Les lauréats des premiers Prix Strasbourg créés par notre groupe de presse quotidienne et visant à récompenser des œuvres et des auteurs engagés ont été dévoilés ce mardi. Le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel a été décerné aux journalistes russes Roman Badanine et Mikhaïl Roubine pour leur extraordinaire enquête sur Vladimir Poutine.

P.C. - Aujourd'hui à 18:30 - Temps de lecture :

Mikhaïl Roubine et Roman Badanine, deux journalistes russes exilés aux États-Unis, ont passé plus de 25 années à enquêter sur Vladimir Poutine. Photo DR et Mark Davis Mikhaïl Roubine et Roman Badanine, deux journalistes russes exilés aux États-Unis, ont passé plus de 25 années à enquêter sur Vladimir Poutine. Photo DR et Mark Davis

La saison des prix littéraires est lancée ! Et c’est le groupe EBRA, auquel appartient notre journal, qui l’a inaugurée en dévoilant ce mardi à Strasbourg les quatre lauréats (*) de cette première édition richement dotée (55 000 euros en tout) créée à l’initiative du Crédit Mutuel Alliance Fédérale (**), du CIC, des Bibliothèques idéales et du groupe EBRA afin de soutenir « des ouvrages qui contribuent à une meilleure compréhension du monde et portent les valeurs d’une société ouverte, humaniste et engagée. »

C’est dans cet esprit que Le Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel a été décerné à l’unanimité du jury à deux journalistes russes exilés aux États-Unis, Roman Badanine et Mikhaïl Roubine, qui ont passé plus de 25 années à enquêter sur Vladimir Poutine et le système politico-mafieux mis en place par l’ancien agent du KGB devenu président omnipotent, Le tsar en personne comme le dit le titre du livre (Les Arènes) qui démêle l’écheveau de ses réseaux, de ses alliances et de ses compromissions. Ce Grand Prix récompense non seulement une immense enquête dans la plus pure tradition du journalisme d’investigation mais aussi le courage de deux hommes qui ont tout risqué, à commencer par leurs vies et celles de leurs proches, pour que la vérité apparaisse dans toute sa nudité.

Le Prix Strasbourg Bibliothèques Idéales, du nom du grand festival culturel strasbourgeois, qui distingue une œuvre de fiction récemment parue pour sa qualité littéraire et sa capacité à faire évoluer les regards sur notre époque a lui été, à l’unanimité là aussi, attribué au livre de Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie (Gallimard). L’auteur s’y souvient de ses premiers pas de prof de français dans des collèges de la banlieue parisienne au début des années 90. Un magnifique, drôle et émouvant hommage au métier d’enseignant.

Yannick Haenel sera récompensé pour son ouvrage La solitude des professeurs est infinie (Gallimard) dans lequel l’auteur se souvient de ses premiers pas de prof de français dans des collèges de la banlieue parisienne au début des années 90. Photo Francesca Mantovani

Yannick Haenel sera récompensé pour son ouvrage La solitude des professeurs est infinie (Gallimard) dans lequel l’auteur se souvient de ses premiers pas de prof de français dans des collèges de la banlieue parisienne au début des années 90. Photo Francesca Mantovani

« De plus en plus d’endroits dans le monde où la liberté d’écriture, de parole, de pensée est remise en cause »

Le Prix Strasbourg EBRA, qui récompense quant à lui « un essai éclairant les grands enjeux contemporains et contribuant au débat public », a été décerné à la journaliste et dessinatrice judiciaire Marion Dubreuil. Pelicot, un procès pour l’histoire (Futuropolis) est le récit complet de tous les débats de ce procès hors normes que l’autrice a méticuleusement retracé et illustré d’un trait enlevé, sans en aseptiser la violence. En l’absence de captation du procès, ce travail éminemment journalistique mais aussi artistique, revêt une importance majeure. C’est le deuxième livre qu’elle publie sur ce procès qui a secoué toute la France, après Mazan, la Traversée du Styx (Globe, 2025).

Après Mazan, la Traversée du Styx (Globe, 2025), Marion Dubreuil revient sur le procès qui a secoué toute la France dans Pelicot, un procès pour l’histoire (Futuropolis). Photo d’archive transmise par Globe

Après Mazan, la Traversée du Styx (Globe, 2025), Marion Dubreuil revient sur le procès qui a secoué toute la France dans Pelicot, un procès pour l’histoire (Futuropolis). Photo d’archive transmise par Globe

Enfin, le Prix Strasbourg Espoir CIC destiné à mettre « en lumière une personnalité littéraire émergente dont la voix singulière et engagée annonce une œuvre d’avenir » a été attribué au poète québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien pour le poignant C’était ça ou mourir (Grasset). Un livre qui raconte au plus près de la peau l’errance de colonnes de migrants qui sillonnent les continents, et ici l’Amérique du Sud, pour échapper à la guerre et à la misère.

Le poète québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien. Photo JF Paga

Le poète québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien. Photo JF Paga

« Avec ces prix nous plantons une graine », a expliqué Maurice Zirnhelt, directeur général de la Fédération Centre Est Europe du Crédit Mutuel. « Il y a de plus en plus d’endroits dans le monde, y compris dans nos démocraties, où la liberté d’écriture, de parole, de pensée est remise en cause. Nous sommes fiers d’encourager et de soutenir l’engagement et le courage de ces journalistes et les écrivains. »

(*) Les lauréats seront officiellement récompensés lors de la cérémonie de remise des prix, le 29 septembre 2026 à 18 heures, à Saint-Guillaume à Strasbourg, au moment du festival Bibliothèques idéales. (**) Crédit Mutuel Alliance fédérale est également actionnaire du groupe EBRA.

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