, qui devait être jugé pour trafic sexuel de mineures et complot en vue de trafic sexuel. Le financier américain est finalement mort en 2019 dans sa cellule de prison avant son procès, alors qu’il risquait jusqu’à 45 ans de prison.
« Ce n’est pas parce qu’un nom apparaît dans un document qu’il y a nécessairement une implication pénale » souligne ainsi Me Dylan Slama, avocat au barreau de Paris, auprès du Figaro. Il s’agit en effet parfois juste d’un bref lien, d’une rencontre unique ou de quelqu’un qui lui parle de vous. Exemple avec les noms de cinq personnalités citées, qui ont parfois peu, voire très peu à voir avec Jeffrey Epstein.
· Des citations sans échange : Emmanuel Macron
Le nom du président français apparaît plus de 200 fois dans les documents. Mais principalement à chaque fois parce que d’autres personnes parlent de lui avec Jeffrey Epstein. Ainsi, Emmanuel Macron voit son nom apparaître dans des mails d’internautes anonymes ces dernières années, bien après la mort de Jeffrey Epstein. Ceux-ci accusent sans preuve le chef de l’État d’avoir protégé le réseau pédocriminel de l’Américain, note franceinfo. Des newsletters de médias ont aussi été versées au dossier uniquement parce qu’elles citent, dans un même mail, à la fois un article parlant d’Emmanuel Macron et un autre évoquant l’affaire Epstein.
· Une rencontre et puis c’est tout : Bruno Le Maire
Le nom de l’ancien ministre de l’Économie est apparu via l’intermédiaire de l’homme d’affaires Olivier Colom, conseiller à l’Élysée de 2007 à 2012, quand ce dernier entretenait une correspondance nourrie avec Jeffrey Epstein à partir de 2013.
Des courriels entre les deux montrent qu’Olivier Colom a facilité une rencontre, en septembre 2013 à New York, avec Bruno Le Maire, alors engagé dans une tournée en vue de la future campagne présidentielle. « Bruno Le Maire n’a jamais entretenu aucune forme de relation avec cet individu, ni avant, ni après ce bref instant de septembre 2013 », a réagi auprès de l’AFP son entourage, insistant sur le caractère « professionnel » du déplacement tout en « déplorant de voir son nom associé » à celui du milliardaire.
Jeffrey Epstein écrira, dans une correspondance avec Cédric Villani en 2018, avoir reçu Bruno Le Maire dans son domicile new-yorkais.
· Des échanges et une rencontre : Cédric Villani
Cédric Villani, justement, il en est donc question dans ces dossiers Epstein. Le mathématicien a échangé plusieurs courriels avec le financier en 2017 et 2018, quelques mois après avoir été élu député. Dans ces échanges, Jeffrey Epstein, qui définit son « domaine d’expertise » comme « l’argent et les monnaies numériques », lui propose de le rencontrer lors de ses passages à Paris et les échanges portent sur des difficultés de calendrier.
Cédric Villani a confirmé mercredi à l’AFP l’avoir « rencontré à son domicile parisien à cette époque », car « il souhaitait financer un prix scientifique de mathématique en rapport avec la biologie et la complexité et sollicitait (son) aide ». « Je n’ai su qu’après cette entrevue qu’il avait déjà été condamné. Je me suis excusé quand il m’a invité à nouveau et n’ai pas donné suite au projet », a-t-il ajouté.
· Une relation et des liens d’argent : Jack Lang
Aucune charge ne pèse contre l’ancien ministre âgé de 86 ans, et sa présence dans les documents n’implique de sa part aucun acte répréhensible. Mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d’intérêt avec le financier américain éclaboussent surtout sa fille Caroline. Cette dernière a en effet démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société « offshore » qu’elle a fondée en 2016 avec Jeffrey Epstein.
Jack Lang a reconnu pour sa part avoir personnellement sollicité le financier pour obtenir le versement de 57 897 dollars à une association pour un film sur les « années Lang-Mitterrand ». Interrogé aussi sur un courriel énigmatique de 2018 adressé à Jeffrey Epstein évoquant pêle-mêle « un enfant », « de nouvelles sexualités » et la « religion », il a parlé d’un probable « projet de film » dont il n’a « pas souvenir ».
Plus largement il « assume pleinement (ses) liens » passés avec Jeffrey Epstein - une photo datée de mars 2019 le montre par exemple en sa compagnie aux abords du Louvre. Jack Lang a de nouveau plaidé sa bonne foi sur RTL et BFMTV, assurant avec une défense pour le moins laborieuse qu’il ignorait tout du passé criminel du financier quand il l’a rencontré il y a « une quinzaine d’années » par l’entremise de Woody Allen. « Je ne savais rien de lui et j’ai trouvé l’homme passionné par l’art, par la culture, par le cinéma », a assuré le président de l’Institut du monde arabe, qui ne compte pas démissionner de son poste. Les appels en ce sens se multiplient pourtant.
· Des accusations sexuelles étayées : l’ex-prince Andrew
Sur le prince Andrew, les nouveaux documents dévoilés n’ont fait qu’alimenter les soupçons planant sur lui. Mais celui-ci dément toujours tout comportement illégal et aucune arrestation n’a été ordonnée contre lui. Sont notamment apparues des photos non datées le montrant agenouillé et penché au-dessus d’une jeune femme au visage caviardé, ainsi que des mails invitant Jeffrey Epstein à Buckingham pour parler en « privé ».
Plus grave peut-être : alors qu’Andrew avait déjà été accusé d’agressions sexuelles par Virginia Giuffre, principale témoin à charge du dossier Epstein qui s’est suicidée en avril dernier, une deuxième femme a affirmé, via son avocat, que le financier l’avait envoyée en Angleterre en 2010 pour avoir des relations sexuelles avec Andrew à Royal Lodge.
Mercredi, une lettre a émergé des documents de la justice américaine, dans laquelle un avocat américain réclame, au nom d’une cliente, 250 000 dollars pour ne rien divulguer d’une soirée à West Palm Beach à laquelle elle aurait participé en 2006 avec Epstein et Andrew. Selon l’avocat, sa cliente aurait été embauchée comme « danseuse exotique » pour cette soirée chez Epstein, à laquelle participaient des jeunes filles qui « semblaient n’avoir pas plus de 14 ans ».
Epstein et Andrew auraient proposé à sa cliente des rapports sexuels à trois. La danseuse aurait refusé mais la volonté des deux hommes aurait « prévalu », affirme l’avocat dans cette lettre, en précisant que sa cliente aurait ensuite été payée, mais moins que les 10 000 dollars qui lui avaient été initialement promis pour danser.


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