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Le litige opposant l’entreprise Siemens Énergie et les 105 syndiqués de deux usines de Trois-Rivières se transporte devant les tribunaux. Le juge Alain Bolduc a accordé à l’entreprise, mercredi, une injonction provisoire qui ordonne aux travailleurs et à leur syndicat de permettre la libre circulation vers les usines et qui leur interdit de menacer et d’injurier ceux qui accèdent aux usines.
C’est qu’après le décret du lock-out par Siemens Énergie, le 15 avril dernier, les choses ne se seraient pas déroulées rondement entre les travailleurs, le syndicat et les cadres.
Alors que les lignes de piquetage ont été érigées aux entrées principales et secondaires des usines du 3400 rue Bellefeuille et du 625 rue du Père-Daniel dès les premières heures du lock-out, les cadres auraient été systématiquement ralentis ou bloqués par les piqueteurs dans leurs entrées et sorties des deux usines, allègue l’entreprise dans sa demande d’injonction. Ils auraient aussi été invectivés et insultés par les salariés.
Dans le dossier de la cour, auquel Radio-Canada a eu accès, quatre directeurs de l’entreprise et trois employés d’une firme assurant la sécurité des lieux ont signé des déclarations sous serment témoignant de comportements de syndiqués ou de membres des Métallos.
Le 17 avril :
- Un directeur indique que vers 11 heures, il était à l’extérieur de l’usine de la rue Bellefeuille pour installer une clôture quand un salarié, avec un porte-voix, lui aurait fait des insultes concernant sa famille dans un porte-voix.
- Vers 14 h 30, quand il aurait tenté de quitter les lieux avec un collègue, ça lui aurait pris 20 minutes pour sortir du stationnement parce qu’il aurait été bloqué par les grévistes, puis invectivé et injurié.
- Ils auraient ensuite été suivis par un véhicule pendant plusieurs minutes. Après un appel à la police, les autorités seraient intervenues pour que ça cesse.
Source : Déclaration sous serment du directeur projet et maintenance
Les autres directeurs affirment aussi sous serment avoir été bloqués et invectivés. Un d’entre eux soutient que le 20 avril, un travailleur aurait frappé son pare-brise avec une trompette et disait qu’il savait où j’habite avec ma famille à [...] et qu’il connaissait des gens à cet endroit et qu’il allait trouver où je demeure, lui faisant craindre pour sa sécurité et celle de ses proches.
Une nouvelle étape
Ces déclarations sous serment, déposées au dossier de la cour, n’ont pas subi le test des tribunaux au stade de l’injonction interlocutoire provisoire.
Par le biais de ses avocats, le syndicat des Métallos a de son côté déposé au dossier de la cour une réponse indiquant qu’il comptait contester la demande.

Ce sont 105 employés syndiqués des deux usines qui sont touchés par le lock-out. (Photo: 15 avril 2026)
Photo : Radio-Canada / Léa Lauzon
Dans sa demande d’injonction, Siemens indique avoir pris des mesures pour améliorer la situation, d’abord en installant une clôture, aux abords de l’usine, le 17 avril, puis en mettant en demeure les employés de cesser leurs débordements, peut-on lire. Enfin, une autre correspondance aurait été envoyée au syndicat, le 20 avril, mais ces gestes n'auraient pas eu l’effet escompté. C’est pourquoi l’entreprise a déposé une demande d’injonction, écrit-elle dans sa demande.
Siemens Énergie allègue que les salariés ont abusé de leur droit de piqueter [...] en bloquant l’accès aux deux usines.
Après une courte audience, le 29 avril, le juge Alain Bolduc a statué que les gestes allégués répondent aux critères visant l’émission d’une ordonnance d’injonction provisoire, soit l’apparence de droit, le préjudice sérieux ou irréparable, l’urgence et la prépondérance des inconvénients. L’injonction doit être respectée tant par les travailleurs que le syndicat des Métallos.
L’injonction ordonne de :
Permettre en tout temps le libre accès et la libre sortie des personnes et des biens des usines du Père-Daniel et de la rue Bellefeuille
Ne pas entraver, obstruer, retarder, limiter, restreindre ou bloquer l’accès de toute personne ou de tout bien aux usines
S’abstenir de se trouver dans les usines
Ne pas se trouver à moins de 2m de chaque accès aux usines et des véhicules qui y circulent
Ne pas injurier, intimider, menacer ou faire preuve de violence physique ou verbale à l’égard de toute personne se rendant aux usines ou sortant des usines
Ne pas inciter, encourager, aider ou autoriser de quelque façon que ce soit toute personne à violer ce jugement
Source : Juge Alain Bolduc, Injonction provisoire émise le 29 avril 2026
Peu de réactions
Le Syndicat des Métallos n'a pas voulu commenter directement le dossier, mais assure que les deux parties étaient en accord sur les modalités de l'injonction.
Dans un communiqué émis le 20 avril dernier, le Syndicat dénonce que l’employeur finance ses travaux sur le dos des travailleur.euse.s. Les représentants syndicaux avancent que Siemens Énergie finance ses travaux d’agrandissement, dans une nouvelle partie de l’usine, en économisant sur les salaires en raison du lockout.
De son côté, Siemens Énergie affirme participer aux négociations en cours avec le syndicat des Métallos à Trois-Rivières, avec le soutien du conciliateur, et sa priorité demeure d’en arriver à une entente mutuellement bénéfique permettant le retour au travail des employés.
Quant au ministre du Travail, Jean Boulet, il a décliné notre demande d'entrevue.
Les usines de Siemens Énergie de Trois-Rivières fabriquent des transformateurs électriques. La convention collective du 9 mars 2020 expirait le 31 décembre 2024. Entre le 21 janvier 2025 et le 1er avril dernier, 29 journées de négociations ont eu lieu entre les parties, plusieurs d’entre elles en présence du conciliateur Richard Fortin.


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