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Les temps sont nettement plus calmes, dans les bureaux de la Pro League, à Diegem, où Lorin Parys nous a reçu cette semaine pour revenir sur une saison 2025-26 très agitée. Le CEO de la Ligue est heureux d'avoir tiré un trait sur la saga DAZN et se projette sur le futur de la Ligue belge. Un futur qui s'écrira avec lui, assure-t-il, balayant les rumeurs d'envie de départ.
Lorin Parys, vous avez signé une tribune dans "The Economist" sur le besoin qu'a le football de repenser sa gouvernance (voir plus bas). Cela signifie-t-il que vous avez toujours bien la tête au football belge, contrairement à ce que certains pensent ?
Plus que jamais ! J'ai peut-être un pied à l'aéroport (NdlR : il est devenu membre du CA de Brussels Airport en mai), mais je n'ai pas la tête dans les nuages (sourire). J'ai bien sûr demandé l'accord du conseil d'administration de la Pro League, qui me l'a donné sans réserve. Le football belge reste au cœur de mon quotidien et j'aime toujours autant ce métier. Et maintenant que les dossiers DAZN et du format sont réglés, on peut consacrer notre énergie à faire grandir le football belge.
Ce "renard rusé", proche de Bart De Wever, bientôt à la présidence de Brussels Airport : "Il n'aura aucune empathie pour les riverains"Ce mandat – qui vient après celui de président des Brasseurs belges – n'est donc pas un préambule à un départ ?
J'ai toujours aimé sortir de ma case et découvrir d'autres univers, mais la réponse est non. J'aime apprendre ; cela me donne de l'énergie et du recul. Le fil rouge entre le football, l'aéroport et la bière, c'est de créer des moments qui rassemblent les gens.
Je n'ai pas envie de revivre une saison comme la saison passée, mais elle permet d'apprendre.
La saison 2025-26 a tout de même été la plus éprouvante depuis votre arrivée à la tête du foot belge en 2022, non ?
J'ai vu que Georges-Louis Bouchez se disait intéressé par mon job (il rigole). Bon, après la saison passée, je suis heureux de voir que d'autres veulent encore le faire. Plus sérieusement, c'était une année difficile. Je n'ai pas envie de la revivre, mais une crise permet toujours d'apprendre quelque chose. Elle m'a rappelé la qualité de l'équipe ici à la Ligue et ce que l'on peut accomplir quand tout le monde tire dans le même sens. Cela n'a pas toujours été le cas dans tous les pays confrontés à ce type de problème. Au final, on a voté (NdlR : la proposition d'accord à l'amiable signé avec DAZN) à l'unanimité des clubs en 25 minutes. Cette confiance des clubs a été essentielle.
Lorin Parys : "350 millions d'euros sont prêts à être investis dans nos stades"On se doute que vous ne dévoilerez pas de chiffre, mais pouvez-vous nous dire si les clubs ont finalement perdu de l'argent par rapport au montant initial (NdlR : 84 millions € par an pour les droits nationaux) ?
Il y a forcément eu un compromis, mais les clubs l'ont jugé responsable. Aujourd'hui, nous avons de la visibilité jusqu'en 2030 et nous pouvons nous concentrer sur la suite : faire grandir ensemble le foot belge et renforcer les liens entre clubs, Ligue et supporters.
Nous avons appris que la distribution (sur les écrans) compte autant que le montant des droits tv.
Y a-t-il eu des erreurs dans le précédent contrat que vous regrettez ?
Nous avons surtout appris que la distribution compte autant que la solidité du contrat et le montant des droits. Le contrat s'est révélé solide. Mais cela ne garantit pas automatiquement, dans la pratique, le meilleur résultat pour les supporters, même lorsqu'on prévoit des obligations de distribution. Nous en avons évidemment tiré des leçons. Je suis donc très heureux que le football belge soit à nouveau largement accessible sur DAZN et via les principaux opérateurs et diffuseurs.
À l'avenir, le fait d'être bel et bien vu par le public sera encore plus estimé par la Ligue et les clubs ?
Oui. Le vrai gagnant du compromis, ce sont les fans : le football est à nouveau largement distribué à la télévision. Ce que j'apprécie le plus, c'est que les supporters ne nous ont jamais quittés. Une enquête montre que, même après la saison écoulée, 81 % des Belges aiment le football et 62 % s'intéressent à la Pro League. Beaucoup de secteurs seraient jaloux de ces chiffres. Notre défi, maintenant, ce n'est pas l'amour du foot, mais de faire venir davantage de ces amateurs de foot au stade. Seul un quart des Belges y vient. Notre concurrent n'est pas la Premier League, mais Netflix, le cinéma ou le canapé. On doit représenter une vraie soirée sociale autour d'un bon match de football.
La saison passée, avez-vous craint d'être tenu pour responsable du surplace ? Et, donc, avez-vous craint qu'on vous demande de quitter votre poste ?
Quand on est CEO, on ne peut pas prendre les applaudissements quand tout va bien et chercher la sortie de secours quand les choses se compliquent. Ma question n'a jamais été de savoir si je devais partir, mais comment sortir de l'impasse. Je me suis bien évidemment senti responsable de trouver une solution, avec l'équipe et les clubs.
