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Luc Tardif savoure le retour à l’essentiel après des années de tumulte à l’IIHF

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Quand on demande à Luc Tardif s’il lui est arrivé de perdre le sommeil au cours des derniers mois, le président de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) éclate de rire. « Heureusement que je dors bien », répond-il.

Depuis qu’il a accédé à la présidence de l'IIHF en septembre 2021, le Québécois de naissance, et Français d’adoption, ne l’a pas eu facile.

Les médias ont beaucoup mis l’accent sur la lenteur des travaux de construction de l’aréna principal des Jeux de Milan-Cortina lors des derniers mois. Mais quand on prend un pas de recul, cette affaire est anecdotique en comparaison avec tout ce que l'IIHF a dû traverser depuis cinq ans.

Le début du mandat de Luc Tardif a été marqué par la pandémie de COVID-19. Et comme le reste, cette soudaine crise mondiale a aussitôt transformé en cauchemar la gestion et la présentation des quelque 35 Championnats du monde que l'IIHF doit normalement chapeauter chaque année.

Trente-cinq tournois, ça veut dire que tu en as des occasions de soit annuler, soit déplacer des événements, avec tout ce que ça comporte, souligne-t-il.

En décembre 2021, il a été forcé de stopper la présentation du mondial junior masculin pendant que le tournoi était en marche à Edmonton. Les cas de COVID-19 se multipliaient parmi les participants et il n’y avait aucune autre solution. Quelques semaines plus tard, craignant de voir le même scénario se répéter, l'IIHF a annulé la présentation du mondial féminin M18, une décision qui a initialement été mal reçue dans le milieu.

Dans les deux cas, ces deux tournois ont été réorganisés et disputés ultérieurement.

Puis, à la même période, juste avant Noël 2021, la Ligue nationale de hockey (LNH) a décidé – comme son contrat avec l'IIHF l’y autorisait – de ne pas envoyer ses joueurs aux Jeux de Pékin. Pour les amateurs, il s'agissait d'une catastrophe. Pour l'IIHF, c’était une hécatombe. À un mois des Jeux olympiques, il fallait dénicher plus de 120 joueurs pour compléter les formations des pays qualifiés!

Nous n’avions pas mesuré toutes les implications de cette clause de retrait de la LNH. Dénicher les joueurs n’était qu’une partie du problème. Il fallait aussi chambarder les calendriers des ligues professionnelles de plusieurs pays européens et il fallait les convaincre de nous aider. Il fallait aussi faire tester tout ce monde-là dans des laboratoires agréés. Par exemple, il y avait les Lettons qui jouaient en Suisse. Des joueurs de partout évoluaient à l’extérieur de leur pays d’origine. C’était toute une logistique! Heureusement, le monde du hockey a fait preuve d’une grande solidarité et nous avons réussi à présenter un tournoi olympique, raconte-t-il.

Puis, deux jours après les Jeux de Pékin, la Russie a envahi l’Ukraine. Cette grave crise a eu de profondes répercussions au sein de l'IIHF, qui a rapidement décidé d’écarter les équipes russes et bélarusses de ses compétitions internationales. Le Conseil de l’IIHF vient d’ailleurs de décréter que ces deux pays seront encore exclus des tournois internationaux durant la saison 2026-2027.

Quand tu es à la tête d’une fédération internationale, tu ne dois pas prendre tes décisions pour des considérations politiques. Ce sont les considérations pratiques qui doivent te guider et tu dois avoir le courage de tes décisions.

Et des considérations pratiques, il y en a plusieurs. Dans le contexte actuel, les joueurs russes ne peuvent pas obtenir de visa pour aller jouer dans plusieurs pays européens. Il y a aussi des questions de sécurité dont il faut tenir compte. Sans oublier qu’on s’exposerait à des boycottages si l'on accueillait les joueurs de ces pays dans nos compétitions. Et nous ne pouvons pas nous permettre ça. Les revenus qui découlent du Championnat du monde sont vitaux pour notre organisation, explique-t-il.

Pour que cette situation change, il faudra donc que la situation mondiale change.

Et quand on regarde un peu devant, il n'y a rien qui nous donne une raison d'être optimistes. Le CIO prend ses décisions. Mais moi, je pars du principe que je suis responsable de la fédération. On essaie de s’harmoniser avec le CIO, mais j'ai déjà pris des décisions bien en amont pour, justement, ne pas être influencé par le CIO, ajoute Luc Tardif.

Après cet hallucinant tumulte, on peut comprendre qu'il n'ait pas perdu le sommeil en raison des retards des travaux de l’aréna olympique de Santagiulia. Cela dit, le président de l'IIHF a évidemment suivi la situation de près et il a passé énormément de temps à Milan pour s’assurer de l'aboutissement du projet.

