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Le metteur en scène Louis-Karl Tremblay est le nouveau directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier (TDP), comme l’a appris Le Devoir en primeur. Sa vision pour ce grand théâtre pour ados ? « Choisir des œuvres qui portent une même question sur toute une saison. Et que les préoccupations des ados, ce qui se passe en ce moment dans leurs écoles, comme le retour du masculinisme ou de l’homophobie, y soient abordées », répond-il en entrevue. Car « au TDP, on forme les prochains publics, mais on forme surtout les futurs citoyens ».
Louis-Karl Tremblay, 42 ans, a lui-même vécu son premier choc théâtral au théâtre Denise-Pelletier. À la fin de son secondaire, son groupe est allé y voir Le menteur, de Corneille, mis en scène par Martin Faucher.
« Je me souviens de me dire : “Ben voyons donc ! Ça s’peut, ça ?” Catherine Trudeau sortait de l’école de théâtre et y jouait. Je trouvais ça super de m’être préparé, avec mon p’tit cahier pédagogique, et d’aller voir cette grande affaire-là… »
C’est là aussi, comme metteur en scène, des années plus tard, qu’il a signé son premier grand plateau — Quatre filles, en 2022, d’après Little Women, de Louisa May Alcott. Et le revoilà au TDP pour remplacer Claude Poissant, décédé en juin dernier, qui y était directeur artistique depuis 2014.
« Pour moi, c’est une suite logique d’arriver et de me mettre au service de l’institution et du milieu », indique Louis-Karl Tremblay. Au début de sa carrière, il a été d’abord interprète, « au service du rôle ».
Ensuite, il s’est lancé dans la mise en scène — au service des œuvres, des équipes, rappelle-t-il. Il est codirecteur artistique de Motto depuis 2009, et enseigne depuis plus de 12 ans dans les écoles de formation professionnelle en théâtre.
Faire ses gammes sur les classiques
Comme metteur en scène, avec ses premières œuvres — Les Troyennes d’Euripide (2009), Les Atrides (2013), Yvonne, princesse de Bourgogne, du Polonais Witold Gombrowicz, (2011) —, Louis-Karl Tremblay a « fait ses gammes », estime-t-il.
« Je faisais de grands classiques. » Plus tard dans la conversation, pourtant, quand on lui parlera de « classiques », il corrigera le terme par « grande œuvre ». La différence ?
« La grande œuvre, selon moi, provoque un engagement citoyen. Si c’est encore un miroir ou un écho de notre société, alors c’est une œuvre qui vaut la peine d’être reracontée. »
« Pour moi, c’est fondamental. Je ne veux pas qu’on fasse des pièces de musée ou des pièces juste historiques pour la joliesse de la chose. Mais si ça propose une expérience théâtrale différente — réfléchir le rapport scène-salle, l’expérience publique, l’écriture de plateau —, oui. »
« Je m’inscris, comme Claude Poissant, dans la tradition de passeurs. Je suis un pédagogue, aussi. J’enseigne et j’engage la relève. J’ai l’impression que le centre de gravité du TDP va changer un peu… »
« … parce que je suis peut-être un peu moins textocentrique, un peu plus dans l’écriture de plateau, dans la recherche scénique, tout en voulant aussi réfléchir les grandes œuvres, voir comment les aborder et ouvrir une brèche sur le présent. »
Sorties scolaires, encore et toujours
Le nouveau directeur artistique veut que toutes les œuvres d’une même saison soient ralliées, il le disait plus tôt, par « un même récit qui va porter toute la saison, aussi toutes les actions de médiation et les actions concertées du théâtre ».
Ce n’est qu’en 2027-2028 qu’on pourra voir le fruit de la vision de Louis-Karl Tremblay. La prochaine saison du TDP, qui sera annoncée en avril, sera la dernière portant la signature de Claude Poissant.
À l’aube de ce nouveau rôle, quel est le plus beau défi qu’y voit Louis-Karl Tremblay ? « Me mettre à l’écoute du milieu, aller le rencontrer, voir où le feu et les flammes naissent, ce que les artistes et le milieu veulent faire, ce que le public veut entendre, ce que l’équipe du TDP ici veut accomplir. »
Il rappelle qu’il arrive au sein d’une solide équipe, où il doit former un binôme avec la directrice générale, Stéphanie Laurin. Et sa plus grande anticipation ? Toujours la même : le défi financier. Et les dossiers de la culture à l’école et des sorties scolaires culturelles, à risque de sous-financement.
« Pérenniser la sortie scolaire, qui n’est pas accessoire, mais un vrai outil pédagogique, et qui reste un enjeu majeur pour renouveler le public et le garder au rendez-vous », conclut-il.


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