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«Macbeth» et «La tempête»: Shakespeare circassien

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Les spectacles des finissants des grandes écoles circassiennes québécoises se dérouleront dans les prochains jours sous le signe de Shakespeare, rien de moins. Qu’est-ce qu’on en dit ? Well, God-a-mercy !

L’École de cirque de Québec (ECQ) a choisi d’adapter La tempête du 4 au 7 juin avec 33 artistes en herbe de la formation supérieure et des élèves de la première année. Les 23 diplômés de l’École nationale de cirque de Montréal, accompagnés eux aussi de débutants, montent Macbeth à la Tohu du 28 mai au 7 juin.

« Je ne suis pas surpris par la coïncidence du choix de Montréal et de Québec », commente au Devoir Maxime Perron, professeur à l’ECQ, en entrevue téléphonique. « Il y a dans l’œuvre de Shakespeare quelque chose de plus grand que nature, de grandiose. Je ne peux pas parler pour la gang montréalaise du Macbeth, mais je peux dire que je suis attiré par le côté magique et féerique des personnages de La tempête, comme Ariel et Prospero. Le cirque peut incarner cette grandiosité magique au-delà des mots, au-delà des prouesses de l’acteur et de l’actrice ou de l’opéra. »

Shakespeare reste le plus gigantesque et fabuleux donneur universel d’adaptations culturelles en tous genres — pour les écrans, pour toutes les scènes, en bédé, en version originale comme en déclinaisons et en réinterprétations surmultipliées.

Robert Lepage vient de proposer un Hamlet dansé (avec Guillaume Côté) après un Macbeth en québécois vernaculaire au Théâtre du Nouveau Monde. Le roi lion de Disney se veut une vague transposition de l’histoire du prince du Danemark, en dessin animé campé dans la savane africaine. Le site spécialisé IMDb recense plus d’un millier d’adaptations rien qu’au cinéma de l’une ou l’autre des 39 pièces du corpus shakespearien.

Ses pièces maîtresses font aussi déjà de bien belles preuves porteuses au cirque. Circa a connu un succès mondial en tournée avec son adaptation aérienne de Roméo et Juliette dans une mise en scène de Yaron Lifschitz.

L’idée du spectacle autour de La tempête vient de M. Perron, qui dirige sa troisième mise en scène d’un spectacle de graduation de l’ECQ. De même, c’est le metteur en scène et comédien Alex Trahan qui a proposé de monter Macbeth avec les finissants de l’École nationale de cirque de Montréal.

Dans la jeune trentaine, le cofondateur de la compagnie multidisciplinaire La Fatrie garde sa tête de post-ado et pourrait presque passer pour un finissant de la haute école circassienne.

« J’ai pitché l’idée : j’avais envie que le spectacle des élèves de troisième année utilise une pièce de théâtre pour créer des tableaux vivants avec les disciplines de cirque », explique M. Trahan, rencontré après une répétition générale dans une grande salle de l’établissement. « Macbeth est intéressante parce qu’il y a beaucoup de mouvements dans cette pièce. Il y a des batailles, des banquets, des sorcières et des fantômes. Je voyais plein de potentiel dans l’adaptation autour d’une histoire très connue. »

Ça se tient

« Indeed », comme dirait Macduff. L’adaptation en concentré fonctionne à l’opéra ou au ballet et reste très crédible en piste. Le canevas est décanté au pur sucre et les paroles réduites au minimum requis pour éclairer un peu qui ne connaît pas la pièce ou aurait oublié son fil conducteur. Les scènes de groupes chorégraphiées font sentir les batailles, les fêtes, les beuveries. Différentes techniques (mats, roues Cyr, jonglerie, etc.) servent le propos. Un exemple : trois sangles aériennes introduisent le trio de sorcières de la prophétie initiale annonçant à Macbeth qu’il deviendra roi.

Ça se tient, et ça marche. En tout cas, ça se tenait il y a deux semaines, lors d’une répétition générale sans costumes ni scénographie ou éclairage adéquats. « On raconte des histoires au cirque. La différence, c’est qu’on le fait avec des gens de scène qui ont en même temps des athlètes incroyables », dit Alex Trahan. « La production devient à la fois très artistique et très technique. Elle tient de l’art et du sport. C’est très riche et c’est très attirant. »

Maxime Perron a travaillé encore plus radicalement en éliminant le texte et en restructurant le récit. « Dans La tempête, il y a beaucoup de trucs expliqués à rebours », souligne-t-il. « Il a fallu les intégrer soit dans un prologue sans paroles, soit dans une continuité chronologique qui n’est pas nécessairement exactement fidèle à l’histoire, évidemment. Mais l’essence est quand même là. »

Les deux metteurs en scène sont appuyés par les professeurs des écoles pour les numéros spécialisés et très techniques. Et l’imposante distribution des finissants à Montréal comme à Québec donne une ampleur inégalée aux productions alors que le théâtre peine à se payer des réalisations à plus d’une poignée d’interprètes.

« Ça marche, mais ça reste un grand défi », dit Maxime Perron. « Ça demeure un exercice pédagogique où on doit donner une espèce de part égale à chacun et à chacune sur scène. […] Mais je le rappelle à la gang, des fois, en répétition. Je leur dis que ça n’arrivera pas souvent dans leur vie d’artistes de prendre part à une fresque artistique comme celle-là. C’est un privilège déjà juste de pouvoir faire ça avec autant de gens aussi passionnés, talentueux et dévoués. »

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