Il avoue d'ailleurs qu'il n'était pas certain que le tournoi masculin pourrait y avoir lieu avant qu’un tournoi-test soit disputé dans l’amphithéâtre du 9 au 11 janvier.

Ce qui me faisait vraiment peur, c'est qu’on ne savait pas comment les installations allaient se comporter. Et derrière, il n’y avait pas de marge de manœuvre. Ce qui était important pour moi, c’était que les vestiaires et les enceintes des compétitions soient prêts. Les aires réservées aux journalistes, ce n’est pas moi qui m’occupe de ça, lance-t-il en souriant.

Luc Tardif raconte qu'il a plaidé, au cours des derniers mois, auprès de la nouvelle présidente du Comité international olympique (CIO), Kirsty Coventry, la nécessité de laisser les fédérations internationales s’occuper du déploiement des infrastructures en vue des Jeux olympiques.

Le CIO, estime-t-il, n’a pas le niveau de spécialité nécessaire pour optimiser cette facette primordiale de l’organisation des compétitions olympiques.

Nous avons un bon groupe de présidents des fédérations de sports d’hiver et nous avons à peu près tous la même vision. Et on pousse en disant : “Laissez-nous vous faire profiter de notre savoir-faire! Vous n'avez pas à réinventer la roue”. On est tous capables de faire des Championnats du monde en réduisant les coûts. Et nos championnats sont toujours bien organisés. En plus, les fédérations connaissent bien leur marché et la façon d’optimiser leur billetterie.

Je pense qu’elle est ouverte là-dessus. Parce qu'on a eu des réunions avec elle qui étaient bien différentes de ce qu’on voyait auparavant. La nouvelle présidente écoute beaucoup, et je pense qu’on entre dans une nouvelle ère avec elle.

Si l'IIHF avait été responsable des infrastructures pour les présents Jeux olympiques, Luc Tardif affirme qu’il aurait insisté de toutes ses forces pour que la capacité des amphithéâtres de Milan soit maximisée.

Ça fait 12 ans que nous n’avons pas eu les meilleurs joueurs au monde aux Jeux, et nous n’avons que 10 000 sièges à vendre. Le comité organisateur se disait que le hockey n’était pas tellement populaire en Italie. Et là, ils sont surpris de voir qu’il y a autant de demandes de billets. Nous avons eu 800 000 spectateurs pour les Championnats du monde à Prague. Pourtant, jusqu’à la dernière minute, les gens ne savaient même pas quels joueurs de la LNH allaient être présents.

Pour voir la qualité de hockey qu’on aura à Milan, il y a un paquet de malades de hockey, des Tchèques, des Allemands, des Suisses, qui sont prêts à coucher dans leur bagnole. Je suis impliqué dans la préparation des Jeux de 2030 [dans les Alpes françaises], et si Gary Bettman est prêt à se commettre et à renouveler notre entente assez rapidement, je peux vous dire qu’il y en aura de la capacité à ces Jeux.

C’est vers la fin de notre rencontre, quand le temps est venu de parler des vraies affaires, que Luc Tardif s’est montré le plus fébrile en parlant du tournoi de hockey qui s'est amorcé.

Il s’émerveille devant la hausse constante du calibre de jeu du tournoi féminin. Au point de songer à accueillir 12 équipes, plutôt que 8, aux Jeux de 2030. Et il trépigne à l’idée de revoir les joueurs de la LNH revenir à l’essentiel.

Ce que j’aime le plus de cet événement-là, c’est que ça renvoie les joueurs dans le carré de sable de leur enfance. Les vestiaires sont tous pareils. Ce ne sont pas les grands vestiaires avec le plancher chauffant et tous les trucs luxueux auxquels ils sont habitués. Ils seront peut-être même un peu à l’étroit, mais ils vont aimer ça parce que c’est ce qu'ils veulent. Et ils veulent aussi ressentir l’esprit olympique. Dans le village olympique, tout le monde est super content. Les athlètes se croisent et sympathisent. Il n’y a personne qui veut séjourner ailleurs qu’au village.

Apparaissant au 2e rang des personnalités les plus influentes du hockey, selon le magazine The Hockey News, le président de l'IIHF célébrera son 73e anniversaire dans quelques semaines. Il confie qu’il décidera en mars s’il sollicitera ou non un nouveau mandat en septembre prochain.

Il a vécu et géré plus de crises majeures au cours des cinq dernières années que ses prédécesseurs ayant passé 15 ou 20 ans dans ses fonctions. Malgré cela, il semble encore s’amuser… comme un enfant dans son carré de sable.

Dans quelques jours, après 12 ans d’attente, les meilleurs hockeyeurs de la planète s’affronteront pour l’honneur de remporter une médaille olympique. Le monde du hockey est enfin réconcilié, alors que sa plus longue mission est enfin accomplie.

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