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Par Annick Cojean
Publié aujourd’hui à 19h30, modifié à 20h29Article réservé aux abonnés
Reportage« Paroles d’Afghanes » (6/6). Paradoxalement, l’un des rares droits qu’il reste aux femmes est de se lancer dans le business. Elles ont appris les bases sur Internet et font connaître leur activité sur les réseaux sociaux. Mais pour combien de temps encore ?
Résumons. On leur a supprimé le droit d’étudier en école secondaire et à l’université ; de travailler dans l’administration, la justice, le commerce, les ONG ; de circuler et de voyager librement ; d’ester seules en justice, d’apprendre à conduire et de pratiquer le moindre sport ; de rire, chanter, parler fort dans la rue ; de fréquenter les bains publics et les salons de beauté ; de se promener dans un parc ou au bord d’un lac, bref dans tout endroit synonyme de plaisir et de divertissement ; de côtoyer tout homme qui ne serait pas de leur famille, et de jouer le moindre rôle sur la scène publique. En gros, on leur a ôté la maîtrise de leur vie, de leur corps, et même de leurs vêtements, ce qui fait de l’Afghanistan le pire endroit au monde pour être une femme. Mais… il est un secteur qu’on leur a curieusement laissé ouvert : celui de l’entreprise.
Elles y excellent. Elles sont même extraordinairement inventives. Les talibans semblent avoir compris que le secteur privé dans lequel elles s’étaient engouffrées pouvait sauver l’économie du naufrage et que leur dynamisme – qu’ils ne cessent malgré tout d’entraver – pouvait être un atout. Elles sont 10 000 cheffes d’entreprise à avoir obtenu du gouvernement une « licence » depuis le changement de régime en 2021, ce qui a quadruplé leur nombre. Et plus de 120 000 travaillent actuellement sans licence, le plus souvent sans sortir de chez elles, les microentreprises étant, selon la Banque mondiale, les plus grandes pourvoyeuses d’emplois pour les femmes. Là encore, Internet les sauve. Elles y apprennent les bases de la gestion, du marketing et de la vente, parviennent parfois à obtenir une aide ou un prêt d’une organisation internationale (le plus souvent, le prêt vient quand même de leur famille), et hop ! elles se lancent en comptant sur Instagram, Facebook et YouTube pour faire connaître leur marque et leur spécialité.
A Herat, une jeune fille de 21 ans a créé une entreprise artisanale de fabrication de savon et shampooing sous le nom de Gol Magnolia (« Fleur de magnolia ») et rêve d’en faire une marque internationale. A Jalalabad, une autre de 22 ans a organisé chez elle un atelier de production de cornichons, tandis qu’à Bamiyan une entrepreneuse de 25 ans s’approvisionne dans les fermes alentour et fabrique d’excellents yaourts. A Mazar-e Charif, Kandahar et Ghazni, des femmes fabriquent des tapis, sacs, bijoux, broderies et vêtements traditionnels destinés à l’étranger.
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