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Lueur d’espoir pour les usines de crevette

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La hausse prévue de 49 % des captures de crevette dans l'estuaire et le golfe du Saint-Laurent pour 2026 permet aux transformateurs québécois d'espérer diminuer leur dépendance à la crevette d'importation.

Au Québec, il ne reste plus que deux usines qui transforment le crustacé, soit Marinard, à Rivière-au-Renard, et La Crevette du nord Atlantique, à l'Anse-au-Griffon.

Pour La Crevette du Nord Atlantique, cette augmentation proposée par les scientifiques de Pêches et Océans Canada qui établirait le quota total autorisé à 5685 tonnes permet de viser une production qui passerait de 4,7 millions de livres en 2025 à 6 millions de livres en 2026.

Opération d'emballage de crevette à l'usine La Crevette du Nord Atlantique de l'Anse-au-Griffon à Gaspé

Opération d'emballage de crevette à l'usine La Crevette du Nord Atlantique de l'Anse-au-Griffon à Gaspé

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Mais l'usine doit tout de même transformer de la crevette importée de Norvège, avec le processus de double congélation, pour espérer être rentable et faire fonctionner son usine qui assure un emploi à 85 personnes. Il reste que toute hausse de crevette locale vient diminuer cette dépendance. L’an dernier, l’usine a transformé 60 % de crevette locale et 40 % de l’étranger.

Comme l’an dernier, on va focuser sur le marché intérieur. L’augmentation du TAC va nous permettre de transformer un peu plus de crevette que l’année passée où l’enjeu était qu’on n’a pas pu s’approvisionner autant qu’on voulait en Norvège pour la "double frozen", alors la crevette locale va venir stabiliser l’approvisionnement.

Bastien Denis devant l'usine La Crevette du Nord Atlantique.

Bastien Denis espère que davantage de pêcheurs décideront de revenir à la pêche à la crevette avec la hausse du quota.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Par le passé, La Crevette du Nord Atlantique a déjà exporté jusqu’à 40 % de sa production en Europe, dans des pays comme l’Angleterre.

Mais ces dernières années, avec la baisse draconienne des volumes de 80 % en 2024 dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent, le transformateur s’est concentré sur le marché québécois.

Toutefois, le manque de crevettes fraîches en début de saison l’an dernier causé par le fait que plusieurs pêcheurs ont obtenu des permis exploratoires de homard a fait mal à l'industrie, jouant sur le lien de confiance établi avec les acheteurs québécois.

Crevettes nordiques en transformation à l'usine Crevette du Nord Atlantique

La crevette cuite et décortiquée vendue sous la marque de commerce Caravelle, en provenance de La Crevette du Nord Atlantique, est connue dans les chaînes d’alimentation de partout au pays.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

L’usine dit comprendre la situation des pêcheurs qui ont privilégié la pêche au homard en début de saison alors qu’ils n’ont pas assez de crevettes pour être rentables, mais des discussions auront lieu pour assurer aussi un approvisionnement suffisant à l’ouverture de la pêche.

L’approvisionnement qui a été irrégulier, ça nous a bloqué sur le marché de la crevette fraîche qui est un marché lucratif et les grandes chaînes nous ont dit : si vous n’avez pas d’arrivages réguliers, on vous déliste, donc ç’a eu un impact négatif, ajoute M. Denis.

Autre impact sur les marchés : la perte de l'accréditation de pêche durable MSC en raison de l’état critique des stocks.

Mais depuis deux saisons, malgré le réchauffement de l’eau, le manque d’oxygène qui crée de la mortalité et la prédation du sébaste qui est encore présente, les scientifiques remarquent une certaine résilience de l’espèce.

On observe son déplacement à des profondeurs moins importantes pour y retrouver des températures plus froides, plus oxygénées, donc davantage propice à sa survie.

Un homme dans notre studio, sourit à la caméra.

Hugo Bourdages est biologiste à Pêches et des Océans Canada et responsable de l'évaluation des stocks de crevette à l'Institut Maurice-Lamontagne.

Photo : Radio-Canada

La crevette est capable de s’adapter et la conséquence, par exemple, dans la zone de Sept-Îles, au lieu d’avoir de la crevette sur 30 000 kilomètres carrés, on la retrouve sur une surface de 10 000 kilomètres carrés, alors on voit une perte d’habitat avec les changements climatiques, mais n’en demeure pas moins qu’il y a un habitat favorable dans chacune des zones de pêche pour les prochaines années, explique le biologiste et responsable de l’évaluation des stocks de crevette nordique à l’Institut Maurice-Lamontagne, Hugo Bourdages.

Une industrie résiliente, mais à quel prix?

En 2025, une douzaine de pêcheurs québécois ont pris la mer, alors qu’il y a 37 détenteurs de permis dans la province. Une dizaine de pêcheurs assurent l’approvisionnement de l’usine de l’Anse-au-Griffon et avec la hausse  du quota total autorisé, on espère voir d’autres pêcheurs s’ajouter au groupe.

Mais l’enjeu, c’est que les pêcheurs actifs doivent louer les quotas de ceux qui restent à quai pour rentabiliser leurs sorties.

Pas seulement pour les pêcheurs du Québec, mais pour l’ensemble du golfe du Saint-Laurent, la réalité, c’est que depuis 2023, on n’a plus assez de crevettes pour l’ensemble de la flotte, mentionne le directeur de l'Office des pêcheurs de crevette du Québec, Patrice Element.

Avec cette faible augmentation des quotas, est-ce qu’on va avoir le même nombre de pêcheurs que l’an dernier? Probablement. Mais est-ce que ça va faire que plus de pêcheurs vont prendre la mer? On peut en douter.

Avec cette conjoncture, transformer aussi du homard peut être la porte de sortie idéale pour les usines gaspésiennes. Marinard compte le faire en 2026 après un investissement d'un million de dollars.

Et La Crevette du Nord Atlantique, dont les propriétaires transforment déjà du homard à l’usine Crustacés de Malbaie, envisage aussi cette option en début de saison, pour assurer du travail à ses employés et ne pas perdre cette main-d'œuvre.

On a fait des tests l’automne dernier, on regarde activement pour transformer du homard à nos installations de l’Anse-au-Griffon dans le but de donner suffisamment de semaines de travail, mais ce n’est pas l’objectif numéro 1, c’est un plan B, précise le président de l’entreprise.

À l’âge d’or de cette pêche, entre 2010 et 2015, l’usine pouvait transformer jusqu’à 13 millions de livres de crevette par année. Mais pour survivre et, surtout, pour maintenir un certain tissu économique dans la communauté de l’Anse-au-Griffon, l’usine n’a d’autre choix que de se réinventer.

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