Les chiffres du mercato démontrent que nos clubs ont également beaucoup investi.
Vous aviez rapidement placé l'équilibre financier des clubs comme une priorité. À ce titre, êtes-vous satisfait de voir que ce mercato a fait rentrer beaucoup d'argent ?
Absolument. Le résultat net est de 212 millions €, le deuxième meilleur. 196 joueurs ont été vendus pour 418 millions, un record, et 125 achetés pour 206 millions, également un record. J'entends parfois dire que les clubs vendent trop, mais ces chiffres démontrent qu'ils ont beaucoup investi aussi.
Mais l'on peut regretter les départs de nombreux bons joueurs…
Mais on gagne aussi énormément de talents ! On a le deuxième championnat le plus jeune d'Europe grâce à nos académies. C'est grâce au travail des clubs qui forment des joueurs d'ici et aident à développer d'autres venus de l'étranger. Notre position dans le foot mondial, c'est d'être une ligue de formation. Vous pouvez venir regarder de grands talents comme Tzolis avant qu'ils ne partent ailleurs. Mais il faut parfois aller vite les voir, c'est vrai. On peut regretter que certains ne restent pas plus, mais on peut aussi voir que nos clubs sont plus stables financièrement. Il y a eu un grand progrès, même s'il reste du travail. On travaille là-dessus parce qu'il est important pour les supporters que leur club ne devienne pas une proie facile pour des investisseurs malsains. En même temps, nous avons cinq clubs qui jouent l'Europe. Et nous avons gagné une place au classement UEFA, pour être juste derrière le Portugal. On oublie parfois d'être fier du travail collectif de nos clubs.
Atteindre la sixième place européenne, c'est possible, selon vous ?
Il faut viser le plus haut possible, c'est l'ambition qui nous fait avancer. Mais il faut aussi rester lucide : l'écart avec le Portugal reste encore très important.
Pour conclure, la question éternelle en Belgique : a-t-on enterré le système des playoffs ?
Il n'y a pas plus belge : passer quinze ans à se plaindre des playoffs et à réclamer leur suppression… pour les regretter dès qu'ils disparaissent. Le débat sur le format existera toujours. Comme il y aura toujours, autour de la machine à café le lundi, un débat sur l'arbitrage. Il est sain d'évaluer le nouveau format. On est en train de le faire à la Ligue avec des critères objectifs.
Le CEO de la Ligue le jour de la publication du calendrier. ©Belgaimage"La gouvernance actuelle du foot mondial a été pensée pour une autre époque"
Vous avez publié une carte blanche dans The Economist sur la nécessité pour la FIFA de repenser sa gouvernance, notamment en incluant de nouveaux acteurs – les Ligues et les joueurs – dans les débats sur les calendriers. Pourquoi ?
C'est un travail lié à ma thèse, qui vient boucler mon Master de deux ans en "Executive Global Sports Governance" que je suis à l'université de Lausanne. Le problème, c'est la gouvernance de la FIFA où l'on prend des décisions avec de grandes répercussions pour les joueurs, équipes et ligues, sans tenir compte de l'avis des Ligues ni des joueurs ; qui sont les travailleurs du foot. Je pense au calendrier international. Aujourd'hui, celui qui ajoute une date n'est pas celui qui la subit et la paie. La gouvernance actuelle est faite pour un autre foot car au moment où la FIFA et l'UEFA se sont construites, les Ligues faisaient partie des fédérations. Mais, toujours aujourd'hui, il n'y a que les fédérations qui votent au sein de la FIFA. La gouvernance n'a jamais suivi la trajectoire des Ligues, qui sont devenues indépendantes. Ce n'est pas une question de personne, mais de système. Changer le nom du président de la FIFA sans changer le système de gouvernance reviendrait à juste attendre la prochaine crise. Mais ce n'est pas une révolution que je veux. Mon idée est simple : que ce qui concerne uniquement les fédérations reste aux mains des fédérations. Mais aussi que les Ligues, les clubs et les joueurs puissent faire partie de la décision sur ce qui les concerne.
Et vous croyez aux chances d'être entendu ?
En néerlandais, on dit : c'est comme pousser un éléphant par un trou de serrure. Il faut mettre des idées sur la table pour avoir un débat. J'entends que même des fédérations disent qu'il faut repenser le système de gouvernance de la FIFA. Bien sûr, elles pensent essentiellement à la présidence, mais il y a aussi des étincelles sur le fait d'associer d'autres acteurs.
"C'est un attentat contre le football belge": le CEO de la Pro League contre-attaque face à DAZNMais croyez-vous que les Ligues les plus puissantes vont vous suivre ?
Oui, la première réaction à ma carte blanche est venue de la Premier League, qui soutient ces propositions. "European Leagues", qui rassemble plus de 50 ligues en Europe et 1 300 clubs, partage ce constat. Il y a une vraie solidarité à ce niveau car on est à un point de rupture concernant le calendrier ; chez tout le monde. Et puis la Belgique est la septième ligue européenne ; il y a du respect pour nous.
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