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Dans la nuit du 7 à ce 8 septembre 2026, une vidéo a fuité sur les réseaux sociaux. On y voit une internationale camerounaise, sacrée championne d’Afrique en août dernier au Maroc avec les Lionnes Indomptables, échanger un baiser à la bouche avec une autre femme dans ce qui s’apparente à un ascenseur à l’arrêt. La scène est brève. Mais elle a déclenché une tempête.
Les réactions ont été immédiates. Et brutales. Au Cameroun, où l’article 347-1 du Code pénal punit les rapports sexuels entre personnes de même sexe, cette vidéo a provoqué une vague d’indignation. Les supporters, nombreux, se disent déçus. Certains parlent de trahison. D’autres estiment que ces images portent atteinte à l’image des championnes d’Afrique.
Pourtant, en regardant bien, ce qui frappe le plus dans cette affaire, c’est moins la vidéo elle-même que le déchaînement qu’elle provoque. Et surtout, la manière dont elle révèle ce que tout le monde sait mais que personne ne veut dire : au Cameroun, la justice n’est pas la même pour tout le monde.
Les faits : une vidéo, des réactions, et déjà des conséquences financières
La séquence, tournée visiblement dans un ascenseur à l’arrêt, montre deux femmes s’embrasser. L’une d’elles serait Ngon Eton, joueuse internationale camerounaise et égérie de la marque Ange Hair & Beauty. L’autre, dont l’identité n’a pas été officiellement confirmée, serait également une membre de l’équipe nationale.
L’entreprise Ange Hair & Beauty n’a pas attendu. Dans un communiqué publié quelques heures après la fuite des images, la marque a annoncé la suspension de sa collaboration avec l’athlète « dans l’attente d’une vérification complète des faits ». Traduction : on prend nos distances, vite. Le signal est clair.
Dans le milieu des médias sportifs, les réactions ont été tout aussi vives. Marc Chouamo, journaliste sportif bien connu au Cameroun, s’est montré particulièrement dur. Il a déclaré que cette Lionne « peut dire adieu à la Coupe du Monde Brésil 2027 ». Une phrase qui a fait le tour des réseaux. Et qui en dit long sur l’état d’esprit ambiant.
Le site Cfoot, spécialisé dans le football camerounais, a réagi avec une ironie mordante : « Oui, on te donne le café ». Une référence à une expression locale qui signifie, en gros, que l’affaire est entendue. Que la sanction est déjà tombée, même si elle n’a pas encore été officialisée.
De son côté, Ayila’Sport a pris un ton plus grave. Le média a appelé la commission d’éthique de la Fecafoot à se saisir de « ces vidéos qui polluent la toile ». « L’heure est grave », a-t-on pu lire. Et c’est le moins qu’on puisse dire.
Au total, en moins de 48 heures, c’est tout un écosystème qui s’est embrasé. Supporters, sponsors, journalistes, fédération. Tout le monde a son avis. Tout le monde prend position. Une seule question semble pourtant absente du débat : et si on parlait vraiment de ce que cette vidéo révèle ?
Le tabou qui ne dit pas son nom : football féminin et homosexualité
Cette vidéo, aussi anecdotique soit-elle en apparence, ramène sur la table un sujet que beaucoup préfèrent éviter. L’amalgame entre pratique du football et homosexualité a longtemps freiné l’essor du football féminin au Cameroun. Des années durant, de nombreux parents ont détourné leurs filles de cette discipline, convaincus que les terrains de football étaient des lieux de « déviance ».
Un important travail de sensibilisation avait été mené pour déconstruire ce cliché. En 2021, l’icône du football féminin Ajara Nchout Njoya déclarait à Afrique Football Média : « Les gens doivent arrêter de croire que parce que tu joues au football, tu es lesbienne. Ce n’est pas forcément ça ». Une campagne qui semblait porter ses fruits, jusqu’à aujourd’hui.
Le problème, c’est que ce genre de vidéo vient malheureusement renforcer les préjugés. Elle donne des arguments à ceux qui, depuis toujours, considèrent que le football féminin est un « terrain miné ». Difficile de ne pas y voir un coup dur pour tout le travail accompli.
Mais ce serait une erreur de réduire cette affaire à une simple question de mœurs. Car derrière la polémique, se cache un autre débat, bien plus politique. Et c’est là que ça devient intéressant.
Le deux poids deux mesures : quand la justice choisit ses victimes
On ne peut pas parler de cette affaire sans évoquer ce qui s’est passé il y a quatre ans. En 2022, des vidéos intimes impliquant Gaëlle Enganamouit, une autre grande figure du football féminin camerounais, avaient circulé massivement sur les réseaux sociaux. La ressemblance avec la situation actuelle est frappante.
Mais la différence est de taille. Contrairement à ce qui semble se profiler pour Ngon Eton, Enganamouit n’a jamais été inquiétée par la justice. Et ce n’est pas tout. Non seulement elle n’a pas été sanctionnée, mais elle a ensuite été promue à de hautes responsabilités dans le football national. On attendait mieux, franchement.
C’est là que le bât blesse. Car comment mener une lutte efficace contre des pratiques pourtant interdites par la loi camerounaise, quand certaines personnes sont condamnées et d’autres protégées ? Comment prendre au sérieux les appels à la « moralisation » du football, quand ceux qui les portent ferment les yeux sur les « amis » ?
Il y a quelque chose qui cloche. Et tout le monde le voit. Mais personne ne semble vouloir le dire ouvertement. Alors on fait semblant de s’indigner. On appelle à des sanctions. On parle d’éthique et de valeurs. Pendant ce temps, les mêmes causes produisent des effets totalement différents selon le statut de la personne concernée.
La loi du plus fort : le vrai problème du football féminin au Cameroun
Cette affaire soulève une question plus large : le football féminin camerounais est-il gouverné par la loi, ou par les réseaux d’influence ? La réponse, malheureusement, semble évidente.
Si la commission d’éthique de la Fecafoot se saisit de cette affaire, il y a fort à parier qu’elle le fera avec un zèle inversement proportionnel à celui dont elle a fait preuve par le passé. On connaît la chanson. On l’a déjà vue. Et ça pose question.
Car c’est là le drame de cette affaire : elle met en lumière une réalité que les Camerounais connaissent bien. Celle d’une justice à deux vitesses. Où les puissants sont protégés, où les « amis » bénéficient d’un traitement de faveur, et où les autres, les moins bien connectés, paient le prix fort.
Mon cher Marc Chouamo, dans un pays gouverné par la loi du plus fort, cette Lionne ne manquera pas la prochaine Coupe du monde si elle bénéficie de la protection des puissants. Mais si ce n’est pas le cas, alors elle pourrait effectivement dire adieu au Brésil. La différence, elle est là. Elle n’est pas dans les faits. Elle est dans les relations.
Le plus triste dans tout ça, c’est que le football féminin camerounais, qui a tant souffert pour être reconnu, risque de payer les frais d’une polémique qui, au fond, n’a que peu à voir avec le sport lui-même. Ce qui aurait dû rester une affaire privée devient un scandale public, et finalement, c’est toute une discipline qui se retrouve salie.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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